D'Astérix à Plus belle la vie, Nadège Beausson-Diagne raconte ses expériences de racisme

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Nadège Beausson-Diagne 3:00
Nadège Beausson-Diagne a joué pendant 4 ans dans "Plus belle la vie" © Europe 1
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L'actrice Nadège Beausson-Diagne est l'invitée de l'émission "Ça fait du bien", où elle revient au micro d'Anne Roumanoff sur ses débuts au cinéma et à la télévision, de Jean-Luc Godard à "Plus belle la vie". L'actrice explique le racisme qu'elle a subi dans ce métier, précisant qu'un rôle d'éducation lui incombe en tant que comédienne noire.
INTERVIEW

Pour l'actrice Nadège Beausson-Diagne, le racisme dans le cinéma a débuté dès ses années d'études au Conservatoire. Mais elle l'a aussi subi sur les castings et les tournages, comme elle l'explique dans l'émission Ça fait du bien, en parvenant malgré tout à garder le sourire. Pendant quatre ans, de 2010 à 2014, Nadège Beausson-Diagne a incarné dans Plus belle la vie la commissaire Douala. L'actrice faisait alors parfois réécrire des scènes. 

Elle cite l'exemple de cette scène où son personnage devait cuisiner un colombo de poulet, un plat antillais, alors même que rien dans la série n'indique que ce personnage est d'origine antillaise. "C'est comme si le téléspectateur qui s'endormait se réveillait en découvrant qu'il y a une femme noire. Donc il faut lui rappeler que cette femme noire mange des plats de noirs", s'amuse la comédienne. "Je trouvais que c'était un petit stéréotype. Mais il y en a eu d'autres." Comme lorsqu'elle a quitté la série de France 3 et qu'il a fallu filmer le départ de son personnage.

"Je devais emporter ce qu'il y avait sur mon bureau", se souvient Nadège Beausson-Diagne. "Et là, et je vous assure, il n'y avait que des choses exotiques, qui n'étaient pas du tout avant dans mon bureau." Une situation dont la comédienne s'amuse, car elle les estime bien moins grave que ce qu'elle a vécu à ses débuts. "C'était horrible. On avait vraiment l'impression d'être des extraterrestres à chaque fois qu'on arrivait quelque part", explique-t-elle.

"On lutte encore aujourd'hui pour casser les stéréotypes"

Nadège Beausson-Diagne se souvient également du casting du film Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, qu'elle a passé sans le savoir le même jour qu'Aïssa Maïga. "Je dis que je viens pour le rôle de Cléopâtre et le type en face me regarde et me dit que pas du tout, je dois éventer avec une feuille de bananier Cléopâtre, qui sera jouée par Monica Bellucci."

La comédienne rappelle au directeur de casting que Cléopâtre était noire. "Mais vous êtes amie avec Aïssa Maïga !? Elle m'a dit la même chose !", s'était alors agacé son interlocuteur. "Non, on est cultivées, tout simplement", s'amuse aujourd'hui l'actrice, devenue entre temps amie avec sa consœur. "Souvent, on a dû lutter, et on lutte encore aujourd'hui pour casser ces stéréotypes", rappelle Nadège Beausson-Diagne.

Selon elle, ce travail de sensibilisation et d'éducation du cinéma français est une "responsabilité" pour les acteurs et actrices noirs mis en avant. "C'est pour ça que nous avons écrit le livre Noir n'est pas mon métier, et que je suis aussi dans le documentaire magnifique d'Aïssa Maïga et Isabelle Simeoni Regard noir", précise-t-elle. "On peut travailler et déconstruire et éduquer, tout en souriant. On nous entend, donc on a une responsabilité politique de faire évoluer les choses."

Europe 1
Par Alexis Patri