"Banquier technocrate", "cynique" mais "intelligent" : que disait Edouard Philippe d'Emmanuel Macron ?

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"Banquier technocrate", "cynique" mais "intelligent" : que disait Edouard Philippe d'Emmanuel Macron ?
Le président Macron n'a pas toujours eu les faveurs de son nouveau Premier ministre, Edouard Philippe.@ AFP
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Ministre "qui fait de petites choses", candidat "médiatique" et peu expérimenté : le président n'a pas toujours eu les faveurs de son nouveau Premier ministre de droite.

Tout juste nommé à Matignon, Edouard Philippe, député-maire Les Républicains du Havre proche d'Alain Juppé, ne vient pas de la même famille politique qu'Emmanuel Macron. Il ne soutenait pas non plus son projet pendant la campagne. Alors forcément, les archives sont un peu cruelles. Le nouveau Premier ministre a parfois eu des mots durs et pleins d'ironie pour le chef de l'État. Ce qui ne manque pas de refaire surface.

  • "On ne peut pas dire qu'il ait fait des choses considérables"

 "Fondamentalement, ce qu'il est, c'est un homme de gauche, socialiste", disait ainsi Edouard Philippe à L'Opinion lorsque le président était encore candidat. Petite phrase qui n'avait évidemment d'autre objectif que de souligner que, lui étant à droite, il ne pouvait être d'accord avec l'ancien ministre de l'Économie. D'ailleurs, le nouveau locataire de Matignon a jeté un regard assez critique sur le bilan d'Emmanuel Macron à Bercy, dont il avait déjà salué la nomination avec un tweet ironique sur son passé de banquier. "Objectivement, on ne peut pas dire qu'il ait fait des choses considérables", a regretté l'élu LR. "Au sein d'un gouvernement qui, dans l'ensemble, n'a pas une politique très satisfaisante, il [a] fait de petites choses."

  • "Une forme de dynamisme, d'enthousiasme, de fraîcheur"

L'inexpérience du leader d'En Marche! a aussi entraîné quelques remarques acerbes de la part du maire du Havre. "Au fond, on pourrait nommer à la tête d'une grande entreprise de distribution alimentaire quelqu'un qui n'a jamais vendu quelque chose. Je crois que cela pose un problème", a-t-il estimé, toujours devant les caméras de L'Opinion. Dans Libération le 15 mars, Edouard Philippe ironisait encore : "Le pays doit choisir le capitaine d'un paquebot affrontant la tempête, et Macron nous dit 'ça tombe bien, je ne suis jamais monté sur un bateau mais j’en ai vu plein'."

Reproche néanmoins atténué lors d'une interview sur France Inter. "La valeur n'attend pas le nombre des années", nuançait-il alors. "On peut être jeune et intelligent et compétent. Emmanuel Macron a 39 ans, il a une forme de dynamisme, d'enthousiasme, de fraîcheur liés à son âge et sa personnalité."

  • "Sympathique et intelligent"

Certes, Edouard Philippe a critiqué le candidat de "l'adhésion médiatique" auprès du quotidien libéral. Mais "le Macron plaît et on sent bien qu'il y a une forme d'engouement aujourd'hui", a-t-il admis par ailleurs. En reconnaissant également, sur BFM TV, un respect mutuel. "Il se trouve que j'aime bien Emmanuel Macron. Je le connais, j'ai beaucoup de sympathie pour lui." À L'Opinion encore, il a confié trouver le président "sympathique et intelligent".

Ce compliment est souvent revenu dans la bouche d'Edouard Philippe. "Dans ce que dit Emmanuel Macron, il y a plein de choses intelligentes, très justes", a-t-il martelé auprès du quotidien de Nicolas Beytout. "Je suis assez souvent d'accord avec lui, c'est un type intelligent", a-t-il confirmé sur le plateau de BFM.

Assez souvent, c'est-à-dire pas toujours. Sur le fond, Edouard Philippe a déjà critiqué beaucoup de positions d'Emmanuel Macron, notamment sa volonté d'introduire la proportionnelle aux élections législatives. "C'est ce qu'avait voulu François Mitterrand en 1986, donc je ne sais pas si c'est le parangon de la modernité", ironisait-il sur BFM TV.

Dans ce que dit Emmanuel Macron, il y a plein de choses intelligentes, très justes.

  • "Il serait le fils naturel de Kennedy et de Mendès France. On peut en douter"

 Au fil des chroniques que le député-maire du Havre a écrites sur la campagne présidentielle pour Libération, on l'a vu peu convaincu par la prestation d'Emmanuel Macron. "Pour certains, impressionnés par son pouvoir de séduction et sa rhétorique réformiste, il serait le fils naturel de Kennedy et de Mendès France. On peut en douter. Le premier avait plus de charisme, le second plus de principes", écrivait-il le 18 janvier. Sa plume acerbe le trouvait même moins admirable que Brutus, "sénateur et philosophe [qui] ne peut être réduit au traître parricide". "[Brutus est] plus fidèle à ses principes qu'à la personne du chef, il désespère de voir la République dégénérer. C'est ce que prétend être Macron. Mais Brutus, homme d'action, dresse son bras vengeur tandis que Macron, banquier technocrate, est "en marche". En latin on dit ambulans, chacun en déduira ce qu'il veut."

  • "Le cynisme d'un vieux routier"

Pour Edouard Philippe chroniqueur, "Macron n'assume rien mais promet tout, avec la fougue d'un conquérant juvénile et le cynisme d'un vieux routier". Surtout, il a de grandes chances d'échouer. "Son chemin sera étroit. Et risqué", écrivait-il le 3 mai. "On imagine mal le fameux "système" se laisser faire." Surtout que sa campagne d'entre-deux tours avait bien mal commencé. "Il aurait pu être meilleur", a lancé Edouard Philippe après l'épisode de la Rotonde sur Sud Radio. "Quand on veut devenir président de la République, il faut mettre les réactions un peu de côté. Il lui manquait dimanche soir la gravité indispensable compte tenu des circonstances."

Il serait le fils naturel de Kennedy et de Mendès France. Le premier avait plus de charisme, le second plus de principes.

  • "Il devra rassembler à droite"

Le maire du Havre n'avait cependant pas hésité à appeler à voter pour le leader d'En Marche! contre le Front national. "Il faut [l']aider car sa victoire n'est pas acquise", a-t-il écrit dans Libération entre les deux tours. Avant, déjà, Edouard Philippe prédisait une recomposition politique en cas d'élection de l'ancien patron de Bercy. "Si c'est Macron, il devra rassembler à droite", expliquait-il le 29 mars. "Et il sera probablement en mesure de le faire." C'est en tout cas le pari du chef de l'État en nommant un Premier ministre venu de chez LR.