Les déclarations du prince héritier MBS sur Jérusalem : un lâchage radical

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salmane est aux Etats-Unis. Et ses déclarations sur Israël et les Palestiniens font sensation.

Le prince dit qu’Israël a droit à un État-Nation. Ça n’a l’air de rien mais cela fait 70 ans que les pays Arabes parlent de l’entité sioniste, parce qu’ils récusent le droit de l’Onu à créer l’Etat hébreu.
MBS ajoute qu’il ne voit aucun obstacle religieux à un Etat juif. C’est précisément le contraire que professent les mollahs chiites et les islamistes sunnites de tous poils qui récusent l’occupation d’une terre qui a jadis été conquise par l’Islam. Aller un vendredi matin à Jérusalem sur l’esplanade des mosquées, au sommet du mont du temple, ou à Hébron autour du tombeau des patriarches, on voit combien la question est sensible. Un nerf à vif.

Et c’est l’héritier de la dynastie saoudienne qui le dit.

Or la légitimité de cette famille Al Saoud, ce n’est pas de pomper du pétrole bon marché pour les Occidentaux ou d’entretenir une tribu d’oisifs dans les palaces 5 étoiles autour de la Méditerranée. C’est de garder les lieux saints, la Mecque et Médine. Ce sont les bedeaux, les sacristains de l’Islam le plus frustre. Et c’est bien pourquoi depuis des décennies, ils arrosent de pétrodollars les tapis de prière des mosquées du monde entier et aussi, les treillis de toutes sortes de barbudos lancés dans le djihad mondial.
Mohamed Ben Salman semble enfoncer des portes ouvertes. On peut minimiser ses dires, rappeler qu’au lendemain du 11 09, le roi d’Arabie saoudite de l’époque qui avait beaucoup à se faire pardonner, proposa un plan de paix à Israël, ce qui était déjà une façon de reconnaître son droit à l’existence…
Sauf que Mohamed Ben Salmane va plus loin dans la transgression. Il répète aux Palestiniens qu’ils devraient installer leur future capitale à Abu Diss, au lieu de rêver de Jérusalem. Abu Diss, c’est un faubourg, de l’autre côté du mur de séparation. Sur une autre planète, mais avec vue imprenable sur le Dôme du Rocher.

Est-ce que c’est une idée acceptable ?

Mahmoud Abbas en décembre s’est dit écœuré par la proposition saoudienne.
Ne parlons pas des Palestiniens de Gaza.
Depuis vendredi et pour six semaines, ils campent près de la ligne frontière et défient l’armée israélienne, pour commémorer la Nakba. Traduction, la catastrophe, le désastre. Ils parlent de la création d’Israël en 48 et la guerre israélo-arabe qui a aussitôt suivie. L’événement fondateur de l’identité palestinienne, le début de son martyrologue.
70 ans après, les deux tiers des habitants de Gaza se considèrent comme des réfugiés. Ils sont pris en charge par l’Onu comme des réfugiés. L’âge médian du Gazaouite, c’est 17 ans et demie mais c’est un réfugié de 1948. On est réfugiés de père en fils, en petit-fils, en arrière-petit-fils. Ils sont ainsi des millions au Liban, en Jordanie, en Syrie. Le Palestinien errant. La clef autour du cou et dans l’attente du retour à la maison.
Cela n’aura jamais lieu. Le plan de MBS, de Trump et de Netanyaou, c’est d’imposer la fin des illusions. L’ambassade américaine va déménager à Jérusalem. Les saoudiens veulent coopérer avec Israel contre l’Iran.
Les réfugiés ne retourneront jamais 70 ans en arrière. L’histoire ne repasse pas les plats. La Nakba, ce n’était pas en 48. C’est maintenant.