Journées du patrimoine : pourquoi l'Elysée fascine-t-il autant ?

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Au micro de Wendy Bouchard, Jack Lang et Fabrice d'Almeida reviennent sur le succès rencontré par l'Elysée lors des Journées du patrimoine. Ils analysent la relation qu'entretiennent les Français avec ce lieu, qu'ils ne connaissent pourtant le plus souvent que via la télévision. 
ON DÉCRYPTE

Jusqu'à huit heures ! C'est le temps qu'ont dû attendre certains visiteurs pour voir l'Elysée, lors des Journées du patrimoine, ce week-end. Invités lundi, au micro de Wendy Bouchard, Jack Lang, le fondateur de ces journées et l'historien d'Europe 1 Fabrice d'Almeida reviennent sur l'engouement suscité par le palais et la relation que les Français entretiennent avec le logement de la plus haute instance de la République française. 

Rentrer dans l'intimité du pouvoir. Ce n'est pas moins de 20.000 personnes qui se sont pressées, ce week-end, pour visiter l'Elysée et se rapprocher, voire même toucher, plus les plus chanceux, les ficelles du pouvoir. "C'est le lieu du rêve", confirme Fabrice d'Almeida. "Il y a, dans le patrimoine, une dimension du beau qui nous transporte, qui nous emmène, et l'Elysée, dans l'imaginaire français, c'est le cœur du pouvoir. Et puis malgré tout, depuis trois voire quatre présidences, on a l'impression de rentrer, via la télévision, dans une sorte d'intimité avec les hommes politiques", avance-t-il.

Entendu sur europe1 :
François Mitterrand avait une conception 'sacrée' du palais, il considérait que c'était un lieu particulier, intouchable

Une intimité qui s'est très certainement renforcée cette année puisqu'en plus de la "visite" surprise du président, pendant près de deux heures, samedi, dans les jardins et les salons du palais, 350 personnes ont eu la chance de pénétrer dans les caves de l'Elysée. Une première. Une visite d'exception, à laquelle a participé Europe 1, au milieu des 14.000 bouteilles renfermées dans la cave, dont un Château Mouton Rotschild de 2000 gravé à l'or fin ou encore un Château Margaux de 2004. Une façon de mettre de l'humain dans un lieu distant et administratif. 

 

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

François Mitterrand ne voulait pas ouvrir le palais au public. "Rentrer dans les lieux que les politiques habitent, ça transporte et ça fait rêver", résume l'historien. "Ce n'est pas seulement le plaisir de voir les gens au travail, d'avoir l'idée des coulisses, mais aussi le plaisir d'être dans le lieu de cette histoire quotidienne qu'on voit de loin et donc de s'y projeter. Il y a cette dimension presque affective, qui est renforcée par la visite", ajoute-t-il.

Malgré un succès qui ne se dément pas au fil des années, l'Elysée a bien failli ne jamais ouvrir ses portes au public, comme le révèle l'ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, Jack Lang, à l'origine, en 1984, de la "Journée portes ouvertes dans les monuments historiques", qui donnera naissance aux Journées du patrimoine. "Pour vous dire la vérité, François Mitterrand, qui m'accordait quand même une certaine forme de confiance, a résisté à cette idée", révèle l'actuel président de l'institut du monde arabe. 

"Je suis parti à la charge pendant deux ou trois ans pour le convaincre d'ouvrir les portes de l'Elysée, mais il ne voulait pas. François Mitterrand avait une conception 'sacrée' du palais, il considérait que c'était un lieu particulier, intouchable. Il avait une conception très traditionnelle sur ce plan-là [...] Finalement, il a cédé, tardivement, en 1986 ou 1987", dévoile l'ancien ministre.