Rugby : comment mieux prévenir les commotions cérébrales ?

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La violence croissante des chocs accroît les inquiétudes pour la santé des joueurs de rugby.
La violence croissante des chocs accroît les inquiétudes pour la santé des joueurs de rugby. © MEHDI FEDOUACH / AFP
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Alors que le rugby français est endeuillé par la mort d’un joueur de Pro D2 après un match, la saison de rugby s’ouvre fin août avec de nouvelles règles pour protéger les joueurs.

C'est un drame qui secoue les fondations du rugby français : le décès, vendredi, de Louis Fajfrowski, joueur d'Aurillac âgé de 21 ans, après un match amical de pré-saison de Pro D2. Le drame a relancé le débat sur la violence des chocs dans un sport toujours plus physique. Si le lien entre la mort du jeune homme et le plaquage qui l'avait obligé à quitter le terrain en plein match reste à établir, la question de la protection des joueurs contre les commotions cérébrales est de nouveau sur la table. De nouvelles règles vont entrer en vigueur pour mieux prévenir les commotions sur le terrain. Mais certains appellent à aller plus loin.

Protocole commotion en place depuis cinq ans

"Ce n'est un secret pour personne : le rythme, les cadences et l'intensité ont augmenté dans notre sport. S'il s'avère qu'il y a un lien de causalité, on devra prendre nos responsabilités, assumer, expliquer et trouver des solutions", estime Robins Tchale-Watchou, le président du syndicat des joueurs Provale, interrogé par Europe 1. "Au vu de tout ce qu'il y a eu ces derniers temps, il est humain de se poser la question." Humain et surtout réglementaire : depuis quelques années, les instances dirigeantes du rugby français ont pris le problème au sérieux.

Un protocole commotion a été institué en 2012 pour permettre au corps médical d'examiner chaque joueur susceptible d'avoir subi une commotion cérébrale pendant les rencontres. Trois questionnaires baptisés HIA (Head Injury Assessment) et comprenant notamment des tests de mémoire et d'équilibre sont prévus. Dans l'immédiat, "HIA 1", réalisé au bord du terrain, doit permettre d'autoriser ou d'interdire le retour du joueur dans le match. Dans les trois heures qui suivent, "HIA 2" permet au médecin de réévaluer l'examen neurologique mais la gravité de la commotion ne peut être établie qu'après 48h, et deux nuits de repos, avec "HIA 3". Depuis 2017, un joueur sorti sur protocole commotion a interdiction de revenir avant dix minutes de jeu.

Carton bleu et plus de médecins

Ce socle va être renforcé en Top 14 et en Pro D2 cette saison avec plusieurs nouveautés. Les équipes professionnelles pourront désormais effectuer jusqu'à douze changements par match, contre huit actuellement, afin de limiter les blessures (et de parfois laisser un joueur blessé sur le terrain en fin de match). L'arbitre pourra également adresser un carton bleu à un joueur qui présente un signe évident de commotion. Une façon de redonner du pouvoir à l'homme en noir après des situations dangereuses, dont les joueurs n'apprécient pas toujours la gravité sur le moment.

Enfin, le staff médical des clubs devra être plus réactif. Lors du match, un médecin ou kiné de chaque équipe aura la possibilité de se déplacer le long du terrain en permanence afin de mieux analyser les contacts et, le cas échéant, de pouvoir intervenir plus rapidement. En dehors des matches, chaque club devra être doté au minimum d'un médecin à mi-temps et de deux kinés.

Abaisser la hauteur des plaquages ? Voilà pour les nouveautés. Mais suffiront-elles à préserver la santé des joueurs ? Les commotions cérébrales confirmées ont doublé (+92%) entre 2012-2013 (53) et 2016-2017 (102). L'attention portée au phénomène y est pour beaucoup. Mais dans un sport toujours plus exigeant physiquement, avec des athlètes de plus en plus musclés, la violence des chocs augmente logiquement. C'est justement sur ce point que la Fédération anglaise de rugby a décidé d'agir en abaissant, pour les matches de deuxième division, la hauteur légale des plaquages. Aujourd'hui située au niveau des épaules, elle va passer cette saison aux aisselles. Une décision qui devrait éviter les chocs accidentels à la tête.

Et après ?

Toutes ces mesures vont dans le bon sens. Mais pour le neurochirurgien et ancien médecin de référence de l'ASM Clermont Jean Chazal, il faut aller plus loin. "En moyenne, le corps n'est complètement arrivé à maturité qu'à l'âge de 21 ans. Et puis, la maturité cérébrale n'est totalement acquise qu'à l'âge de 25 ans. Donc, à 21 ans, on a un problème de maturité physiologique, même s'ils ont commencé très tôt et sont super entraînés", explique le professeur dans un entretien à l'AFP.

Mesures chocs. Jean Chazal recommande même de "calibrer les joueurs". "Est-ce qu'il faut autoriser un joueur qui mesure deux mètres et qui pèse 130, 135 kilos à jouer trois-quarts aile ou centre? Je n'en suis pas sûr. On peut très bien calibrer les joueurs. On a calibré les voitures en course automobile, il n'y a pratiquement plus de mort. En boxe, on ne fait pas jouer des poids lourds contre des poids plume", compare-t-il. "Alors que dans le rugby, on voit de tout : 130 kilos contre 80, par exemple. Il faut peut-être interdire les joueurs de 100 kg dans les lignes arrières."

Un tel bouleversement n'est pas pour demain : Jean Chazal affirme avoir été évincé des travaux de l'Observatoire médical du rugby, qui a proposé 45 mesures afin de renforcer la santé des joueurs, pour avoir été "trop dur" et "politiquement incorrect". Contactée par Europe 1, la Fédération française de rugby a indiqué ne "pas communiquer" sur ce sujet "pour le moment"

Le cas de Louis Fajfrowski n’est pas unique. Il est déjà le deuxième joueur de rugby à décéder après un match cette année, en France. Fin mai, un jeune de 17 ans du Rugby Club de Billom avait été retrouvé mort dans son lit au lendemain d’un match. En Top 14, le drame n’est pas passé loin en janvier : le Clermontois Samuel Ezeala, 18 ans, avait dû être soigné au milieu du terrain en janvier après un choc avec le solide Virimi Vakatawa. Victime d’une commotion cérébrale, il était resté éloigné du terrain pendant trois semaines.