Macron l’Européen face aux deux Europe de la migration

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La photo de Paris Match est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le président de la République recevra demain à l’Élysée le nouveau premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, et tous les deux participeront dimanche à un mini-sommet européen sur la crise migratoire. Que peut-on en attendre ? 

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont besoin du plus d’alliés possibles pour redéfinir la politique migratoire de l’Europe lors du Conseil européen de la fin du mois. Pas seulement parce que la chancelière allemande est en sérieuse difficulté face aux partenaires de droite dans sa coalition, mais aussi parce que le couple franco-allemand ne veut pas se laisser déborder par l’autre Europe. Celle des nationalismes anti-migrants qui sont aujourd’hui au pouvoir en Hongrie, en Pologne, en République tchèque et en Slovaquie et qui ont décidé pour l’instant de boycotter le mini-sommet de Bruxelles ce dimanche. Ces quatre pays ne sont plus isolés. Ils ont été rejoints par l’Italie et son ministre de l’intérieur d’extrême droite Mattéo Salvini et par l’Autriche du jeune chancelier Kurtz qui a pactisé lui aussi avec l’extrême droite. A eux tous, ces pays ne disposent pas d’une majorité au sein du Conseil européen mais d’une minorité de blocage pour les votes à majorité qualifiée. Autrement dit, un pouvoir de nuisance qui peut paralyser l’Europe sur l’un des dossiers les plus sensibles aux yeux de l’opinion publique européenne.

Qu’en est-il dans le camp d’en face ?

C’est là où les choses sont compliquées. L’autre Europe, qui rejette le nationalisme étriqué et les postures radicales, comme la promesse d’expulser tous les migrants, ou de fermer les frontières, ou de renvoyer tous  les demandeurs d’asile vers le premier pays d’arrivée sans se coordonner avec leurs voisins, cette Europe-là est divisée. Entre ceux qui sont tout autant en première ligne que l’Italie, comme la Grèce, l’Espagne ou Malte ; la France qui veut jouer un rôle de charnière et de compromis pragmatique ; et puis tous les autres pays plus au Nord ou en deuxième ligne, par exemple en Europe centrale et orientale. L’objectif de la Commission européenne pour le mini-sommet de dimanche est de continuer de renforcer les frontières extérieures de l’Union européenne et là-dessus tout le monde est d’accord. Le deuxième volet est nettement plus controversé puisqu’il s’agit de revenir à l’idée des quotas de répartition obligatoire pour les demandeurs d’asile. Avec même l’idée de faire payer par ceux qui s’y refuseraient le montant dépensé par les autres pour accueillir les migrants.

Et le premier ministre espagnol Sanchez qui arrive demain à Paris, qu’en pense-t-il ?

Il est de gauche, d’une gauche qui veut assumer la charge et le poids de ces crises humanitaires, certains disent avec angélisme ou calcul, mais il vient nettement renforcer le clan de tous ceux qui pensent qu’il n’y a qu’une solution européenne d’ensemble à construire pour faire face à ce défi. Emmanuel Macron aura besoin de ce volontarisme-là pour contrer le clan des égoïsmes nationaux et du chacun pour soi.