Mondial de l’Auto : pourquoi les constructeurs snobent le salon

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Salon de l'automobile 1280 5:14
Contrairement à certains de ses concurrents, Renault est bien présent au salon de l'Auto cette année. © MIGUEL MEDINA / AFP
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Pour diverses raisons, Volkswagen, Nissan, Volvo, Fiat, Ford ou encore Opel ont décidé de faire l’impasse sur le Mondial de l’Automobile de Paris, qui ouvre ses portes jeudi.
ON DÉCRYPTE

Le salon de l’Auto, c’est reparti ! La 88ème édition de la grand-messe parisienne de l’automobile ouvre ses portes au public jeudi pour dix jours (du 4 au 14 octobre) et souffle au passage ses 120 bougies. Plus d’un million de visiteurs sont attendus, sauf que le "Mondial Paris Motor Show", le nouveau nom de l’événement, aurait sans doute rêvé d’une fête plus enthousiaste : cette année, de nombreux constructeurs - dont le leader mondial Volkswagen - ont décidé de faire l’impasse.

Un investissement pas toujours rentable

En plus de Volkswagen, Nissan, Volvo, Fiat, Ford ou encore Opel ont également décidé de passer leur tour au mondial de l’auto de Paris. Au total, les absents représentent 40% du marché automobile européen. La première raison évoquée est assez banale : le coût. Être présent au salon implique un investissement financier non-négligeable, entre la location de l'emplacement, la construction du stand (éclairage, décor…) et bien sûr, le personnel pour accueillir les visiteurs et s’occuper des animations. "Quand on veut bien faire les choses, ça dépasse les cinq millions d'euros", nous confie un constructeur en aparté.

Entendu sur europe1 :
Le format du salon ne permet pas de faire essayer une voiture convenablement

Résultat, dans un contexte un peu morose pour le secteur automobile, les marques y réfléchissent désormais à deux fois avant de dépenser de telles sommes pour le seul salon parisien. Ford, par exemple, est absent pour la deuxième fois consécutive car ses dirigeants pensent que le modèle du salon traditionnel est dépassé. "Cela ne permet pas de faire essayer une voiture convenablement. Le format où les véhicules restent statiques et sont jugés plus sur leur esthétique que leurs réelles performances, définitivement, ça ne nous intéresse pas", défend Fabrice Devanlay, porte-parole de Ford France. Par ailleurs, il assure que "le fait de ne pas venir à Paris il y a deux ans n'a eu aucune conséquence négative sur les résultats commerciaux de la marque".

Faire revenir les visiteurs. Des arguments que Jean-Claude Girot, commissaire général du Mondial de l'auto de Paris, efface d’un revers de main. "Les présents montrent que ce salon a beaucoup d’importance. Il y a des nouveaux constructeurs asiatiques qui viennent, les groupes allemands et français nous disent que le salon de Paris est incontournable. Et puis il y a les marques qui reviennent, comme Lamborghini, Maserati, Aston Martin, Lotus, Bugatti, des marques qui font rêver les gens", souligne-t-il au micro d’Europe 1. Le rêve, c’est peut-être ce qui avait manqué au salon en 2016, avec une fréquentation de 1,07 million de visiteurs, en baisse de 14% par rapport à 2014. Pour faire revenir le public, le Mondial mise aussi sur son nouveau centre d’essai, place de la Concorde, où le public peut essayer gratuitement des véhicules hybrides et électriques.

Reste que, pour faire découvrir leurs nouveautés, les constructeurs préfèrent désormais utiliser leur budget différemment, en proposant par exemple aux potentiels clients de venir tester les voitures lors de journées événementielles. "Dénigrer les salons quand on ne veut pas venir, c’est une chose. Mais quand les constructeurs font des réunions centrées sur leur marque, ils ont quelques centaines de visiteurs. Nous, on a plus d’un million de visiteurs, toute la presse française et internationale couvre l’événement", rappelle Jean-Claude Girot.

Une concurrence de plus en plus âpre

Autre constat qui explique les nombreuses absences à Paris : la concurrence avec les autres salons est féroce. L'Europe n'est plus le centre du monde automobile. Toujours dans cette même logique d'arbitrages financiers, un constructeur va choisir un grand salon en Europe (Paris, Francfort ou Genève), un aux États-Unis (en général Détroit) et va mettre le paquet pour être présent en Asie, principalement en Chine.

Alors que les marchés occidentaux ont fortement pâti de la crise économique (les ventes ont chuté de 27% en six ans), le géant asiatique incarne le futur du secteur. La production de véhicules a ainsi été multipliée par quinze en Chine, entre 2000 et 2017. D’où la nécessité pour les constructeurs de séduire directement les centaines de millions de chinois qui n’ont pas encore de véhicule, en privilégiant le salon de Pékin, au détriment des rendez-vous européens, dont la France (outre Paris, Francfort a également vu sa fréquentation baissé de 13% entre les deux dernières éditions).

Entendu sur europe1 :
C’est un salon où on va énormément parler de nouvelles technologies

Le Mondial de Paris, comme les autres salons automobiles, subit également les conséquences de l'évolution technologique des voitures : connectées ou autonomes, elles deviennent de plus en plus des produits high-tech. De fait, les constructeurs se doivent d'être présents au CES, le salon de l'électronique grand public qui se tient chaque année, en janvier, à Las Vegas, et représente aussi un coût important. Une concurrence que Paris tente de contrer cette année grâce à un partenariat avec le CES, qui se traduit par une journée spéciale nouvelles technologies sur le salon.

"C’est un salon où on va énormément parler de nouvelles technologies. Les constructeurs ont tort de ne pas y aller", estime d’ailleurs, sur Europe 1, Pierre-Noël Luiggi, le président d’Oscaro, site de vente de pièces détachées. "Si j’étais un constructeur automobile, je me serais précipité sur le salon pour expliquer mon ADN et montrer qu’un grand constructeur pense l’avenir", ajoute-t-il. Ironie du sort : Oscaro sèche également le salon cette année, le site a préféré opter pour "un tour de France, au printemps 2019, avec une caravane et des événements autour du 'do it yourself' automobile". Le signe, que peut-être, le Mondial de Paris n’est plus incontournable.