Loi de Sécurité globale : le piège se referme sur l'exécutif

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce lundi, il revient sur la crise politique déclenchée par la loi de Sécurité globale. L'évacuation violente des migrants de la Place de la République et le tabassage du producteur de musique n'ont pas aidé le ministre de l'Intérieur notamment concernant l'article 24.

Après une semaine de flottement sur la loi Sécurité globale, le gouvernement cherche maintenant en urgence à sortir du piège.

Parce que c’est bien d’un piège qu’il s’agit. La majorité s’est fait avoir comme un bleu et Emmanuel Macron avec. Le président de la République avait bien identifié, depuis des mois, le sujet sécurité comme une de ses faiblesses, surtout dans la perspective de 2022. Il avait donc décidé d’investir Gérald Darmanin, un homme de droite, un homme d’ordre, en charge de ces sujets. Qu’il a effectivement pris en main.

Et où est le piège ?

Il est arrivé dans une banale proposition de loi rédigée par deux députés En Marche. Une sorte de voiture piégée, indétectable, mais qui a fait beaucoup de dégâts. Un explosif à plusieurs composants. D’abord le zèle de Gérald Darmanin autour du fameux article 24 et de ses déclarations sur le floutage des images de policiers (rien de mieux pour inciter l’opposition à dénoncer les dérives d’un État policier). Ensuite, deuxième ingrédient, l’affaire de la Place de la République.

L’évacuation de centaines de tentes de migrants par les policiers.

Une affaire rondement menée par tout ce que le pays compte comme militants d’extrême-gauche et d’associatifs aguerris : envahissement d’une place en plein Paris, installation sauvage de tentes, bien alignées comme jadis à la parade en URSS, évacuation avec quelques dérapages, vidéos en veux-tu en voilà, et hop, c’était parti. On était passé de la théorie (l’opposition politique à la loi Sécurité globale) à la pratique (la démonstration in vivo des risques que peut faire peser la nouvelle loi sur la liberté d’informer et la démocratie).

Et tout s’emballe avec le tabassage d’un homme, filmé par des caméras de surveillance.

C’est le gros bug de la séquence, un dérapage insensé qui pulvérise les arguments de Gérald Darmanin. Sans images de ce passage à tabac, la vérité ne serait peut-être jamais sortie. Voilà, la boucle est bouclée, le débat n’est plus celui de la liberté d’informer mais celui des violences policières, que l’opposition de gauche prend bien soin de décrire comme violence de la police. Une manière de suggérer que toute la police peut s’y laisser aller. La subtile et classique recherche d’équilibre entre maintien de l’ordre et libertés publiques est l’autre victime de la voiture piégée. Du bon boulot. Enfin, pour l’opposition de gauche, parce que du côté du pouvoir, c’est la vrille. Avec une histoire insensée. On sait tous ce qu’on fait, en France, pour régler un problème.

On nomme une commission, c’est ça ?

Exactement, ou un haut-commissaire. Ce qui fut fait par le Premier ministre, à l’instigation semble-t-il du chef de l’État et de son ministre de l’Intérieur. Pas de chance, les députés qui venaient, certains en se pinçant le nez, de voter la loi Sécurité globale, se sont sentis humiliés. Et ils l’ont fait bruyamment savoir, provoquant une crise entre le chef de l’État, certains de ses plus proches fidèles, et les députés de sa propre majorité. C’est ce bilan qu’Emmanuel Macron doit maintenant effacer, celui d’une crise politique comme jamais il n’y en a eu depuis trois ans.