Salomé Lelouch : "Comme comédienne, c’était une plaie d’aller sur scène"

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La fille de Claude Lelouch et d’Évelyne Bouix explique comment elle est passée d'un chemin tout tracé de comédienne à la mise en scène et la production.

INTERVIEW

A deux jours de vie, Salomé Lelouche était déjà comédienne dans Viva la vie, le film de son père, Claude Lelouch. Aujourd'hui auteure de théâtre, metteuse en scène et productrice, sa pièce Politiquement correct sera rejouée dès le 22 février au Théâtre de l’œuvre. Dans cette pièce qui se déroule entre les deux tours de l’élection présidentielle, un homme et une femme se plaisent. Elle a toujours voté à gauche, mais elle ne sait pas que lui est un militant du FN. Pour parler de cette aventure et de son parcours, Salomé Lelouch a donné rendez-vous à Frédéric Taddéï dans la cour du théâtre.

"Des moments très durs". Il est accueilli par... François-Xavier Demaison. Le comédien codirige la salle. "C'est une belle aventure. On a doublé la fréquentation en deux ans", explique l'acteur. "Salomé y a fait un succès avec Justice", ajoute-t-il. Mais surtout, ce théâtre a une autre portée pour la fille de Claude Lelouch et d’Évelyne Bouix : c’est dans ces murs, dans le petit escalier qui mène aux loges, qu’elle a décidé d’arrêter d’être comédienne. De la nostalgie, l'intéressée n'en a "aucune. J’ai vécu des moments très durs sur la scène du Théâtre de l’œuvre, il y a quinze ans, avec un spectacle qui s’appelait Un baiser, un vrai, avec Michel Duchaussoy. J’ai pris conscience que je m’éclatais en répétition, en mise en scène, en écriture et que comme comédienne, c’était une plaie d’aller sur scène. Ce jour-là, j’ai décidé d'arrêter. J’avais à peine 20 ans", raconte Salomé Lelouch.

"Le théâtre m'a permis de faire ce que j'avais envie". Rue de Clichy, à Montmartre, une fois sortie du théâtre, la metteuse en scène explique qu'être comédienne enfant a néanmoins eu des avantages : "Je tournais un ou deux films par an. J’arrivais à gratter deux ou trois mois d’école. C’était énorme !" Mais une carrière précoce a aussi ses inconvénients : "C’est très dangereux parce qu’enfant, vous prenez la grosse tête très facilement. J’ai eu énormément de chance de rencontrer, à 16 ans, la littérature, le théâtre. Et de passer de ce côté-là où, contrairement au cinéma où vous êtes pouponnée, au théâtre, vous faites tout. La régie, les costumes, les textes, les décors. Et c’est ce qui m’a fait décider qu’actrice, non, je ne voulais pas faire ça." Personne ne comprenait alors cette décision. 

Entendu sur europe1 :
J’ai réussi dans ma vie professionnelle à retrouver l’adrénaline du poker avec la production

Incarner un militant du FN sympa. Son père, réalisateur pour le cinéma, avait en revanche la démarche opposée. "C’est l’inverse du théâtre, de la répétition. Ce n’est que de l’inné, du spontané. J’essaie au théâtre d’insuffler cette improvisation que j’ai appris avec mon père. Pour lui, tout est absurde dans le théâtre. Mais il lit, il vient voir", glisse l'ex-comédienne. A l'Upper café, face au square de la Trinité, elle a donné rendez-vous à deux de ses acteurs, Thibault de Montalembert, qui a gagné en notoriété avec la série Dix pour cent, et Ludivine de Chastenet. Pour lui, incarner un militant du FN, qui plus est sympathique, "était perturbant. Ça crée du questionnement."

"Situations cornéliennes". Passionnée par la politique, Salomé Lelouch avait avant tout une autre motivation pour écrire sa pièce : "Ce qui m’a le plus plu, c'est de mettre les gens et les personnages dans des situations cornéliennes et compliquées. Et de créer une histoire d’amour impossible", explique-t-elle. Mais elle s'est aussi imposée une double tension : "Il y avait le trac artistique et le trac politique." La pièce a même été reprise à l'étranger autour d'autres clivages politiques : en Angleterre autour du Brexit, et en Espagne avec la question de l’indépendance de la Catalogne."

Interdite de casino. La balade se termine au Théâtre Lepic, l'ancien Ciné 13 Théâtre de Claude Lelouch qu'elle a longtemps hésité à rebaptiser. Ici, elle produit des pièces, et davantage celle des autres d'ailleurs. Les premiers spectacles ont été produits avec de l'argent gagné au poker. Car c'est avec ce jeu qu'elle a gagné sa vie un temps, après avoir arrêté le jeu... sur scène. Avec un revers : "Je me suis mise en danger" au point de contracter des dettes en voulant jouer avec les meilleurs. Interdite de casino, elle dit retrouver le "plaisir de jouer, de parier" en produisant des spectacles et "en se disant 'j’y vais sans aide, un peu à la hussarde et on va bien voir si c’est un succès ou pas'. J’ai réussi dans ma vie professionnelle à retrouver l’adrénaline du poker avec la production."