Caroline Fourest présente son film, "Sœurs d'armes" : "Ce qui est arrivé aux femmes Yézidies c'est le sommet de la violence misogyne et totalitaire"

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Caroline Fourest film Daech Yézidies "sœurs d'armes"
"Sœurs d'armes" est le nouveau long-métrage de Caroline Fourest. Il sortira en salle le 9 octobre. © AFP
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Caroline Forest présente son nouveau film "Sœurs d'armes". Une fiction à "grand spectacle" sur les combattantes Kurdes et Yézidies qui luttent contre Daech. 
INTERVIEW

Deux jeunes françaises s'engagent dans une brigade internationale partie se battre aux côtés des combattantes Kurdes contre Daech. Elles rencontrent Zara, une rescapée Yézidie qui tente de se reconstruire et qui entre en résistance. Toutes trois vont devenir des "Sœurs d'armes". Le nouveau long-métrage de Caroline Fourest donne à voir ce qui est rarement montré dans cette guerre contre l'Etat islamique : le martyre des femmes Yézidies, la résistance des Kurdes, le combat des femmes contre les djihadistes. La réalisatrice était l'invité de Patrick Cohen dimanche, dans "C'est arrivé demain", sur Europe 1

Pour Caroline Fourest, l'attentat contre Charlie Hebdo est un déclic personnel. "J'avais besoin de fiction, de trouver un nouveau langage", confie-t-elle. Elle tombe alors sur des vidéos de Daech, sur le marché aux esclaves où des femmes Yézidies sont vendues, ou échangées contre des pistolets. "J'ai été frappée par ces images qui donnaient 'envie' d'en voir plus. Et les gens qui ont vu le film m'ont dit : 'Je pensais tout savoir de cette guerre mais je n'avais pas du tout vu ça'."

"C'est inouï comme renversement iconographique"

Pour raconter l'histoires de ces femmes, Caroline Fourest choisit de réaliser un film "épique, grand public". Une vraie fiction grand spectacle avec scènes de combats et d'explosion. "J'avais besoin d'être à côté, au milieu de ces combattantes, de voir leur courage, leur énergie pour gagner cette guerre." Les djihadistes sont terrorisés à l'idée d'être tués par une femme. "J'ai rencontré des combattantes qui jouaient avec cette peur", raconte la réalisatrice. "Je me suis dit : 'si on n'en fait pas un film de cinéma sur quoi faire du cinéma ?" 

Et la réponse à la violence misogyne et totalitaire de Daech devient le cœur du film. "C'est incroyable que, si proche de nous, des femmes ont été vendues comme esclaves sexuelles et ont fini par prendre les armes pour se retourner contre leurs bourreaux." Caroline Fourest raconte le sort des survivantes Yézidies. Si la plupart, qui ont réussi à s'échapper, vivent dans des camps de réfugiés, certaines inspirées par les femmes Kurdes ont pris les armes pour se venger. "C'est inouï comme renversement iconographique", souligne la réalisatrice. "On sait que les guerres passent sur le corps des femmes mais que ces mêmes corps soient une arme qui terrorise les djihadiste, c'est le cœur du film."

"Un film lumineux sur la résistance"

Le long-métrage rend hommage aux "héros et héroïnes" qui se sont volontairement engagés aux côtés des brigades Kurdes. "Ils se sont engagés à corps et à cœur dans cette résistance", souligne la réalisatrice. Dans le film, les images de posters, de médaillons, les écrans de télévisions sont de vraies images, en hommage. Caroline Fourest a aussi tourné au Kurdistan irakien avec un vrai groupe de combattantes. 

La réalisatrice a aussi montré le film à plusieurs survivantes Yézidies, dont la prix Nobel de la paix Nadia Murad. "Certaines m'ont dit qu'elles avaient subi pire que ça. Mais je ne peux pas montrer aux gens de la paix ce qu'elles ont vraiment vécu, ils ne le supporteraient pas. Je voulais faire un film lumineux sur la résistance mais qui explique les raisons de l'engagement de ces hommes et de ces femmes dans cette guerre. Ce qui est arrivé aux femmes Yézidies, c'est le sommet de la violence misogyne et totalitaire."

Un film pour continuer la bataille culturelle 

La bataille contre Daech est loin d'être gagnée pour la réalisatrice, malgré une victoire militaire. C'est désormais selon elle, une bataille culturelle qui se joue, contre les "nostalgiques du Califat". "Après la Seconde guerre mondiale, on a eu cinquante ans de films Hollywoodiens pour faire triompher une certaines visions de la liberté. Là, naïvement, on propose des émissions de débat face à des vidéos de propagande qui font des dégâts incroyables sur internet."

Caroline Fourest évoque une "bataille inouï pour monter ce film". Elle espère le soutien du public pour son long-métrage porteur d'un autre message que celui des djihadistes. "À la fin, j'espère que les jeunes se diront : 'Tiens, ces héroïnes ont plus d'allure que tout ces jeunes montrés à longueur de journaux télévisés qui s'engagent aux côtés de Daech." Le film sort au cinéma le 9 octobre prochain.