Pour "réduire la pression" sociale, Instagram réfléchit à masquer le nombre de "likes"

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Instagram a testé un affichage plus flou du nombre de mentions "j'aime" sous les photos, afin de "réduire la pression" que peut parfois engendrer le réseau social.

La "dictature du like" touche-t-elle à sa fin ? Depuis quelques jours, Instagram teste, à petite échelle, une nouvelle façon, plus évasive, d’afficher les mentions "j'aime" sous les photos postées par les utilisateurs, comme l'a relevé une observatrice influente basée à Hong-Kong. Si elle venait à être généralisée, cette nouveauté serait une révolution dans le monde des réseaux sociaux.

Aujourd’hui, sur Instagram on peut voir le nombre exact de personnes qui ont aimé une photo, c’est écrit juste en-dessous. Par exemple, ça donne : "Aimé par Clément et 10 autres personnes". Et bien à l’avenir, on pourra peut-être plutôt lire : "Clément et d'autres ont aimé cette publication". Une mention plus floue qui n'empêchera toutefois pas, en cliquant dessus, de consulter la liste des personnes qui ont aimé la photo. Mais il faudra compter soi-même, ce qui peut s'avérer fastidieux.

Lutter contre la compétition narcissique

Pourquoi Instagram voudrait rendre moins visible le nombre de "likes", essence même du réseau social ? "Nous voulons que vos abonnés se concentrent sur ce que vous partagez, pas sur le nombre de personnes qui aiment vos photos", indiqué Instagram aux utilisateurs concernés par le test. Contacté par le site américain The Verge, il ajoute chercher "des moyens de réduire la pression sociale". Instagram est le réseau social le plus populaire chez les jeunes et ce n’est pas toujours une bonne chose, notamment car la popularité des photos ne repose que sur le nombre de mentions "j’aime".

Cela peut engendrer une forme de compétition un peu malsaine. On se demande pourquoi son ami a plus de "likes" que nous ou pourquoi untel a aimé sa photo et pas la mienne. Et cela pousse à toujours chercher la photo parfaite, celle qui nous met le mieux en valeur, quitte à abuser des retouches. D’après une étude menée par Kaspersky en 2017, une personne sur dix déforme la réalité dans ses publications sur les réseaux sociaux. C’est ce qu’on appelle la "tyrannie du like".

 

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Instagram, facteur de dépression chez les jeunes

Ce phénomène peut avoir des conséquences néfastes très concrètes. Déjà, cela pose de vrais problèmes en termes de représentation des corps. Instagram, c’est le royaume de la minceur. La recherche de la perfection peut aussi engendrer des conceptions biaisées de l’argent ou du bonheur. Ce système de reconnaissance par le like a ainsi donné naissance aux influenceurs, ces stars des réseaux sociaux qui racontent leur vie de rêve en photos et collectent les "likes" par millier sans parfois faire grand-chose de spécial. Des gens a priori comme tout le monde, qui laissent à penser que la perfection est à portée de main.

Sauf que ce n’est pas le cas évidemment, et le décalage entre cette vie fantasmée et la nôtre, beaucoup plus banale, peut engendrer une forme de dépression. Selon une étude britannique de la Royal Society for Public Health, parue en 2017, les 12-24 ans qui utilisent Instagram et Snapchat ont quatre fois plus de chance d’avoir des tendances dépressives que la moyenne des jeunes de cette tranche d’âge.

 

Si le sujet vous intéresse, on vous recommande chaudement Instalife, un film sorti l’an dernier mais passé inaperçu en France. Cela parle d’une jeune femme solitaire, accro à Instagram (Aubrey Plaza) qui va tout faire pour devenir la meilleure amie de son influenceuse préférée (Elizabeth Olsen). Instalife est un drame psychologique avec des atours de thriller, parfois édifiant et parfois angoissant. Surtout, il fait réfléchir à notre usage d'Instagram.

Réflexion dans le monde de la tech

Instagram n’est pas le seul réseau social à se poser des questions sur sa responsabilité sociale. Il y a peu, le patron de Twitter a laissé entendre qu’il pourrait repenser son fonctionnement en mettant moins en avant le nombre d’abonnés et de mentions "j’aime". Des réflexions qui coïncident avec les propos du Commissaire à l’information britannique, qui vient de recommander que les réseaux sociaux offrent la possibilité de cacher des fonctionnalités comme les "likes".

Toutefois, il n'est pas du tout acquis que le changement d'affichage testé par Instagram soit généralisé tel quel. Les influenceurs qui vivent de la monétisation de leurs publications seraient notamment pénalisés. Pas sûr que le réseau social souhaite les fâcher. Instagram pourrait éventuellement envisager une fonctionnalité optionnelle, permettant à chaque utilisateur d'afficher ou non le compteur de "likes" sous ses photos.