Pourquoi Jacques Brel traverse-t-il les générations ?

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Au micro de Wendy Bouchard, France Brel, la fille de Jacques et Yves Bigot, ancien patron de la RTBF et spécialiste de la chanson française reviennent sur l'influence du "Grand Jacques", et pourquoi il a traversé les générations.
LE TOUR DE LA QUESTION

Il nous a quitté depuis près de 40 ans, mais il est toujours aussi présent. Invités de Wendy Bouchard vendredi, France Brel, fille de Jacques Brel, créatrice de la Fondation Jacques Brel à Bruxelles et Yves Bigot, Directeur de TV5 Monde, ancien patron de la RTBF, et auteur du livre  Je t’aime moi non plus – Les amours de la chanson française, analysent la postérité de Jacques Brel et son influence de nos jours. Pour eux, trois constats expliquent cette persistence dans le temps 

Un show man hors norme

"Jacques avait un grand sens de son travail : faire plaisir aux gens, respecter le public", raconte France Brel, sa fille cadette, alors que sort ce vendredi un coffre intitulé Brel : Intégrale 1953-1977, regroupant 300 titres et 21 albums. "Et il avait peur avant chacun de ses concerts, il en était malade. C'était un tract épouvantable qu'il gérait comme il pouvait, c'était une véritable aventure, car c'était un véritable cadeau", dévoile-t-elle. Malgré la tension et la difficulté, Jacques Brel arrivait à se dépasser à chacune de ses apparitions sur scène. "Il avait un rapport avec le public qui fait que chaque personne dans la salle avait l'impression qu'il chantait pour lui, et pour lui seul. Il arrivait à atteindre le cœur et l'âme du spectateur qui était ébranlé, mais il ne lâchait pas son public".

"Il y a quelque chose de très important, qui a changé aujourd'hui : Jacques n'avait que quelques secondes entre chaque chanson. Et le public était complètement fatigué, estomaqué par le rythme que Jacques s'imposait et lui imposait", déroule sa fille. "Brel reste un artiste à part qui traverse les générations grâce à la force son expression scénique", ajoute Yves Bigot. "Il avait une manière particulière d'interpréter, de projeter, d'aller vers l’auditeur. Le spectateur, qu'il soit dans la salle ou chez lui en train d'écouter sa musique, recevait la chanson, l'expression. [...] Beaucoup de gens ont repris des chansons de Brel, certains très bien, mais l'interprétation de ses propres chansons est unique", résume-t-il.

Un parolier de génie

Derrière le monstre scénique, le "Grand Jacques" a aussi une autre force, l'écriture. "Jacques Brel possède deux talents distincts : en plus de l'interprétation, l'autre aspect de son talent est la qualité de l'écriture et de ses chansons. Elles sont majoritairement universelles et éternelles grâce à ce double talent que tous les artistes ne possèdent pas forcément", analyse l'ancien patron de la RTBF. Une qualité de l'écriture qui vient aussi de la sincérité des textes : "Je pense que chez Jacques, ce qu'il y a de très fort, c'est la cohérence entre ses activités et l'homme qu'il était", dévoile France Brel.

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

"C'est très difficile de dissocier l'homme de ses mots parce qu'il les porte, il les écrit, ce sont des souvenirs d’enfance et ça vient de loin. Il y a une cohérence extraordinaire entre l'homme et l'artiste, et je pense que la force de l'homme qui est derrière l'artiste, c'est peut-être cela aussi qui traverse le temps", avance-t-elle.

Un communicant né

Mais Jacques Brel sait aussi donner de sa personne en dehors de la chanson. "Jacques avait des passions, et il aimait beaucoup parler. Il avait cette caractéristique d'en dire toujours un peu plus sur lui en face d'un micro, comme si le micro le faisait un peu plus aller dans l'introspection", explique la créatrice de la fondation Jacques Brel à Bruxelles. "L'Abbé Brel", comme le surnommait Georges Brassens, aimait partager ses pensées, mais il aimait également parler de son art, "ce qui n'est pas le cas de tous les artistes", fait remarquer Yves Bigot.

"Beaucoup sont secrets ou n'ont pas envie de donner le sentiment de donner leur truc de fabrication. Mais Jacques Brel, comme d’ailleurs Georges Brassens, aimait parler, expliquer quel était son travail, sa manière d'écrire les chansons, d'où venait son inspiration", raconte-t-il. "Ça vient peut-être du fait qu'il était Belge, parce que les Belges parlent beaucoup plus facilement d'eux, sont beaucoup moins secrets. Ce sont des gens plus ouverts, plus naturels et plus facilement chaleureux", avance-t-il.

Pourquoi France Brel n'appelle pas son père "papa" ? 

Pendant une heure au micro de Wendy Bouchard, France Brel a évoqué son père en l'appelant "Jacques", et il y a une bonne raison à cela : "Je l'appelle Jacques, parce que je suis une fille obéissante : un jour, quand nous avons commencé le voyage sur le voilier pour partir faire le tour du monde pendant trois ans [en juillet 1974, ndlr], il m'a demandé de ne plus l’appeler papa mais Jacques. Je n'ai pas posé de questions, je l'ai pris comme un compliment, parce que je sais que la paternité n'était pas sa valeur essentielle. J'ai eu l'impression tout d'un coup que je devenais un 'être humain', plus comme une amie parmi ses proches. Quand il m'a demandé de l'appeler Jacques, je l'ai fait avec plaisir et je continue à le faire", révèle sa fille cadette.

Europe 1
Par Ugo Pascolo