Eric Gerets : "Pape Diouf était mon président, il est devenu mon ami"

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Eric Gerets accompagné par Pape Diouf lors de sa présentation à l'OM 5:41
Eric Gerets accompagné par Pape Diouf lors de sa présentation à l'OM © AFP
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Entraîneur de l’Olympique de Marseille de 2007 à 2009, le Belge Eric Gerets rend sur Europe 1 un hommage appuyé à l’ancien président de l’OM, Pape Diouf. Le dirigeant sénégalais est décédé le 31 mars dernier, à Dakar, des suites du Coronavirus à l'âge de 68 ans. 
INTERVIEW

C’est sans aucun doute l’entraîneur le plus emblématique de l’ère Pape Diouf à l’Olympique de Marseille. Eric Gerets, arrivé à l’automne 2007 en provenance de Turquie et du Galatasaray Istanbul, entretenait avec le dirigeant sénégalais une relation qui dépassait le cadre purement footballistique. "D’abord c’était mon président et tout doucement il est devenu un de mes meilleurs amis. Il m’a toujours donné carte blanche, il ne s’est jamais mêlé de mon travail, on se voyait trois à quatre fois par semaine quand j’étais à la tête de l’OM", se rappelle le lion de Rekem au micro d'Europe 1. "Il y avait de la fidélité. Même si on ne s’appelait pas toutes les semaines, quand les gens ont quelque chose de spécial entre eux, ce qui est profond reste profond."

Les deux hommes auront connu deux saisons en commun, avant une séparation douloureuse. "Si le propriétaire du club (Robert-Louis Dreyfus, à l’époque, avait mis la pression sur le coach belge dans la presse, ndlr) avait réagi un peu différemment, je serais resté avec le plus grand plaisir quelques années en plus à l’OM", explique-t-il à Europe 1. "Quand j’ai pris ma décision de ne pas rester, j’ai prévenu Pape, il m’a dit ‘attends encore un peu, les critiques vont s’arrêter si on continue à jouer à ce niveau’. Mais vu que j’avais déjà pris ma décision, c’était impossible. Une fois que je prends une décision, il ne faut pas la regretter."

Joseph-Antoine Bell, l'homme qui a fait de Pape Diouf un agent

Joseph-Antoine Bell, ex-gardien des Girondins de Bordeaux et de l’Olympique de Marseille, qui a poussé Pape Diouf vers le métier d’agent de joueur, dans les années 80, témoigne lui de leurs histoires "imbriquées" : "J’ai été celui qui l’a vu en tant qu’agent. Lui à l’époque, il ne s’y voyait pas. (...) A l’époque, c’était compliqué pour un gardien africain d’être titulaire. Et personne ne pouvait aussi imaginer qu’un agent soit noir", analyse-t-il au micro de Lionel Rosso. "Je l’avais présenté comme mon agent, mais il ne l’a jamais été, il a été mon ami, il n’a jamais négocié de contrat pour moi."

 

L’ex-gardien des Lions indomptables pointe les valeurs communes qu’il partageait avec Pape Diouf, "la parole donnée, la dignité", et le fait "savoir dire non". "Ma fierté dans ce moment de peine extrême, c’est que personne ne peut rien dire de méchant contre lui. Il a été droit avec les gens, il m’a fait honneur en ce sens. Je croyais savoir de lui, c’est ce qu’il a fait avec les autres. Il a fait ce qu’il disait, sans jamais les trahir. "

"J’ai perdu deux bibliothèques, avec Pape et Manu Dibango"

Quant au défenseur Basile Boli, joueur emblématique de l’OM entre 1990 et 1994, il se souvient de Pape Diouf comme d'un "littéraire dans le sport".  "J’ai perdu deux bibliothèques, avec Pape et avec Manu Dibango. C’est quelque chose de très difficile pour moi", confie le défenseur international français, connu pour son but vainqueur en finale de la Ligue des champions contre le Milan AC, en 1993.

Europe 1
Par Julien Froment