Nadège Beausson-Diagne : "On a dit à un acteur qui jouait avec moi : 'vous allez bien ensemble avec la bamboula'"

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Au cours de sa carrière de comédienne, Nadège Beausson-Diagne a subi à de nombreuses reprises des propos ou des actes de racisme. Elle en a parlé à Olivier Delacroix mercredi.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

En mai 2018, à l'appel de l'actrice Aïssa Maïga, plusieurs actrices noires françaises ont publié un essai intitulé Noire n'est pas mon métier. Dans ce livre-manifeste, seize comédiennes noires ou métisses livrent leurs témoignages et leurs réflexions sur le racisme dans le cinéma. Nadège Beausson-Diagne, connue notamment pour avoir incarné le commissaire Sara Douala dans la série Plus belle la vie, figure parmi ces actrices. Chez Olivier Delacroix, mercredi sur Europe 1, elle est revenue sur les raisons qui l'ont poussée à participer à ce mouvement de libération de la parole.

"Il y a quelques mois, Aïssa Maïga nous a toutes envoyées un texto, à nous actrices noires françaises, pour nous demander si on voulait parler de la réalité de notre métier. J'ai mis deux secondes à répondre que moi, j'avais envie de parler. Parce que ça fait plus de 20 ans que je fais ce métier, et qu'il y a des choses que je vis, que je subis, et qu'il était temps de libérer une parole, à l'instar du mouvement #MeToo. J'avais envie en tant que femme, et femme noire, de parler des discriminations qu'on vivait au quotidien dans notre métier.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Je pense qu'on n'aura pas assez de temps pour que je vous raconte tous les actes de racisme auxquels j'ai pu être confrontée au cours de ma carrière d'actrice. Pour moi, la chose qui a été la plus violente, c'est lors d'un gros tournage pour une télévision française. Le directeur artistique avait dit à l'un des acteurs qui jouait avec moi : 'vous allez bien ensemble avec la bamboula'. L'acteur était venu me répéter ça, comme si c'était drôle. Ça part toujours d'une soi-disant blague, c'est insidieux, et on banalise des propos injurieux, racistes et intolérables. Après, je n'ai pas voulu laisser passer ça, donc j'ai appelé mon agent. C'est remonté à la production. On m'a répondu 'le pauvre directeur artistique, il est bien malheureux qui tu aies pu penser qu'il était raciste'. On avait donc inversé la réalité de la situation. Et ça, c'est très violent.

Entendu sur europe1 :
Il était temps que nous nous emparions de cette situation pour alerter le plus grand nombre

Il y a aussi des choses un peu plus bêtes, du genre : 'Est-ce que vous parlez africain ?' Parce qu'évidemment, l'Afrique est un grand pays… C'est bien connu ! Et puis il y a un plafond de verre. On n'obtient pas le rôle. Sans dire à mon agent qu'ils ne peuvent pas prendre une noire, ils expliquent que le personnage s'appelle Sandrine, et qu'elle est avocate. 

Il était temps que nous nous emparions de cette situation pour alerter le plus grand nombre, et soulager quelque chose que nous vivions. On parlait toutes dans notre coin, mais le fait de parler ensemble, c'est évidemment d'autant plus fort.

Dans la vie courante, il y a une chose que beaucoup de gens ont vécue, c'est la recherche d'un appartement. Quand j'appelle et que je dis que je m'appelle Nadège Beausson, on me dit 'oui, très bien'. Et quand j'arrive pour visiter l'appartement, c'est comme si la personne faisait une mise au point dans son regard et comprenait que je suis noire. Là, évidemment, l'appartement est déjà loué à quelqu'un d'autre… Et ça, c'est arrivé plein de fois. Et puis sinon, quand je vais dans une boulangerie, parfois on me parle comme si je ne comprenais pas la langue. Ce sont des petites choses qui se répètent.

Quand nous avons écrit le livre, nous avons reçu plein de témoignages de jeunes, sur les réseaux sociaux, qui disaient 'Merci, je ne suis pas fou ou folle. J'avais l'impression d'être le seul ou la seule à vivre ça, et ça fait du bien qu'on en parle'.