CARNET DE BORD - Le Vendée Globe de Charlie Dalin : "Je n'ai pas chômé depuis le début"

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Chaque samedi pendant le Vendée Globe, Charlie Dalin tient un carnet de bord pour Europe 1. Sur son monocoque Apivia, le skipper de 36 ans se confie sur ses impressions, sa stratégie et les futures épreuves qui l'attendent dans cette course mythique en solitaire, sans escale et sans assistance.
TÉMOIGNAGE

Cette première semaine du Vendée Globe restera définitivement dans les mémoires de Charlie Dalin : le skipper de 36 ans, qui participe à sa première édition sur son monocoque Apivia, est parvenu à pointer en tête au large du Portugal, mercredi soir, quatre jours après le début d'une course marquée par les contre-performances de plusieurs favoris. Satisfait d'avoir bien négocié les premières épreuves, le navigateur se livre dans son carnet de bord hebdomadaire sur Europe 1, enregistré vendredi.

"Il se passe toujours des trucs, la nuit, en terme de force de vent. On a eu un premier front la première nuit. On a eu un deuxième front costaud la troisième nuit. La nuit dernière, on est entré dans le domaine de la dépression tropicale Theta. Je n'ai pas chômé depuis le début !

"On m'a tellement répété que la route est longue…"

Il n'y a pas eu beaucoup de moments de break, que ce soit stratégiques, de manœuvres ou même des conditions qui font que ce n'est pas toujours simple de se reposer, mais j'ai néanmoins l'impression d'être en forme. J'essaye de trouver le bon placement du curseur en termes d'attaque, de performance du bateau et d'agressivité dans les choix stratégiques. Je suis en train de trouver mes marques.

Ce ne sont que mes cinq premiers jours de mon expérience Vendée Globe. Par rapport à mes collègues (Alex) Thomson et les autres, je n'ai pas ce vécu, cette expérience. J'essaye en tout cas de garder un bateau à 100% de son potentiel. Après, je saurai mettre le pied sur l'accélérateur, mais on m'a tellement répété que la route est longue…

Vendée 2 (1)

La dépression Theta ? Dehors, il fait gris, il y a de la houle et du vent. On se croirait dans le sud, sauf qu'il fait 22 degrés et qu'il y a des sargasses. Je n'ai pas vu de poissons volants encore, mais dans ma cabane je ne les vois pas souvent. C'est un petit entrainement, on va dire. Je vois ça comme un entraînement de positionnement du curseur, de manœuvre dans le gros temps.

C'est intéressant à ce niveau-là, c'est le dernier obstacle avant les alizés. J'ai décidé de faire une route un petit peu moins engagée, j'assume mon choix. Je pense que ça me fait perdre un peu de terrain sur les autres, mais je suis trop jeune dans l'histoire du Vendée Globe pour tout de suite faire tapis.

"Temporiser ? J'assume mon choix"

Du coup, j'ai préféré temporiser et assurer. Est-ce que je vais le regretter plus tard ? On verra. En tout cas, c'est mon choix et je l'assume. Je n'en suis pas encore sorti, mais je fais tout pour que mon bateau reste à 100% de son potentiel le plus longtemps possible, quitte à perdre un peu de terrain sur mes camarades.

" J'ai l'impression d'avoir réussi à faire une bonne estimation avec mes routages "

Les conditions vont se calmer à partir de cette nuit (de vendredi à samedi, ndlr). Je vais pouvoir envoyer de la toile et recommencer une navigation un peu plus 'normale'. À partir de ce soir, les vents vont vite se calmer, ça va devenir plus gérable et plus agréable.

Je suis content parce que je suis souvent aux avant-postes. Je suis très content de mon coup du deuxième front où j'étais parfaitement bien placé, ni trop au nord pour les questions de force de vent, ni trop au sud pour des questions de dorsale qui allaient tomber derrière. C'était difficile de jauger la vitesse qu'on allait pouvoir tenir après le passage du front dans du vent faible et beaucoup de mer. J'ai l'impression d'avoir réussi à faire une bonne estimation avec mes routages et avec mon sens marin (le fameux !) pour trouver le bon compromis entre performance et sécurité.

"À Sao Miguel, bord-à-bord avec Thomas Ruyant"

Il y a des coups que j'aurais pu mieux faire, mais ça n'empêche pas que j'ai toujours l'impression d'être dans le bon paquet, même si je vais peut-être rétrograder un petit peu. C'est conforme à mes attentes. Je commence à être dans mon rythme. Pas tout à fait encore, mais ça approche.

Sinon, le passage à côté de Sao Miguel au coucher de soleil était vraiment sympa, bord-à-bord avec Thomas (Ruyant). Les Açores sont une zone que j'aime beaucoup. J'aime beaucoup y aller, mais évidemment pas sur le Vendée Globe, qu'on soit clair ! C'est une course sans escale et sans assistance. Je peux y être, loin, à côté, mais pas à terre pendant le Vendée Globe, surtout pas. Ce moment-là était beau. Les conditions étaient assez calmes, le bateau avançait bien.

Vendée 3 (1)

Il y a une chose dont je n'ai pas parlé : c'est vrai que je ne suis pas habitué à voir des classements si espacés, c'est un peu différent. Je suis habitué à l'instantanéité et à la navigation à l'AIS (un système d'aide à la navigation informatique, ndlr), où tu peux traquer instantanément les performances de tous tes adversaires. Là, avec des trous de quatre heures entre chaque classement et le gros black out de la nuit, ça force à faire un peu plus sa route, à relâcher un peu plus soi-même. Au début, ça me gênait beaucoup et puis je commence à m'y habituer. (À ce moment-là, une vague déferle sur le bateau) On a un bateau fermé, mais j'arrive à remplir le cockpit, je vous laisse imaginer les conditions…" 

Europe 1
Par Charlie Dalin, skipper du Vendée Globe