LE SAVIEZ-VOUS ? Le dernier empereur de Chine admirait Hitler et Mussolini

SAISON 2019 - 2020
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Après la Révolte des Boxers, en 1900, qui annonçait la déliquescence de l’Empire Chinois et la mort de l'impératrice Tseu-Hi (ou Cixi), c'est un jeune garçon qui accéda au trône : le dernier empereur. Découvrez cette histoire dans cet épisode bonus de "Au Cœur de l'Histoire".

En écoutant le récit consacré à la révolte des Boxers, vous vous êtes peut être demandé ce qu'il s'était passé en Chine une fois la révolte terminée. Dans cet épisode bonus de "Au cœur de l'histoire", le spécialiste histoire Jean des Cars vous raconte l'histoire de celui qui succéda à l'impératrice Tseu-Hi et à la révolte des Boxers, Pu Yi, le dernier empereur. 

Tout commence le 13 novembre 1908, lorsque le jeune Pu Yi est enlevé à ses parents. Il n’a que 2 ans et 9 mois. L’impératrice Tseu-Hi veut en faire l’héritier du Trône. Il est le fils de Kouang Siu, l’empereur fantoche, martyrisé par l’implacable Tseu-Hi. Le jour même, il est "présenté" à l’empereur mourant. Celui-ci l’accepte officiellement et meurt dans l’heure qui suit, grâce aux sbires de Tseu-Hi. 

Ce qui n’était pas prévu est que Tseu-Hi, qui était déjà très diminuée par une attaque cérébrale, meurt le 15 novembre, deux jours plus tard. Elle avait 73 ans. Le père du petit garçon est nommé prince régent. Pu Yi est intronisé fastueusement le 2 décembre 1908. Dans son film "Le dernier Empereur", le cinéaste Bernardo Bertolucci a magnifiquement mis en scène cette ultime grande cérémonie de l’Empire Chinois, tourné dans la Cité Interdite.

Le symbole de la grandeur révolue de la Chine impériale

A l’automne 1911, la Chine devient une République. Des négociations avec le nouveau chef du gouvernement, Sun Ya Tsen, font de Pékin la capitale de la République Chinoise alors qu’il était prévu qu’elle se déplace à Nankin. Pu Yi doit abdiquer. C’est chose faite le 10 février 1912. Il n’a pas 6 ans. Il est très dépité. Néanmoins, il garde son titre d’empereur et son palais. On lui alloue une pension de 4 millions de dollars par an pour lui assurer son train de vie. Il devient le symbole de la grandeur révolue de la Chine Impériale.

Le Palais Impérial est évidemment un lieu d’intrigues permanentes mais les choses vont changer pour Pu Yi en 1919. Il a 13 ans et un nouveau précepteur écossais va se charger de son éducation. Il s’appelle Reginald Johnson. Il est un pur produit des universités d’Edimbourg et d’Oxford.

Une forte influence du percepteur

L’Ecossais va exercer un puissant ascendant sur le jeune empereur qui a 13 ans. L’adolescent est de caractère faible. Il a des difficultés de concentration. Il est manipulé et muré dans sa solitude. Il assume un destin qu’il a du mal à maîtriser. Johnson est détesté par l’entourage féminin du Pu Yi. Pour le contrer, on marie l’empereur en 1922 : deux femmes d’un coup, la très belle impératrice et une épouse consort, choisie par Pu Yi. Elles compteront peu dans sa vie.

La situation de la Chine est alors chaotique. Les Seigneurs de la Guerre, chacun avec son armée personnelle, s’agitent. Johnson craint pour la vie de l’empereur. Avec l’aide de l’ambassadeur japonais à Pékin, le seul qui s’intéresse au sort de l’empereur, Pu Yi est exfiltré du palais impérial. En 1925, l’empereur est installé à Tien Tsin, au sein de la concession japonaise où il va passer six ans. En 1931, les Japonais occupent la Mandchourie. Ils proposent à Pu Yi de devenir  chef du nouvel État appelé Mandchouko. On lui versera aussi 600.000 dollars par an pour cette fonction.

Pu Yi arrive en Mandchourie fin 1931. Il est chef de la fantoche République de Mandchouko. Le 1er mars 1934, il est intronisé empereur pour la deuxième fois, souverain du Mandchouko. En 1935, il fait une visite d’Etat à l’Empereur du Japon, à Tokio. La Deuxième Guerre Mondiale enthousiasme Pu Yi. Il se réjouit des succès japonais en Chine, à Singapour, à Hong Kong et aussi des succès de Hitler et de Mussolini qu’il admire.

A partir de 1944, ça se gâte... Les Russes, les Américains et les Britanniques reprennent l’avantage. La mort d’Hitler puis celle de Mussolini traumatisent Pu Yi. Le 6 août 1945, Hiroshima et la capitulation du Japon le 15 août obligent Pu Yi à abdiquer pour la deuxième fois, le 15 août.

Un empereur devenu jardinier ? 

Les Soviétiques envahissent la Mandchourie. Pu Yi tente de fuir vers le Japon mais Moscou s’empare de lui et de sa suite. Il se retrouve en résidence surveillée en Sibérie, à Tchita. Ce n’est pas du tout le Goulag ! Il vit confortablement. Il est très bien traité et estime que c’est la période la plus heureuse de sa vie.

En 1946, les Soviétiques lui permettent d’être grand témoin à charge au Tribunal International de Tokyo chargé de juger les criminels de guerre du Japon. Un Nuremberg japonais. L’amiral Tojo, qui avait dirigé l’attaque contre Pearl Harbor, est condamné à mort, Pu Yi se déchaîne contre le Japon. Il prétend avoir été constamment menacé . Il retourne en Sibérie.

En 1949, à l’avènement de la Chine Populaire, Mao s’installe à Pékin et en 1950, les Soviétiques remettent Pu Yi aux Chinois. De 1951 à 1959, il est détenu dans un camp de rééducation pour criminels de guerre, à Moukden. Mais là encore, il est très bien traité et se repent de tout ce qu’il a fait.

En 1959, il est amnistié et regagne Pékin. Il récupère la très belle maison de son père et a droit à une très grande fête pour son retour. Il est nommé assistant de Jardin Botanique du Palais Impérial d’où la légende, exagérée, de l’empereur devenu jardinier. Comme il s’ennuie, il est muté au Département des archives historiques. Il publie son autobiographie "J’étais Empereur de Chine". Mao le traite bien. Il est même élu au Conseil Politique du peuple. Pu Yi meurt le 17 octobre 1967.

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