Procès d'Amnesty en Turquie : le directeur de l’organisation des droits de l’homme accusé de terrorisme

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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

C’est aujourd’hui que débute le procès du directeur turc de l’organisation des droits de l’homme Amnesty International. Il est accusé de terrorisme.

Ce n’est pas la première fois que la justice turque s’apprête à juger et condamner des innocents ou bien des coupables de crimes qui n’existent pas dans des pays démocratiques. Taner Kilic, 49 ans, est un avocat de la région d’Izmir. Il est un des cofondateurs de la section turque d’Amnesty et son président depuis 2014. Il y a un an, le 6 juin 2017, il a été arrêté avec une vingtaine d’autres avocats et accusé de terrorisme. Son crime ? Avoir téléchargé une application de télécommunications sur son portable qui s’appelle ByLock et qui est en usage au sein de la confrérie Gülen, ce réseau politico-religieux accusé d’avoir fomenté et perpétré le coup d’Etat manqué de l’été 2016. Bien qu’une première cour de justice l’ait exonéré de ces charges, le Parquet a fait appel et Kilic a été inculpé de terrorisme et maintenu en détention. Il va comparaitre aujourd’hui et au terme de ce procès qui pourrait être expéditif, il risque la prison à vie.

En quoi ce procès est symbolique ?

On a beaucoup parlé des purges à travers le pays et dans tous les secteurs de l’Etat et de la société depuis le putsch raté. Elles peuvent apparaitre disproportionnées et la conséquence d’une paranoïa aigüe ou d’un désir irrépressible de vengeance et de de neutralisation de toute forme d’opposition. Mais les procès, eux, sont sensés obéir à des règles de droit. Et encore plus si l’on cible précisément une organisation qui défend ces mêmes droits de l’homme et du citoyen. Le régime du président Erdogan se défend en rappelant que la Turquie reste une démocratie pluraliste et les élections qui s’y déroulent ce dimanche voient s’affronter plusieurs partis de droite et de gauche, turcs et kurdes, avec une possibilité réelle, si les électeurs y sont décidés, à refuser au président Erdogan les pleins pouvoirs. Mais une démocratie ne se limite pas uniquement à l’exercice du suffrage.

C’est justement ce que rappellent des ONG comme Amnesty.

Exactement, les camarades de Taner Kilic qui ont été arrêtés avec lui appartiennent ou défendent de nombreuses associations de défense des droits politiques, sociaux, culturels ou la défense de la liberté de la presse. L’Union européenne, où l’on sait pertinemment que la candidature turque à l’Europe bloque depuis plus de vingt ans sur les droits de l’homme, demande aujourd’hui au ministère public de la justice turque de ne pas céder à cette atmosphère de dictature rampante qui s’est immiscée dans tous les rouages de la société civile turque. Et demande au président Erdogan, quelle que soit l’issue du verdict de la justice et des urnes dimanche, de ne pas rétablir la peine de mort comme il a promis de le faire s’il l’emportait.