Stéphane Israël, PDG d'Arianespace : "Nous allons lancer un très grand satellite pour la Défense française et européenne"

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Ariane 5. 7:02
Ariane 5. © JODY AMIET / AFP
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Le PDG d'Arianespace fait état d'un avenir militaire pour l'espace européen. Les vols habités ne sont en revanche pas à l'ordre du jour en Europe, même si d'autres Etats les projettent. 
INTERVIEW

A deux jours du lancement d'un grand satellite pour la Défense française, Stéphane Israël, PDG d'Arianespace, était l'invité de l'émission C'est arrivé demain. Au micro d'Europe 1, il a expliqué quels étaient les enjeux spatiaux dans un avenir de court et moyen terme.

"L'abitude de la concurrence". En Europe, c'est Ariane qui représente le monde spatial. "Il y a douze États qui participent à la construction de la fusée Ariane 5. Il y en aura treize pour Ariane 6. Nous avons une épine dorsale française parce que la France a toujours joué un rôle prépondérant."

L'adversaire est américain, privé et sous la houlette d'Elon Musk : il se nomme Space X et est devenu leader du marché en 2017 grâce à des fusées réutilisables. "Nous avons toujours eu l'habitude d'affronter la concurrence. Space X est privée peut-être mais elle est voulue et conçue par la Nasa. Le carnet de commandes de SpaceX est en valeurs à 75% institutionnel, alors que le nôtre est à 25% fait pour l'Europe et à 75% commercial", détaille le PDG d'Arianespace.

"Ambition militaire". Pour ce qui est de la France en particulier, "mardi, nous allons lancer depuis le centre spatial guyanais (Kourou, ndlr.) un très grand satellite pour la Défense française et européenne. (...) Il y a une ambition militaire. La France va consacrer 3,6 milliards d'euros lors de la prochaine loi de programmation militaire à sa flotte militaire et nous allons renouveler l'ensemble des satellites militaires, d'observation, de télécommunication, les satellites d'écoute et ça commence mardi."

Lanceurs réutilisables. La production d'Ariane 6 a par ailleurs déjà débuté. Le premier lancement est prévu en juillet 2020. A l'inverse de SpaceX, cette fusée ne sera pas réutilisable. "Nous avons voulu arriver le plus vite possible sur le marché, avec les technologies que nous maîtrisons. Nous n'avons pas les technologies qui nous permettraient très rapidement de faire un lanceur réutilisable", explique Stéphane Israël, qui souligne cependant que ce n'est pas un besoin. "Un lanceur réutilisable fait davantage sens si vous avez de très fortes cadences de lancement. C'est ce qu'espère Elon Musk grâce aux commandes américaines", notamment.

Cela étant, le PDG d'Arianespace prévoit déjà "Ariane 6 évolution" pour 2025, une fusée moins chère, "avec de nouveaux moteurs, des capacités de récupérer notre étage, qui nous permettront si cela s'avère nécessaire, de basculer le moment venu vers la réutilisation".

Vols habités ? Au-delà des questions militaires et de la réutilisation, reste le grand projet des vols habités. "Ce serait tout à fait possible parce que nous avons le lanceur le plus fiable au monde et nous avons les technologies qui nous permettent d'envoyer, à travers des capsules, un homme dans l'espace", souligne le spécialiste. "Après, c'est une question d'ambitions et de moyens. Cette voie a été abandonnée en Europe dans les années 1990", à la différence des États-Unis qui vont lancer "des équipages qui vont voler l'année prochaine. C'est aussi la grande ambition spatiale de l'Inde", ajoute Stéphane Israël. L'Europe s'alignera-t-elle ?

Europe 1
Par Aurélie Dupuy