Régionales en PACA : une victoire aux allures de défaite pour Emmanuel Macron

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce lundi, il s'intéresse à l'accord entre La République en Marche et Renaud Muselier pour les élections régionales en PACA. Cette alliance a provoqué un séisme dans le paysage politique.

L’annonce faite par Jean Castex au JDD, ce dimanche, d’un accord entre La République en Marche et Renaud Muselier pour les élections régionales en PACA a provoqué un petit tremblement de terre.

Ce qui s’est passé ce dimanche restera certainement comme une date dans l’histoire de la recomposition de la politique française. L’acte 1er de cette recomposition avait évidemment été l’élection d’Emmanuel Macron, il y a quatre ans. Une candidature qui était née sur les ruines encore fumantes du Parti socialiste, et qui avait ensuite déstabilisé la droite avec, c’était l’acte 2, la nomination d’Édouard Philippe à Matignon, une stratégie confirmée ensuite avec le choix de Jean Castex, lui aussi issu de la droite, comme Premier ministre. Voici donc l’acte 3 : dans l’une des plus grandes régions françaises, les candidats sous étiquette Macron vont se ranger derrière un des hommes forts de la droite, président sortant de ce territoire et qui plus est patron du parti Les Républicains dans les Bouches-du-Rhône. C’est du jamais vu !

Il n’y aura donc pas de liste La République en Marche dans cette région ?

Exact, ce qui est évidemment un échec pour Emmanuel Macron. Une fois de plus, il est obligé de constater que son parti n’existe pas, qu’il est incapable de se faire une place dans les territoires, incapable d’être à la manœuvre dans la recomposition politique. Il n’impulse rien, il subit. Résultat, le parti présidentiel se dissout dans plus fort que lui. Pourtant, à bien y regarder, cet échec est en même temps une vraie victoire politique.

Et où est la victoire ?

Dans l’immense charivari qui s’est emparé de la droite. Christian Jacob, le patron des Républicains avait donné la consigne : aucun accord de premier tour avec le parti du Président. Et on comprend pourquoi puisque les Républicains passent leur temps à s’opposer à la politique du chef de l’État, ils ne peuvent donc pas décemment s’allier pour des élections. Raté ! Renaud Muselier et plusieurs barons de la droite régionale ont pactisé avec l’Élysée. Terrible aveu d’impuissance pour la droite républicaine. Déjà profondément divisée sur sa ligne politique (entre souverainistes, libéraux, populistes ou rigoristes), la voilà divisée sur la stratégie à tenir face à Emmanuel Macron. Et ce qui vient de se passer pèsera lourd dans un an.

Pour l’élection présidentielle ?

Bien sûr. On peut déjà être certain que la droite républicaine sera tiraillée entre trois attitudes. D’abord, soutenir Emmanuel Macron, parce que le président sortant aura mené sur bien des points une politique de droite avec des hommes et des femmes de droite. Deuxième option, soutenir le candidat que le parti Les Républicains désignera, mais aujourd’hui il n’y en a aucun puisque Xavier Bertrand n’a plus sa carte du parti. Troisième option, voter Le Pen au deuxième tour et les sondages nous disent déjà que ce sera une réelle tentation. Voilà, on savait que la gauche resterait divisée face à la présidentielle et donc n’avait aucune chance ; on sait depuis ce dimanche que la droite en étant divisée vient de perdre une manche déterminante.