Lafarge en Syrie : malgré l'abandon d'une partie des poursuites, la France a perdu un fleuron industriel

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Soupçonné d'avoir payé des groupes djihadistes en Syrie, le cimentier Lafarge a obtenu l'annulation de sa mise en examen pour "complicité de crimes contre l'humanité". Mais cette affaire, qui n'est pas close, a quand même fait perdre à la France l'un de ses fleurons industriels.
ANALYSE

Ce n'est un soulagement qu'en demi-teinte pour le groupe Lafarge. Jeudi, le cimentier a obtenu l'annulation de sa mise en examen pour "complicité de crimes contre l'humanité". Depuis juin 2018 en effet, l'entreprise était poursuivie en raison de ses activités en Syrie : elle était soupçonnée d'avoir payé des groupes djihadistes afin de maintenir l'activité de l'un de ses sites.

Mais elle reste encore menacée d'un procès pour "financement du terrorisme", "violation d'un embargo" et "mise en danger de la vie d'autrui". Elle a également perdu sa nationalité française à cause de ce scandale.

De fait, lorsque l'affaire a éclaté, en 2016, Lafarge était en pleine fusion avec le Suisse Holcim. Un rapprochement qui devait se faire, au départ, sur un pied d'égalité : un groupe franco-suisse, avec un siège à Paris et des dirigeants hexagonaux. Même le nom choisi, Lafarge-Holcim, mettait en avant le côté français d'une entreprise bicentenaire, née en Ardèche en 1833.

Les Suisses ont pris le contrôle à 100%

Mais le scandale syrien est passé par là. Dans cette affaire, Lafarge SA, propriété de Lafarge Cement Syria, est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via cette filiale, près de 13 millions d'euros à des groupes djihadistes, dont l'État islamique, afin de maintenir l'activité de son usine de Jalabiya, dans le nord de la Syrie. Après les plaintes de Bercy et de plusieurs associations, une information judiciaire avait été ouverte en juin 2017.

Depuis, tout le management français a été déstabilisé, discrédité, laminé. Les Suisses en ont profité pour prendre le contrôle à 100%, faisant de Lafarge-Holcim un groupe suisse, dirigé depuis le canton de Zoug. Le siège parisien a été fermé l'an dernier. À la même date, Lafarge a été chassé du CAC 40. La France a perdu l'un de ses fleurons industriels.

Europe 1
Par Axel de Tarlé, édité par Margaux Baralon