Précarité des artistes de la bande dessinée : "Vivre avec ces tarifs, ça va devenir impossible"

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Environ huit millions de Français lisent régulièrement des bandes dessinées. 4:00
Environ huit millions de Français lisent régulièrement des bandes dessinées. © Yohann Bonnet/AFP
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Alors que le festival de la bande dessinée d'Angoulême débute jeudi en présence du président de la République Emmanuel Macron et du ministre de la Culture Franck Riester, les artistes-auteurs attendent des mesures pour mieux vivre de leur art. La moitié des auteurs de BD gagnent moins que le Smic.

Emmanuel Macron doit se rendre ce jeudi au festival de la bande dessinée d'Angoulême pour un déjeuner avec des artistes-auteurs. C'est la première fois depuis François Mitterrand qu'un président de la République en exercice se rend à ce festival. Mais le chef de l'Etat pourrait ne pas être accueilli très chaleureusement, dans un contexte de plus en difficile pour les auteurs de bandes dessinées.

Les ventes ont bondi de 9% en 2019

Certes, les ventes de BD ont bondi de 9% l'année dernière, dans la continuité des dernières années, et les grandes maisons d'éditions se portent très bien, avec parfois des progressions à deux chiffres. Huit millions de Français lisent aussi régulièrement des BD. Pourtant, de l'autre côté de la chaîne, on ne s'en sort plus. La moitié des auteurs de bandes dessinées touchent moins que le Smic et près d'un tiers vit même sous le seuil de pauvreté.

Payé à la page, Guilhem Bec, dessinateur de la série à succès Les trois fantômes de Tesla vendue à 30.000 exemplaires, se considère comme un chanceux... Et pourtant. "Je suis à 330 euros. C'est-à-dire qu'une page ça peut me prendre jusqu'à deux semaines. Donc il y a certains mois où je n'en facture que deux. Donc ça me fait des revenus à 660 euros, et brut hein !", témoigne-t-il. "Pour un dessinateur débutant, il sera plutôt aux alentours d'un prix de page entre 80 et 120 euros maximum. Vivre avec ces tarifs-là, ça va devenir impossible", regrette-t-il.

Trop de titres ?

La principale explication réside dans la multiplicité des titres publiés. Chaque année, on en compte 5.000 nouveaux. Cela permet aux éditeurs d'augmenter leurs ventes, mais chaque titre se vend proportionnellement moins, d'où une baisse des revenus pour les auteurs et dessinateurs.

Le gouvernement prévoit un plan d'action

Commandé par le gouvernement, le rapport Racine préconise notamment de mieux structurer la profession des auteurs pour qu'elle pèse davantage dans les négociations avec les éditeurs. Jeudi matin sur Europe 1, le ministre de la Culture Franck Riester a annoncé "un plan d'action très fort pour les artistes-auteurs et tout particulièrement pour les artistes de bandes dessinées" dont les détails seront dévoilés "tout début février".

Les auteurs attendent pourtant une réponse claire d'Emmanuel Macron dès cet après-midi, alors que 2020 a été décrété par le ministère de la Culture comme l'année de la bande dessinée.

Europe 1
Par Mathieu Charrier, édité par Jonathan Grelier