La Grèce et la Macédoine réconciliées

SAISON 2017 - 2018
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Ce lundi, une bonne nouvelle qui nous vient des Balkans. Ce dimanche, la Grèce s'est réconciliée avec la Macédoine.

Fin d'une brouille vieille de 27 ans. La Grèce accepte enfin que l'ancienne République yougoslave de Macédoine prenne le non de Macédoine du nord.

C'est une querelle à peine croyable au XXIe siècle mais qui empêchait l'élargissement de l'Union européenne et la stabilisation dans les Balkans depuis 27 ans.

On touche là au fondement de toutes les crises qui ont secoué les Balkans et l'ensemble sud-est de l'Europe depuis décennies. Ce profond problème identitaire, jamais véritablement réglé, et qui a provoqué tant de guerres dans cette région. Rappelez-vous des abominables nettoyages ethniques en Yougoslavie, ce n'est pas si vieux puisque ça débute en 1991 et s'achève en 1999. Après deux interventions militaires tout de même, De l'ONU d'abord avec ses casques bleus puis de l'Otan. Et c'est comme ça que sont nées les nouveaux États de Slovénie, de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, du Kosovo et plus récemment encore du Monténégro. Tous reconnus par la communauté internationale et intégrés ou en voie d'intégration à l'Union européenne. Restait un seul et unique problème, mais apparemment insoluble, celui de l'ancienne République yougoslave de Macédoine. La Grèce faisant une blocage complet, une hystérie ultra nationaliste, refusant absolument que ce nouveau pays puisse utiliser l'appellation de Macédoine dans son nom. Cela faisait donc effectivement 27 ans qu'Athènes opposait un véto systématique à toutes les démarches de l'Europe et de l'Otan pour mettre fin à la crise dans les Balkans.

Quelles sont les raisons d'une telle réaction de la Grèce ?

C'est bien entendu la question qui fâche puisqu'on était dans le mythe absolu qui est de savoir qui sont les véritables descendants d'Alexandre le Grand. Ce qui est à peu près aussi simple que de dire aujourd'hui qui sont les descendants des Gaulois puisqu'on est d'ailleurs sur des périodes historiques assez proches, entre 600 et 300 ans avant Jésus-Christ. Donc autant dire que toutes les réponses apportées aujourd'hui par les deux parties sont de pures constructions idéologiques mises au service d'une ambition politique, mais en aucun cas une réponse d'historien parce qu'en fait il ne reste pas plus de Macédonien antique que de Gaulois antique. Quant au berceau de l'ancien royaume macédonien, il est découpé en plusieurs régions qui recouvrent une partie de la Grèce, de la Bulgarie et de la Serbie. Et c'est cette région-là qui va désormais s'appeler la République de Macédoine du nord.

Et qu'est-ce qui a fait fléchir l'intransigeance grecque ?

il y a évidemment d'énormes pressions de l'Europe et des États-Unis pour tenter de résoudre cette crise et enfin stabiliser définitivement les  Balkans. Mais surtout deux jeunes Premier ministres ont enfin osé faire le pari de la raison. Alexis Tsipras pour la Grèce et Zoran Zaev pour la Macédoine ont pris le risque de heurter les franges les plus nationalistes de leurs opinions publiques en négociant un compromis qui devrait permettre le développement conjoint de la région de Macédoine au sud-est de la Grèce et du nouvel Etat de Macédoine du Nord. Un projet économique et culturel commun qui devrait rapprocher ces deux pays plutôt que de les diviser au nom de mythes archaïques.

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