Gaspard Koenig : "L'intelligence artificielle est une menace pour notre libre arbitre"

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Le philosophe libéral Gaspard Koenig, fondateur du laboratoire d'idées GenerationLibre, publie mercredi une enquête sur les techniques d'intelligence artificielle utilisées aujourd'hui. Il y voit une vraie menace sur notre libre arbitre.
INTERVIEW

Après "Voyage d'un philosophe aux pays des libertés" (2018), le philosophe libéral Gaspard Koenig, fondateur du laboratoire d'idées GenerationLibre, publie mercredi "Le fin de l'individu, voyage d'un philosophe au pays de l'intelligence artificielle" (éditions de L'Observatoire). Dans cette enquête, fruit d'une centaine d'entretiens avec les grands noms de la discipline – le député Cédric Villani, auteur d'un rapport sur l'intelligence artificielle, ou le chercheur Yann Le Cun recruté par Facebook -, il pointe une vraie menace sur notre libre arbitre.

L'intelligence artificielle (IA) est "une vieille technique d'illusionniste", explique l'auteur au micro d'Europe 1. "Grâce à elle vous pouvez mettre des images sous forme de code, pour faire reconnaître à une machine un chat ou un visage. Il suffit de lui avoir montré des millions d'exemplaires de l'objet. Ça pourra marcher avec des tumeurs cancéreuses par exemple."

L'IA conduit à déléguer notre capacité de choix

Très efficaces et confortables, les techniques d'intelligence artificielle auraient la capacité d'étourdir et d'endormir notre sens des responsabilités. "Les techniques d'intelligence artificielle telles qu'elles sont appliquées industriellement aujourd'hui conduisent à déléguer notre capacité de choix à la machine", développe Gaspard Koenig. Il prend l'exemple du GPS : "On ne se pose plus la question de tourner à droite oui à gauche", constate-il.

Le philosophe s'est notamment déplacé en Chine, convaincue que l'IA lui redonnera une avancée économique sur les Etats-Unis. "La partie la plus fascinante de l'enquête était là-bas", raconte-il. "Dans ce pays, le gouvernement et la population sont très à l'aise avec le développement massif et sans limites des techniques d'intelligence artificielle."

L'auteur plaide pour une propriété privée des données personnelles

Il y voit une raison politique : "L'IA est quelque  chose qui sert à avantager le groupe : quand votre GPS donne le meilleur trajet, il vous donne le meilleur trajet pour ne pas  créer un embouteillage qui contrarierait les autres. Cela  colle parfaitement aux méthodes utilitaristes, communistes et confucéennes des Chinois."

Comment concilier progrès techniques dans ce domaine et préservation du libre arbitre? "Il faut conserver le droit à dévier de l'individu, il faut qu'il y ait des gens qui fassent des erreurs pour avancer", préconise Gaspard Koenig. Ce serait la condition sine qua non du progrès selon lui.  "Aujourd'hui,  ces systèmes d'intelligence artificielle vous incitent à vous comporter comme la norme." Pour rétablir la maîtrise de l'individu sur son destin, l'auteur plaide pour une propriété privée des données personnelles. Ce système permettrait en particulier de monétiser les informations livrées par les particuliers aux grandes plateformes numériques.