Ao Ashi, un nouveau manga de foot qui relègue Olive et Tom sur le banc

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L'Euro de football ne se passe pas que sur les terrains. En parallèle de la compétition, le manga japonais "Ao Ashi" débarque en librairie avec la ferme volonté de dépoussiérer un genre sur lequel règne encore en maître l'indétrônable "Captain Tsubasa" alias "Olive et Tom". Une mission difficile mais pour laquelle ce nouveau manga possède de belles qualités.

L'Euro de football bat son plein et à raison de deux ou trois matches par jour, les amateurs de ballon rond ont des journées bien occupées. Histoire de varier les plaisirs, sans pour autant quitter le rectangle vert des yeux, le label Mangetsu, nouveau venu sur le marché français du manga, a bien choisi son timing pour lancer sa première grande série : Ao Ashi - Playmaker. Entamé en 2015 au Japon par l'auteur et dessinateur, Yûgo Kobayashi, ce manga de football était jusqu'ici inédit en France. Mais il n'est pas trop tard pour découvrir cette pépite qui assume l'héritage d'Olive et Tom (Captain Tsubasa en VO) tout en dépoussiérant le genre de la BD sportive.

Aoi Ashito, héros borné au caractère bien trempé

Ao Ashi narre l'aventure d'Aoi Ashito, un adolescent de 15 ans, star de l’équipe de foot de son collège. Il rêve de devenir un grand joueur mais il habite dans une petite ville donc le chemin va être long. Première étape : les épreuves de sélection de la section U18 (l'équipe de jeunes de moins de 18 ans) du Tokyo City Esperion FC, un club fictif de la J-League, la Ligue 1 japonaise. Une entrée en matière au cours de laquelle le héros va essayer de se démarquer mais également prendre conscience de ses limites.

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© Mangetsu / Yugo Kobayashi

L'histoire d'Ao Ashi est assez classique pour un manga de type shonen (Naruto, Dragon Ball, One Piece, etc.). Sur le papier, on est même assez proche d'Olive et Tom. Mais le mangaka Yûgo Kobayashi a ajouté quelques touches d’originalité, à commencer par le héros. Dans les premiers tomes, Aoi est tout simplement détestable. Meilleur que ses coéquipiers, il joue perso et ne cherche qu’à marquer des buts. "Sauf que ce n'est pas Lionel Messi, ce n'est pas un génie, juste un gamin un peu au-dessus de la moyenne. Mais ça ne suffit pas dans le monde du football. Donc il doit s'entraîner, s'entraîner et s'entraîner", souligne Sullivan Rouaud, directeur de collection du label Mangetsu.

Un manga de foot très réaliste

De fait, si Aoi devient de plus en plus attachant au fur et à mesure des chapitres, c'est aussi parce qu'il fait face à la dure réalité du foot. Là où Olive et Tom mise sur le fantastique avec les tirs de l’aigle surpuissants qui cassent les buts, des terrains qui n’en finissent pas ou encore des sauts dans les airs à dix mètres de haut, Ao Ashi est beaucoup plus réaliste. C’est le "football vrai" qui est dépeint dans les pages du manga, avec ses joies et ses peines, mais sans super-pouvoir, juste de l’entraînement, de la tactique et de la technique. "L'issue des matches n'est jamais prédéfinie. Aoi perd régulièrement, ça réserve des surprises", note Sullivan Rouaud.

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© Mangetsu / Yugo Kobayashi

Et ce réalisme est poussé jusque dans les moindres détails. Rien que dans les deux premiers tomes, on parle de 3-4-3 et de 4-4-2, de contrôle orienté et même du célèbre "jeu à la nantaise", une façon de jouer typique du FC Nantes des années 60-70, basée sur la mobilité et les passes courtes. C’est pointu et c’est un régal pour les fans de foot. "Yûgo Kobayashi est un vrai fan de foot. D'ailleurs, une partie de l'argent des ventes d'Ao Ashi lui sert à sponsoriser le club de foot féminin de sa ville. Il joue lui-même au foot et ça se sent. Il n'aurait pas pu écrire un manga aussi réaliste autrement. Il s'intéresse vraiment aux concepts tactiques et techniques", explique Sullivan Rouaud.

Mettre en lumière les difficultés du haut niveau

En plaçant l'histoire dans le cadre d'un centre de formation, Ao Ashi introduit aussi une dimension sociétale sur le terrain. Dès les premiers tomes, on fait comprendre aux jeunes joueurs que devenir pro n’est pas à la portée de tout le monde. Il y a très peu d’élus et beaucoup de joueurs ne font pas carrière au-delà de 26-27 ans. "On n'est pas dans un rêve naïf. Dans Olive et Tom, l'auteur nous promet que le héros va gagner la Coupe du Monde avec le Japon. Or, c'est complètement irréaliste pour qui connait un peu le foot. L'enjeu pour Aoi, c'est juste de devenir professionnel, pour lui et pour aider sa mère qui l'a élevé seul", distingue Sullivan Rouaud, de Mangetsu.

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© Mangetsu / Yugo Kobayashi

Ao Ashi est donc un manga de foot pur jus mais qui n'oublie pas de parler des à-côtés. "Je ne pense pas que la série nous montrera un jour sa carrière en J-League, parce que ce n'est pas le propos", estime Sullivan Rouaud. Il y a plutôt une volonté de donner de la profondeur aux personnages. Aoi a grandi dans un milieu populaire, avec sa mère qui travaille jour et nuit dans un bar pour un maigre salaire ; Tatsuya Fukada, l'entraîneur des U18 qui prend Aoi sous son aile, a vu sa carrière brisée par une blessure. Un ton très mature qui donne du relief à l'histoire.

Une trouvaille en forme de pari pour Mangetsu

Avec deux premiers tomes parus fin mai et un troisième prévu pour le 7 juillet, Ao Ashi profite de l'Euro pour se faire un nom. Un pari pour Mangetsu, tout jeune label manga des éditions Bragelonne, fondé en mai, et dont l'aventure d'Aoi est la première série d'envergure. "C'est d'autant plus un pari que le manga de sport a la réputation de ne pas marcher en France. Mais le lectorat a beaucoup évolué, les nouvelles générations ont moins d'a priori que leurs aînés vis-à-vis des genres", estime Sullivan Rouaud. Malgré ses 24 tomes au compteur au Japon, la série a d'ailleurs eu du mal a démarré là-bas avec une première apparition dans le Top 10 des ventes il y a un an et demi. 

Sullivan Rouaud mise beaucoup sur Ao Ashi, un manga qui a tout pour plaire en France, terre de foot. Au point de faire quelques adaptations dans la traduction. "Dans le tome 2, l'auteur évoque le jeu en une touche de balle. En France, c'est ce qu'on appelle le "jeu à la nantaise" donc on a appuyé la référence parce qu'elle parle au public français", raconte le directeur de collection de Mangetsu. Lui-même fan de foot, Sullivan Rouaud rêve désormais d'assister à un match France-Japon avec Yûgo Kobayashi, lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar.