Daniel Pennac publie un livre hommage à son frère : "Je me demande toujours au fond qui j'ai perdu"

  • A
  • A
Partagez sur :

L'auteur de la saga Malaussène vient de publier "Mon frère", un ouvrage à la structure innovante. Il le présentait samedi dans "La voix est livre".

INTERVIEW

Journal d'un corps, Chagrin d'école ou encore la série des Malaussène sont sortis de sa plume. Daniel Pennac publie un nouvel ouvrage aux éditions Gallimard, Mon frère, un livre court, hommage à son aîné décédé. La spécificité du livre est liée à sa structure : à un chapitre consacré au frère succède un chapitre qui évoque un certain Bartelby, et ce jusqu'à la fin. Bartelby est ce héros d'une nouvelle de Melville, l'auteur de Moby Dick. Daniel Pennac était l'invité samedi de l'émission La voix est livre pour expliquer son choix audacieux.

"J'ai vécu de façon assez frugale". Si l'auteur a mélangé ainsi son oeuvre à celle de Melville, c'est tout d'abord parce que c'était son frère, Bernard, qui lui avait fait découvrir la nouvelle. "C'était une de nos nouvelles de chevets." L'autre raison qui lui a fait opérer ce mixage, c'est que d'une certaine manière, Bartelby avait des similitudes avec son frère : dans la nouvelle, Bartelby, personnage flegmatique, dit toujours "je ne préférerais pas", une expression renvoyant à un certain manque de désir. Bernard, lui, refusait toujours de "consommer", il achetait juste ce dont il avait besoin. Un parallèle que Daniel Pennac a voulu illustrer.

"Après sa mort, il y a dix ans, un jour que je roulais sur l'autoroute du sud, j'ai été doublé par une bagnole, une Ferrari et je me suis dit 'Je suis doublé par quelqu'un qui est l'exact contraire de Bernard, mon frère. (...) Je n'ai jamais acheté une voiture neuve de ma vie. J'ai vécu de façon assez frugale. Le fait d'être doublé par cette sottise, cette bagnole qui coûte des années de salaire", lui a fait instantanément repenser à Bartelby.

"Je me demande toujours au fond qui j'ai perdu". A la description fraternelle qui se dégage des pages truffées d'anecdotes et de souvenirs s'ajoute également une dimension paternelle. "Il m'a élevé", explique l'écrivain à l'adresse de son frère. "Il vivait dans la même chambre que moi. Il avait 10 ans, j'en avais 5. Je crois que je l'amusais. Ma vitalité l'amusait. Moi, son humour m'amusait. Il n'y avait jamais de drame. Nous savions que la vie était grave, nous avions un sens du tragique lui et moi. C'était une raison de plus pour ne pas dramatiser."

Un autre point rapproche Bartelby du frère de l'auteur : le lecteur de Melville ne saura jamais pourquoi Bartelby use et abuse de sa fameuse phrase "je ne préférerais pas". Comme l'humain ne saura jamais pourquoi il est présent sur Terre, compare l'écrivain. "Notre mystère personnel à tous est quelle est la nature de notre présence au monde. Je me demande toujours au fond qui j'ai perdu. Lui ne produisait aucun explication. Mais pour moi, son humour et sa dignité étaient incroyables."