SNCF : ce qu'il faut retenir des réunions entre Édouard Philippe et les syndicats

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Édouard Philippe a reçu les syndicats un par un.
Édouard Philippe a reçu les syndicats un par un. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / POOL / AFP
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Édouard Philippe a reçu lundi les syndicats de la SNCF, à leur demande. Face au refus du Premier ministre de revenir sur la réforme ferroviaire, ils ont réaffirmé leur volonté de poursuivre la grève.
ON DÉCRYPTE

Journée intense pour Édouard Philippe. Comme il l’avait promis, le Premier ministre a reçu lundi l’ensemble des organisations syndicales de la SNCF pour écouter leurs revendications. Des réunions très cadrées puisque le Premier ministre avait d’emblée prévenu qu’il ne reviendrait pas sur le fond de la réforme ferroviaire, seule la compétitivité et la dette de la SNCF étaient sur la table. Si certains représentants ont vu dans ces entretiens la possibilité d’être force de proposition, tous ont acté la poursuite de la grève comme prévu, faute de véritable débat. Europe 1 vous explique ce qu'il faut retenir des réunions à Matignon.

Édouard Philippe inflexible

Si le Premier ministre a accepté de rencontrer les syndicats, il ne compte toutefois pas lâcher de lest sur la réforme ferroviaire, déjà votée par l’Assemblée nationale. "Nous ne reviendrons pas sur l'ouverture à la concurrence, nous ne reviendrons pas sur la réorganisation de l'entreprise et sur la fin du recrutement au statut", a répété à l'envi Édouard Philippe. Seule marge de manœuvre possible pour les syndicats : la compétitivité. "Il reste encore des éléments à préciser d'ici l'examen du texte au Sénat, le 23 mai, notamment au sujet du modèle économique de la SNCF et de sa dette", a précisé Matignon.

La SNCF doit être à l’équilibre en 2022. Après avoir rencontré l'un après l'autre chaque syndicat, Édouard Philippe a fait le point sur l'avancée des négociations. "Le texte de la réforme ne changera pas fondamentalement" mais il "peut être encore finalisé", a-t-il assuré. Réaffirmant que l'Etat reprendrait la dette de la SNCF "progressivement à partir de 2020", Édouard Philippe a fixé comme objectif que le groupe public soit "à l'équilibre économique à la fin du quinquennat" en 2022. Il a également indiqué que la reprise de la dette serait "clairement identifiée dans les comptes publics" et soumise au vote du Parlement.

Enfin, le Premier ministre a proposé aux syndicats d'"aller plus loin sur l'investissement", "pour financer notamment des travaux de modernisation de la signalisation, qui conditionnent la qualité de service et la régularité des trains". Il a proposé aux organisations syndicales de refaire un point dans la même configuration "le 24 ou le 25 mai", juste avant l'examen du texte au Sénat.

Des avancées minimes

À la sortie, chaque représentant syndical a fait le bilan de sa rencontre avec Édouard Philippe. Certains étaient contents d'avoir pu échanger directement avec le Premier ministre. "Aujourd'hui, je pense qu'on a été entendus en termes de méthode et de dialogue social" et "les 15 jours à venir vont être primordiaux", a estimé Roger Dillenseger, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire. Ce type de rendez-vous "ne sert pas à rien parce que ça nous permet de repréciser un certain nombre de choses", a également reconnu le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez.

La CFDT déposera des amendements. Seul point clairement en négociation lundi, la reprise de la dette n'a pas connu de réelles avancées. Édouard Philippe n'a pas donné de "montant précis" de la reprise, seulement qu’elle serait "progressive et substantielle" du 1er janvier 2020 à 2022, a précisé Roger Dillenseger. "Il se donne encore du temps pour réfléchir", a complété Philippe Martinez.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a souligné de son côté que cette réunion inscrivait le dossier ferroviaire "clairement dans une deuxième phase" où il sera possible de "formuler des propositions avant le passage au Sénat, par le biais d'amendements". Le syndicat déposera ainsi une quarantaine d'amendements en vue de l'examen au Sénat du projet de loi, notamment sur l'ouverture à la concurrence et le statut de l'entreprise. Lors de sa prise de parole, Édouard Philippe a loué le travail de "deux syndicats" qui ont fait des propositions, sans les nommer.

La grève toujours sur les rails

Toutefois, ces réunions n'ont pas déboulonné les syndicats de leur position. "Pour nous, clairement, la grève se poursuit", a déclaré en sortant Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots. "Il n'y a pas de débat", "les grévistes vont poursuivre le combat le temps d'avoir (des) réponses du gouvernement", a ajouté Laurent Brun, soulignant qu'il reste "encore trois semaines pour interrompre le processus parlementaire". Même son de cloche chez SUD-Rail, "venu demander un autre pacte ferroviaire" au Premier ministre : "Aujourd'hui, toutes les réponses qui nous sont soumises ne sont pas de nature à arrêter la grève", a déclaré Erik Meyer, porte-parole du syndicat.

De même, la CFDT Cheminots va poursuivre la grève à la SNCF. Il n'est "pas question de lever la mobilisation. On continue", a affirmé Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT Cheminots. Le numéro un de FO Pascal Pavageau, tout juste élu pour succéder à Jean-Claude Mailly, a demandé "un moratoire d'un mois", en accusant le gouvernement d'utiliser l'ouverture à la concurrence comme "prétexte" pour "casser le statut".

Une "journée sans cheminot" le 14 mai. L'intersyndicale de la SNCF se réunira mercredi soir au siège de la CGT pour faire le point. Les syndicats ont d'ores et déjà promis une "journée sans cheminot" le 14 mai en cas "d'échec" des discussions. D'ici là, après un mois de débrayage débute la huitième séquence de grève, de lundi à 20h jusqu’à jeudi à 8h.

 

 

 

Opération coup de poing de cheminots à la gare Montparnasse

Aux alentours de 13h30, quelque 200 cheminots membres du syndicat Sud-Rail ont fait irruption dans la gare parisienne, munis de fumigènes allumés, créant un léger mouvement de panique. D'abord pris de court, les CRS sont ensuite intervenus pour repousser, parfois violemment, en faisant usage de leurs matraques et de leurs boucliers, les manifestants sur le parvis de la gare, située dans le 14e arrondissement de Paris. A 14h, les deux groupes se faisaient face sur le parvis, dans un climat tendu. Des chants hostiles à la police ("tout le monde déteste la police", "cassez-vous", "cheminots en colère, on va pas se laisser faire") étaient entonnés par les manifestants.