British Steel : pourquoi Ascoval n’est pas totalement hors de danger

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Les salariés de l'aciérie Ascoval de Saint-Saulve connaissaient de nouvelles inquiétudes, après plus de quatre années de rebondissements. (photo d'archives)
Les salariés de l'aciérie Ascoval de Saint-Saulve connaissaient de nouvelles inquiétudes, après plus de quatre années de rebondissements. (photo d'archives) © FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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La liquidation de British Steel, repreneur du site d’Ascoval à Saint-Saulve dans le Nord, n’impactera pas l’usine française selon Bercy, qui dit pourtant n’avoir "des assurances (que) sur les six prochains mois".
ON DÉCRYPTE

Les salariés de British Steel Saint-Saulve, ex-Ascoval, sont de nouveau plongés dans l’incertitude : leur repreneur britannique, le sidérurgiste British Steel, va être placé en faillite, faisant à nouveau planer le doute sur la viabilité du site français repris il y a tout juste une semaine. Bercy se veut toutefois rassurant : les déboires de British Steel n’auront pas d’impact sur l’aciériste situé dans le Nord… Mais le ministère reconnaît aussi ne pas avoir de vision à long terme, alors que le groupe britannique se trouve en mauvaise santé économique. 

Pourquoi le site de Saint-Saulve est-il pour l’instant épargné ?

Le gouvernement britannique a placé mercredi en liquidation British Steel, une semaine après la reprise effective d’Ascoval. Cette mise en faillite concerne les activités historiques du sidérurgiste, c’est-à-dire notamment ses activités britanniques. Et l’État français l'assure : cette liquidation n’aura pas d’impact sur le site de Saint-Saulve, car celui-ci a en réalité été repris par la société-mère de British Steel.

"Cette procédure n'inclut pas l'aciérie de British Steel Saint-Saulve qui est détenue par une autre société du groupe", la société-mère du groupe British Steel, Olympus Steel Ltd, a détaillé Bercy. Le ministère a précisé que "le plan d'affaires" du site français, qui compte 271 salariés, ne dépendait pas des activités britanniques, "ni industriellement, ni pour son financement". Au Royaume-Uni, ce sont en revanche quelque 4.500 employés qui devraient perdre leur emploi si aucun repreneur ne se manifeste.

Que va-t-il se passer désormais ?

Le plan décidé entre l’État français et British Steel pour sauver Ascoval va se poursuivre dans l’immédiat. "Les engagements du gouvernement et de l'État français seront respectés et donc les crédits débloqués" en faveur de British Steel, a assuré mercredi la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, dans la foulée de l’annonce de la liquidation. "De la même manière, du côté de British Steel, les engagements qui ont été pris sont aujourd'hui en train d'être tenus", a-t-elle ajouté.

Les fonds promis par l'État français et par British Steel pour cette reprise ont commencé à être versés le 16 mai et l'aciérie a officiellement intégré le giron de British Steel, permettant alors la reprise de l’activité. Dans le détail, l’État a décidé le déblocage de 15 millions d’euros de prêt, et la partie britannique 5 millions, auxquels s’ajoutera un prêt futur de 40 millions d’euros. Bercy assure avoir foi dans la capacité d'Olympus Steel "à apporter les fonds nécessaires dans le calendrier prévu".

Ascoval est-il vraiment hors de danger ?

En apprenant la liquidation de British Steel, les employés du site de Saint-Saulve ont brièvement arrêté le four de l’aciérie mercredi, "pour la première fois depuis l'existence de l'usine" selon l’intersyndicale, pour marquer leurs inquiétudes sur la solidité économique du projet de reprise. Ce four a été remis en route à l’issue d’un CE extraordinaire, et l’annonce par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire qu’il recevrait les salariés d’ici la fin de semaine. Des représentants d'Olympus Steel ont à leur tour fait savoir dans la soirée qu'ils étaient prêts à venir rencontrer les salariés la semaine prochaine.  

Si les craintes demeurent pour les salariés, c'est que le conditionnel reste de mise dans ce dossier : au ministère de l’Économie, on confie n’avoir "des assurances" et donc une visibilité que "sur les six prochains mois". Il n’y a donc aucune assurance qu’à long terme, le site de Saint-Saulve ne soit pas de nouveau menacé. D’autant qu’à moyen terme, British Steel Saint-Saulve aura des "besoins de financement un peu plus lourds", s’il veut tenir son carnet de commandes, admet Bercy, qui veut toutefois assurer du "soutien total de l’Etat" au site industriel.

Bruno Le Maire a par ailleurs reconnu mercredi que ce dossier de la reprise d'Ascoval a "pris des hauts et des bas" et qu'il "est difficile parce que le marché de l'acier est difficile". Le choix de British Steel comme repreneur d’Ascoval a fini par s’imposer, car il était le seul candidat en lice. Mais le groupe britannique connaît d’importantes difficultés financières, notamment en raison du Brexit : en cas d’absence d’accord de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’acier exporté par British Steel pourrait être fortement taxé. Une menace qui fait fuir les potentiels nouveaux clients, et qui fait que British Steel, à court de liquidités, ne sort pas du marasme économique.

Europe 1
Par Mathilde Belin, avec Emmanuel Duteil et AFP