Olivier Picasso : "C’est très compliqué d’être le descendant d’un artiste"

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Au centre de la scène culturelle parisienne cette saison, le peintre révolutionnaire du 21ème siècle est raconté par son petit-fils dans l'émission "Il n'y a pas qu'une vie dans la vie".
INTERVIEW

Alors que deux expositions sont consacrées au peintre espagnol, Picasso bleu et rose au musée d’Orsay jusqu’au 6 janvier 2019, et Picasso, chefs-d’œuvre, jusqu’au 13 janvier 2019, au musée national Picasso de Paris, son petit-fils, Olivier Widmaier Picasso, était l'invité d'Isabelle Morizet dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, samedi. Il raconte comment il a appris à découvrir un grand-père qu’il n’a connu qu'au travers de tableaux et de souvenirs familiaux…

"Influencé par sa présence". Une telle filiation élève ou écrase. Parce qu’il n’est pas aisé d’être le petit-fils d'un peintre que l’on range volontiers aux côtés d’un Leonard de Vinci en termes de renommée. "On m’a toujours promis que j’allais être un grand artiste et puis, un jour, en option au bac, j’ai eu 3/20. Ça a tout de suite mis fin à ma carrière d’artiste, je me suis débrouillé autrement." Olivier Picasso devient alors juriste et crée des sociétés de production. "La notion de création est importante sauf que moi, je l’ai trouvée à travers le talent des autres", dit celui qui a notamment été le producteur de Yannick Noah et a signé des albums avec Gloria Gaynor. "C’est très compliqué d’être le descendant d’un artiste", ajoute-t-il. "C’est plus facile, peut-être, à la troisième génération comme la mienne, parce qu’on a un regard empreint de respect, de volonté de réalité historique et puis, on est un peu plus libre. Malgré tout, avec un tel grand-père, j’aurais toujours une partie de ma vie qui sera influencée par sa présence. J’ai appris à vivre avec lui."

La peinture "pas pour décorer les appartements".  Pourtant, cet aïeul illustre dont il porte le nom et dont les tableaux ont toujours orné les murs, il ne l’a jamais rencontré. Le peintre meurt le 8 avril 1973 à 91 ans. Olivier en a alors 11. Sa mère Maya et lui apprennent la nouvelle par flash info. "J’ai le souvenir de l’interruption du film", synonyme de nouvelle importante. "Quelqu’un venait de naître pour moi, quelqu’un que je ne connaissais pas, peu, et dont je ne devinais absolument pas quel avait été le parcours artistique ou sentimental."

Car l'art et les sentiments sont liés chez Picasso. Chacune des femmes de sa vie a inspiré une nouvelle période picturale. "J’ai beaucoup de respect pour toutes les femmes qui ont rencontré mon grand-père. Je pense que Pablo Picasso n’est surtout pas un peintre de l’abstraction. Il avait besoin de modèles. Une personne, de préférence une femme, un objet ou un paysage. C’est quelqu’un qui veut redécrire notre réalité." Plus le peintre avance en âge, plus il se tourne vers la création. Pour lui, "la peinture, c’est une arme, ce n’est pas pour décorer les appartements", rappelle son petit-fils. "Il n’a eu de cesse de vouloir créer, d’accomplir une mission", comme un "obsédé" de son œuvre.

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On a brossé un tableau faux. Pablo a toujours eu beaucoup de considération pour ceux qui en avaient besoin

Légende noire. Mais ceux qui ont entouré et aimé Picasso ont souvent souffert du vivant de l'artiste, mais aussi de sa mort. Marie-Thérèse, la grand-mère d’Olivier (rencontré à 17 ans quand l’artiste en avait 46), se pend quatre ans après la mort de peintre. "Le geste lui-même, je ne me l’explique pas, facilité, simplicité… Le processus, il me paraît tout à fait normal. Une femme qui a vécu une période de rêve, dont le visage est immortalisé sur des œuvres dans le monde entier, qui a réussi à conserver un lien même très simple avec celui qu’elle a aimé, c’est extraordinaire. Et puis, en 1973, tout s’arrête. Je pense que les années qui ont suivies, Marie-Thérèse a vécu un sentiment de solitude affective", décrit-il. La dernière compagne du peintre, Jacqueline, se suicide également, achevant de donner une lueur noire à l'histoire familiale de la légende.

Une succession gigantesque et complexe. Olivier Picasso tient pourtant à recadrer : "On a brossé un tableau faux. Pablo a toujours eu beaucoup de considération pour ceux qui en avaient besoin. Il l’a fait pendant la guerre d’Espagne en aidant les réfugiés espagnols qui étaient dans le sud de la France. Il a aidé ses amis, il a aidé sa famille. Il a versé des pensions à tout le monde, c’était un homme généreux." Reste que l'artiste révolutionnaire laisse une famille décomposée… ainsi qu’un gigantesque héritage. La succession qui s’élève à l’époque à 1,2 milliard de francs - et qui n’a cessé de prendre de la valeur - engendre un procès. Picasso n’avait d'ailleurs pas fait de testament. "Faire un testament, c’était mourir demain, ne pas faire de testament, c’était privilégier personne", explique Olivier Picasso. Lui-même encore étudiant en droit, un jour d’examen de fiscalité, il était tombé sur ce cas pratique complexe : 'la succession Picasso'. "C’est un pied de nez dans mon histoire. J’ai dû plancher sur un sujet dont je vivais également les éléments affectifs et pas seulement légaux."