Chantiers navals STX : 1% qui change (presque) tout

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La France et l'Italie se partagent les chantiers navals STX de Saint-Nazaire, avec un avantage accordé à Fincantieri. © LOÏC VENANCE / AFP
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Comme prévu avant la nationalisation, Fincantieri devient actionnaire majoritaire des chantiers navals STX de Saint-Nazaire. Mais uniquement grâce à un prêt d’actions de l’État français.

ON DÉCRYPTE

Céder les chantiers navals de Saint-Nazaire sans pour autant accorder un contrôle total à l’acheteur italien Fincantieri. Le gouvernement a finalement trouvé une solution à ce dilemme en apparence insoluble : la France (via plusieurs actionnaires) et Fincantieri se partagent chacun 50% du capital des chantiers STX France, a annoncé l'Élysée mardi soir. Avec une astuce : l’État français va prêter 1% à Fincantieri. Un stratagème qui semble contenter tous les acteurs du dossier et met fin au psychodrame franco-italien qui couvait depuis la nationalisation décidée en juillet.

Opération rare. En optant pour cette privatisation flexible, la France satisfait aux exigences de Fincantieri. Les Italiens avaient mal vécu la nationalisation imposée de STX France alors qu’un accord avait été signé avec le précédent gouvernement. Depuis, Fincantieri réclamait au minimum 51% des parts des chantiers navals, afin d’être l’actionnaire majoritaire. Or, Paris voulait éviter cette situation et réclamait un partage à 50-50.

Les deux parties sont donc satisfaites par ce partage. Concrètement, Paris et Rome sont partenaires à égalité. L’État français s’adjuge 34,34% des parts, 10% vont au groupe militaire public Naval Group, ex-DCNS et, sous conditions de réalisation, 2% aux salariés de STX et 3,66% aux sous-traitants locaux (le cas échéant, Naval Group prendrait ces parts). De son côté, Fincantieri prend 50% aussi. Voilà pour la configuration de base. Sauf que pour contenter l’Italie, l’État va prêter 1% du capital à son partenaire. "C’est une opération assez rare, très politique. Quand ça se met en place, c’est souvent parce que l’État est impliqué", commente Christopher Dembik, chef économiste à la Saxo Banque. Avec 51% des droits de vote, Fincantieri est donc, en pratique, seul actionnaire majoritaire des chantiers.

1% contre des garanties. Ce prêt minime mais fondamental, valable 12 ans, a été consenti par Paris en échange d’engagements. Les deux parties vont se réunir régulièrement pour faire le point sur la situation des chantiers navals. Si les garanties apportées par Fincantieri ne sont pas respectées, la France pourra récupérer le 1% prêté au bout de 2, 5, 8 et 12 ans. Si l'État français reprend ce 1%, Fincantieri pourra lui demander de racheter sa part de 50%. Un montage dont se félicite l’Élysée, au point de faire dire à un conseiller du président, cité par Le Monde : "C’est malin, non ?".

Les garanties apportées par Rome portent sur les règles de gouvernance, la préservation de l’emploi et du tissu de sous-traitance, du savoir-faire, de la propriété intellectuelle et du respect du niveau d’investissement, indique l'Élysée. D’abord, l’emploi. Il y a 7.000 postes en jeu mais il semblerait que Fincantieri ait assuré que priorité ne serait pas donnée à ses sites italiens en cas de mauvaise passe. Les Italiens se sont également engagés à ce que le savoir-faire français ne soit pas concerné par l’alliance conclue par Fincantieri avec la Chine.

Enfin, Naval Group bénéficiera d’un droit de veto au conseil de STX France, afin que la France conserve un poids particulier lors des décisions stratégiques. "En l’état, le rapport de force est plutôt favorable à la France", juge Christopher Dembik. Laurent Castaing, actuel PDG de STX France, garde les commandes mais la direction sera nommée par Fincantieri. Le conseil d’administration comportera huit membres : quatre nommés par Fincantieri, deux par l’État français, un par Naval Group et un par les employés.

Rapprochement industriel. Enfin, dernier "cadeau de mariage" : la France et l’Italie vont autoriser Naval Group et Fincantieri à entamer les négociations pour une alliance. Selon Les Échos, elle prendrait la forme d’un échange croisé de participations à hauteur de 10% entre les deux spécialistes de la construction navale militaire. Objectif : construire à termes un géant européen du secteur. Naval Group et Fincantieri avaient déjà tenté un rapprochement en 2015, mais le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian s’y était opposé. Naval Group présentant à l’époque des comptes en perte, il s’était inquiété d’une alliance déséquilibrée. "La France et l'Italie ont un fort intérêt à rapprocher Naval Group et Fincantieri" mais l’opération serait "complexe" et n’est "pas certaine d’aboutir", souligne l'Élysée.