Faut-il s'abonner à Stadia, la plateforme de jeux vidéo de Google ?

  • A
  • A
Partagez sur :
Stadia, le service de "cloud gaming" de Google, a été lancé en France mardi. Ce service de jeux vidéo en streaming entend bien rebattre les cartes du secteur. Mais a-t-il vraiment les moyens de ses ambitions ?
L'AVIS DE

Google fait ses premiers pas dans le jeu vidéo. Le géant américain de la tech a lancé mardi Stadia, sa plateforme de jeu vidéo en streaming. Le principe est novateur : plus de console, on joue à distance sur les serveurs de Google. Une promesse alléchante pour les gamers. Mais est-elle réellement tenue ? Avec l'aide de Jean-Kléber Lauret, journaliste en charge de la rubrique high-tech du site Jeuxvideo.com, invité mercredi de Culture médias, Europe 1 vous donne les clés pour savoir si vous devez, ou non, vous abonner à Stadia.

Un prix accessible

Il y a d'abord l'argument du prix. Le pack "Première édition" de Stadia, qui comprend trois mois d'abonnement, la manette et le boîtier Chromecast pour jouer sur la télé, est vendu 129 euros. Ensuite, l'abonnement est à 9,99 euros par mois. S'il faut comparer, on est loin d'une PS4 ou d'une Xbox One, vendues entre 300 et 500 euros, et encore plus d'un PC gaming, dont le prix peut facilement excéder les 1.000 euros. Si vous n'avez pas de console ni de PC puissant et que vous aimeriez jouer à des jeux AAA (les "blockbusters" du jeu vidéo), alors Stadia peut être une solution à moindre coût.

Mais attention, il ne s'agit pas d'un "Netflix du jeu vidéo" ! L'abonnement mensuel ne donne accès qu'à la technologie du "cloud gaming". Hormis les jeux gratuits qui seront distillés régulièrement, il faut payer les jeux auxquels vous souhaitez jouer sur Stadia. La plupart du temps, ils sont au même prix que sur les autres plateformes, mais certains internautes se sont étonnés de voir que des titres plutôt anciens, notamment la trilogie Tomb Raider, sont vendus plus cher que sur Xbox One ou Playstation 4, où leur prix a baissé au fil des ans.

Une technologie au point mais encore limitée

La technologie de Stadia est plutôt au point, du moins sur certains aspects. Ainsi, il est possible de jouer en un clic, sans téléchargement, sans mise à jour et sans temps de chargement. "C'est assez magique. Quand on a un compte Stadia, il suffit d'aller dans son navigateur Chrome, sur n'importe quel ordinateur, de se connecter à son compte puis de cliquer sur 'Jouer' et le jeu se lance instantanément", explique Jean-Kléber Lauret. C'est également valable sur télévision et téléphone.

Enfin presque, car la promesse n'est que partiellement tenue. "Pour l'instant, Stadia ne fonctionne que sur les smartphones Google, les Pixels 2, 3 et 4", souligne Jean-Kléber Lauret. Or, si Google est sans doute la marque tech la plus puissante au monde, elle n'occupe qu'une place très marginale dans les ventes de téléphone. "Google promet que, progressivement, on pourra jouer sur d'autres marques de téléphones mais il n'y a pas de date fixe. On parle de courant 2020", précise le journaliste de Jeuxvideo.com. 

Des jeux trop peu nombreux et pas assez récents

Autre souci : le catalogue de jeu est très limité, même si ça devrait évoluer. Au lancement, Stadia n'inclut ainsi qu'une petite vingtaine de jeux, dont une seule exclusivité et une poignée de jeux sortis en 2019. La majorité du catalogue est constituée de titres sortis il y a deux, trois, voire cinq ans. C'est un peu léger. Mais Google assure que d'autres jeux vont arriver très vite et que Stadia se calera progressivement sur les rythmes des grosses sorties.

À condition toutefois que les éditeurs mettent leurs jeux à disposition de Google. Ubisoft a noué un partenariat pour que ses jeux soient disponibles sur Stadia mais pas Electronic Arts par exemple. Si vous êtes fan de Fifa, vous risquez donc d'être déçu. "Le catalogue Stadia, c'est en grande partie des jeux destinés aux 'hardcore gamers', les habitués du jeu vidéo. À l'exception de Just Dance 2020, ce n'est pas très grand public", souligne Jean-Kléber Lauret.

Si vous n'avez pas la fibre, oubliez Stadia

En mars, lors de la conférence de présentation de Stadia, Phil Harrison, le responsable du projet chez Google, promettait une plateforme qui supprimerait tous les freins qui peuvent limiter l'expérience de jeu sur console. "C'est faux, il y a quand même une contrainte de taille : la connexion Internet. Pour profiter de Stadia, il faut du très haut débit, idéalement de la fibre. Or, la fibre est surtout raccordée dans les villes aujourd'hui. Pour avoir la meilleure expérience de jeu, Google recommande une connexion à 35 mégabits par seconde, soit une bonne fibre", explique Jean-Kléber Lauret.

Tout le monde ne bénéficie pas, en France, d'une telle connexion. Reste que Stadia est accessible aux gens connectés par câble ou ADSL. "J'ai testé, ça fonctionne. Mais la qualité visuelle des jeux est fortement dégradée", précise le journaliste de Jeuxvideo.com. Quant au jeu sur mobile, il est aujourd'hui limité à une connexion wi-fi. Pour jouer en 4G, il faudra attendre un peu. En réalité, le cloud gaming sur mobile est surtout une fonctionnalité liée à 5G. Mais cette nouvelle génération de réseau mobile ne sera pas démocratisée avant plusieurs années.

Des débuts ratés

Résultat, pour Jean-Kléber Lauret, "Google a raté son entrée dans le jeu vidéo". "Beaucoup de promesses ne sont pas tenues au lancement, il manque beaucoup de fonctionnalités : on ne peut pas jouer sur n'importe quel téléphone, ni diffuser sa partie en direct sur YouTube avec un simple bouton, la manette Stadia doit forcément être connectée par fil si on joue sur téléphone ou ordinateur, le catalogue de jeux n'est pas assez vaste… Pour 10 euros par mois, ce n'est pas suffisant", estime-t-il. C'est d’autant plus dommageable que la force de frappe de Google laissait espérer un résultat final bien plus impressionnant.

De fait, s'abonner à Stadia aujourd'hui est peu intéressant. À moins d'être un passionné de jeux vidéo curieux de la technologie, et de n'avoir pas déjà joué aux quelques jeux disponibles, l'offre de Google est trop incomplète pour être réellement convaincante. Cela ne veut pas dire que Stadia n'a aucun intérêt. La technologie est plutôt au point et prometteuse. Mais sans doute que Stadia est arrivé trop tôt. On recommanderait plutôt d'attendre 2020, quand d'autres fonctionnalités seront disponibles et que le catalogue de jeux sera étendu à des titres plus récents.