Corse : ce que l'on sait de l'assassinat d'Alain Orsoni aux obsèques de sa mère
Alain Orsoni, figure du nationalisme corse et âgé de 71 ans, a été tué ce lundi alors qu'il assistait aux obsèques de sa mère. Les enquêteurs se penchent sur le mobile du crime ainsi que sur la façon dont il a été commis, avec un tir d'une grande précision à longue distance.
Le choc est encore présent en Corse. La figure du mouvement indépendantiste, Alain Orsoni, a été assassiné lundi aux environs de 16h30 alors qu'il était présent aux obsèques de sa mère, dans son village natal de Vero, à une trentaine de kilomètres d'Ajaccio.
L'autopsie d'Alain Orsoni prévue ce mercredi
L'homme âgé de 71 ans est décédé sur place d'une balle unique, provenant d'un tir à longue distance, selon le procureur de la République. Alain Orsoni a été touché en plein cœur, d'une balle sans doute tirée à 100-150 mètres de distance.
L'enquête est en cours. Les policiers ont travaillé sur le terrain pour tenter d'identifier l'endroit où le tireur a pu être embusqué, et par où il a quitté les lieux. L'autopsie du nationaliste corse est programmée ce mercredi. Néanmoins, peu d'éléments filtrent sur cette affaire.
Le nationaliste ne portait pas de gilet par balles aux obsèques
Alain Orsoni était un personnage sur l'île de Beauté. Cette ancienne figure du nationalisme corse, présentée aussi comme un chef de clan à la frontière de la voyoucratie, s'était reconvertie dans les affaires et avait notamment dirigé le club de football de l'AC Ajaccio. Il vivait au Nicaragua ces dernières années, et revenait régulièrement en Corse sous haute protection, avec un gilet par balles qu'il ne portait pas lors des obsèques de sa mère.
Son fils Guy Orsoni, lié au grand banditisme, est lui-même incarcéré. Ce dernier porte le nom de son oncle, le frère d'Alain Orsoni, enlevé et exécuté en 1983 et dont le corps n'a jamais été retrouvé. Un commando pour venger sa mort avait pénétré dans la prison d'Ajaccio et tué deux personnes qui avaient participé à sa mort.
Si tout le monde connaissait Alain Orsoni, peu de personnes acceptent toutefois d'en parler. "En Corse, on reste prudent dans son expression. Certains parlent d'omerta, c'est en partie vrai", relate Frédéric Michel, envoyé spécial d'Europe 1, soulignant que le lieu du drame, et le contexte, choquent la population : "C'est du jamais vu en Corse, du moins dans notre ère contemporaine".
Le parquet national anticriminalité saisi
La figure du nationalisme corse se savait menacée, mais selon Jo Peraldi, un de ses proches et ancien chef du Front de libération nationale corse (FLNC, mouvement qu'Alain Orsoni avait cofondé), "il n'avait pas l'air inquiet du tout, il avait fait des courses le matin en ville à Ajaccio sans gilet pare-balles".
Le parquet national anticriminalité, qui vient d'être créé, a été saisi de l'affaire avec la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille. Les enquêteurs vont rechercher autour de différentes sphères, nationalistes ou non, même si l'ombre du grand banditisme est dans tous les esprits.
Pour eux, le tir à longue distance, d'une très grande précision, est intéressant car cela n'est pas à la portée de n'importe qui. Cela peut être l'œuvre de certains groupes qui veulent montrer leurs muscles en Corse et qui auraient voulu faire de cet assassinat un exemple, afin de prouver leurs capacités à agir.