Isabelle Carré : "L'image ne m'a jamais interéssée"

  • A
  • A
Partagez sur :
On peut la croire lisse, sa vie démontre tout le contraire. L'actrice est en revanche une réelle émotive qui s'illustre dans la pièce "La dégustation" aux côtés de Bernard Campan.
INTERVIEW

Il y a des précisons mathématiques chez Isabelle Carré. Un nom géométrique et une accumulation de chiffres : 80 films, 30 pièces de théâtre en 30 ans de carrière, 48 ans en tout, auréolés d'un César, de deux Molière et d'un best-seller, Les rêveurs. L'actrice que l'on croit sage, presque rangée, a rencontré dès son plus jeune âge de grands obstacles. Elle les raconte sans détour dans son roman qui ressort en poche. Et alors qu'elle joue la pièce La dégustation au théâtre de la Renaissance avec Bernard Campan, elle s'est confiée à Frédéric Taddéï, le temps d'une balade parisienne pour survoler sa vie.

14 ans, l'hôpital psychiatrique et le théâtre

Le rendez-vous a lieu au musée des arts décoratifs. Ce n'est pas un hasard si la comédienne choisit le parcours du design. Son père était designer. "C'est un peu toute mon enfance", glisse-t-elle. Des objets de son père, elle n'en a gardé que deux ou trois, dont une radio Brionvega. "Je ne suis pas matérialiste", dit-elle. Mais elle a aussi conservé les souvenirs d'enfance, dont elle fait part avec plus ou moins de romance dans Les rêveurs. Au sortir du musée, dans un taxi, elle raconte sa surprise face au triomphe de l'ouvrage : "Je m’attendais à une petite curiosité polie et j’ai été touchée par la bienveillance avec laquelle le livre a été reçu."

Entendu sur europe1 :
Il y a un grand écart entre ce qu’on est et l’image sociale que les autres ont de vous

À l'intérieur des pages, elle raconte son "cataclysme", la séparation de ses parents, sa tentative de suicide à 14 ans. "Je n’ai pas voulu écrire un récit ni un livre révélations. J’avais envie d’écrire un roman". Pour cela, elle a en partie imaginé la vie de ses parents. Mais il y a du vrai. "C’est aussi le roman d’une époque. De gens qui se cachent. Ma mère fille-mère qui se cache et mon père homosexuel qui doit se cacher aussi." Pour l'écriture à leur sujet, "j’essayais de m’éloigner de la vérité dès que je le pouvais", précise la comédienne. Mais quand il s'agissait d'elle, "je me suis autorisée à moins me protéger. Moi, c’est la vérité". Celle d'"être dans un hôpital psychiatrique à 14 ans" après sa tentative de suicide et "découvrir le théâtre à ce moment-là."

Les joues rouges "après les baisers"

Sa vie pleine d’accrocs dès l'adolescence contraste avec son image presque lisse. Et peu importe selon elle : "L’image, ça ne m’a jamais intéressée. Il y a un grand écart entre ce qu’on est et l’image sociale que les autres ont de vous. On le vit tous plus ou moins." C'est d'ailleurs le cas de son acolyte de scène, Bernard Campan, qu'elle rejoint au bar de l'Hôtel Providence, dans le 10ème, tout près du théâtre de la Renaissance. Les deux acteurs se retrouvent sur les planches 17 ans après le film Se souvenir des belles choses. Avant ce film, Bernard Campan était enfermé dans le rôle de l'humoriste. "Justement, le film a tout foutu par terre", souligne Isabelle Carré. "J’avais une image à casser, le virage s’est fait. Parfois, je suis surpris parce qu'on me renvoie l’image du trio des Inconnus. Comme si ça prenait toute la place", ajoute Bernard Campan.

Sur la scène du théâtre de la Renaissance, elle joue une quasi vieille fille, lui joue son caviste, réunis autour d'un atelier de dégustation. Arrivée au sein du théâtre, Isabelle Carré montre sa loge où trône un dessin de sa fille, puis la scène. L'occasion de parler de la pièce. "C’est boulevard mais pas que. Yvan Calbérac (le metteur en scène, ndlr) part beaucoup sur des clichés et petit à petit, ils tombent. Dans la seconde partie de la pièce, on verse dans l’émotion, d’abord discrète, et elle monte. J’adore cette montée-là. (...) On rit beaucoup et en même temps, on est ému. On ne s’y attend pas et on a envie de pleurer", glisse la comédienne, qui confirme être émotive dans la vie comme elle l'était dans le film Les émotifs anonymes. Elle avoue d'ailleurs toujours rougir sur scène "après les baisers".

Europe 1
Par Aurélie Dupuy