Lancement des enchères sur la 5G : "Il y a la volonté politique de ne pas aggraver les fractures territoriales"

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Le monde bouge est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque matin, Etienne Lefebvre décrypte l'une des actualités économiques marquantes du jour.

Le gouvernement a donné le coup d’envoi hier aux enchères sur la 5G, la nouvelle fréquence télécom. Et surprise, il ne cherche pas le gain maximum.

Oui tout arrive ! Alors relativisons quand même, Bercy viserait 2 milliards d’euros de recettes. Ce n’est pas rien. Mais pas question de faire grimper les opérateurs au cocotier comme en Italie ou en Allemagne où ils ont payé trois fois plus. L’Etat a tiré les leçons des enchères précédentes : il avait engrangé plus de 6 milliards avec les fréquences 4G entre 2011 et 2015. Mais cela a affaibli les opérateurs. En plus, il y a eu la concurrence de Free. Résultat, les investissements n’ont pas suivi.

Et l’an dernier, l’Etat a renouvelé gracieusement une partie des licences en échange d’une meilleure couverture des zones blanches. Pas question de refaire les mêmes erreurs. Le cahier des charges dévoilé hier impose des obligations très conséquentes de couverture. Quitte à faire baisser les enchères.

Peut-on aussi parler d’un effet "gilets jaunes" ?    

En tout cas, il y a la volonté politique de ne pas aggraver les fractures territoriales. Sachant que les trous dans la 4G ont contribué au sentiment d’abandon dans les zones rurales, et sans doute alimenté la montée des extrêmes. Alors comment faire concrètement ? Plutôt que d’imposer des pourcentages de population à couvrir en 5G - on a vu que c’était rarement respecté – le gendarme des télécoms va exiger un niveau de performance global, peu importe qu’il s’agisse d’une très bonne 4G ou de 5G. Avec à la clef des débits considérables. Mais attention, l’enjeu n’est pas tant le confort des utilisateurs de smartphone. La 5G ne va pas changer leur vie. L’enjeu, ce sont les entreprises, les industries de demain.

C’est-à-dire ?

Si vous voulez faire fonctionner les usines du futur ultra-connectée, les ports et aéroports, la voiture autonome ou même le dossier médical partagé, la chirurgie à distance, il faudra un réseau à la hauteur. Il est d’ailleurs prévu "un droit à la 5G" pour les industriels. Ils pourront exiger des opérateurs qu’ils viennent équiper leurs locaux à des prix raisonnables. On le voit, là encore, l’enjeu d’une couverture équilibrée du territoire est crucial. C’est une question de compétitivité. La France ne doit pas se louper.

Elle se lance un peu plus tard que d’autres ? 

Certes, mais avec des objectifs trois fois plus élevés qu’en Allemagne par exemple. La balle est maintenant dans le camp des opérateurs. Rendez-vous à l’automne pour les enchères.