Coupe du monde : mais que fait Thierry Henry avec la Belgique ?

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Thierry Henry joue un rôle de conseiller de luxe auprès des Belges (ici l'ancien Marseillais Michy Batshuayi)
Thierry Henry joue un rôle de conseiller de luxe auprès des Belges (ici l'ancien Marseillais Michy Batshuayi) © YURI CORTEZ / AFP
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Le champion du monde 1998 fait partie du staff de l'équipe de Belgique, qui entre en lice lundi contre le Panama, à 17 heures.

Thierry Henry, meilleur buteur de l'histoire de l'équipe de France avec 51 réalisations, va participer à sa sixième Coupe du monde. Il en a disputé quatre en tant que joueur (1998, 2002, 2006 et 2010) et une en tant que consultant, en 2014. En Russie, il officie en tant qu'entraîneur adjoint de… la Belgique, qui débute la compétition lundi face au Panama, dans le groupe G (17 heures).

Vous ne le savez peut-être pas si vous ne suivez pas de près l'actualité du football, mais l'ancien attaquant d'Arsenal met son expérience au service des Diables Rouges depuis déjà près de deux ans. Et vous êtes tout excusés si vous l'ignorez car le principal intéressé parle très peu de son rôle. L'an dernier, il avait tout juste déclaré à la chaîne de télévision belge RTBF : "Moi, je suis T3 (c'est-à-dire deuxième adjoint du sélectionneur), voilà où je suis à l'heure actuelle. Que vais-je faire plus tard... ? Je n'y pense pas. J'essaye d'avancer petit à petit."

"Lui, il l'a gagnée, la Coupe du monde".Venu fêter le 20ème anniversaire de la victoire des Bleus lors de la Coupe du monde 1998, lundi dernier, à la U Arena de Nanterre, "Titi", interrogé sur ce nouveau rôle, s'est montré encore moins disert : "Demandez à Roberto Martinez", le sélectionneur de la Belgique.

Thierry Henry avec France 98 (640x960)

Aaron West, l'animateur de l'émission Walk Talk Football sur YouTube, le lui avait demandé, le mois dernier. "Le Diable Rouge embarqué dans l'aventure doit voir les choses autrement", avait expliqué le technicien espagnol, dans des propos repris par le site de la RTBF. "Il lui faut être conscient qu'il joue dans une très forte équipe, avec laquelle il lui est demandé d'aller le plus loin possible. Il s'agira donc de grandir dans ce tournoi, afin de résorber progressivement notre déficit en expérience. Avec heureusement l'aide de Thierry Henry (le T3 français, ndlr). Lui, il l'a gagnée, la Coupe du monde (en 1998, ndlr), et aussi l'Euro (en 2000). Il a un impact phénoménal sur le groupe. Il lui révèle tout ce que doit savoir un joueur qui fait partie d'une génération à succès, comme ce fut autrefois son cas en France. Et ils sont tous à l'écoute..."

C'est ce qui ressort de tous les témoignages de joueurs lus ou entends ces derniers jours. "Il est très important pour nous. Il apporte son expérience et son vécu au groupe. Sa présence est importante, et avec sa connaissance du football et de la Coupe du monde, il aura une bonne influence sur nous", a considéré vendredi Toby Alderweireld en conférence de presse. "Il adore parler de son expérience", a ajouté l'ancien Marseillais Michy Batshuayi. "C'est un amoureux du foot, il aime beaucoup parler de ce qu'il a fait, de comment c'était avant, de sa première Coupe du monde et tout ça… Il m'a donné beaucoup de conseils pour m'améliorer." "C'est une légende, un immense joueur et c'est une bonne chose d'avoir quelqu'un comme lui dans le groupe pour soigner les détails", a estimé de son côté Adnan Januzaj.

"Une expérience utile pour lui". Ses anciens coéquipiers de France 1998, rencontrés par Europe 1, ne doutent pas de l'apport que "Titi" peut avoir sur cette sélection belge. "Je pense qu'il peut prodiguer des conseils dans le déplacement des attaquants mais aussi dans la gestion des émotions", insiste Emmanuel Petit. "Le fait d'avoir été très longtemps au plus haut niveau, ça lui permet d'avoir du recul et de la crédibilité auprès des joueurs, à l'image de ce que faisait aussi Zizou avec le Real Madrid. Quand ces joueurs-là vous parlent droit dans les yeux, même s'il y a de grands joueurs dans l'équipe belge, les gars vous écoutent avec beaucoup d'attention."

C'est ce que pense également Arsène Wenger, qui l'a eu pendant huit saisons sous ses ordres, à Arsenal, entre 1999 et 2007. "Il peut apporter des discours rassurants en dehors de sa connaissance technique du poste d'attaquant qui est parfaite", souligne le technicien alsacien au micro d'Europe 1. "C'est important parfois d'avoir un gars qui peut leur dire 'Tu doutes en ce moment, je suis passé par là', 'Moi aussi, j'ai loupé des occasions', et qui peut ouvrir des petites portes pour leur permettre de garder la confiance. Je crois qu'il va devenir entraîneur, donc c'est une expérience utile pour lui."

 

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"Ce n'est pas une trahison". Une question se pose néanmoins : pourquoi la Belgique et pas la France, par exemple ? "Il a passé ses diplômes dans un cursus anglo-saxon et il a eu cette opportunité d'aller en Belgique pour apprendre", souligne Marcel Desailly. "Ce n'est pas une trahison, c'est une occasion pour lui d'apprendre le métier, dans la foulée d'un entraîneur", abonde Arsène Wenger. "Je pense que c'est très important au départ d'observer ce qui se passe sans être directement exposé à la lumière et ça permet d'apprendre sans avoir la pression."

C'est sûr qu'en étant adjoint en équipe de France, qu'il a servie à 123 reprises, Henry aurait débuté son expérience de coaching de manière moins anonyme. Il ne faut pas oublier, non plus, que l'histoire entre "Titi" et le pays a été émaillée d'affaires et d'incompréhensions : la main contre l'Irlande, Knysna, les célébrations de but a minima, l'imbroglio autour de l'hommage qui devait lui être rendu à la fin de sa carrière… La Belgique, ses joueurs de talent qui parlent français et qui évoluent pour beaucoup dans le championnat d'Angleterre, ont tout pour plaire à Henry, grand amateur de football en général, mais resté attaché à la Premier League. "La Belgique a en plus un super potentiel, ils sont au même niveau que d'autres qui peuvent surprendre comme la Croatie, la France voire l'Angleterre", relève encore Marcel Desailly. "Ils ont beaucoup de joueurs de qualité, mais ils ne font pas encore une équipe. Et 'Titi', il est là pour les aiguiller", ajoute-t-il. Les aiguiller, les faire gagner, OK, mais pour les Bleus, on espère jusqu'à un certain point seulement…