Violences conjugales : "on sacrifie des femmes sur l'autel de la présomption d'innocence"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Invitée d'Europe 1, dimanche soir, Isabelle Steyer, avocate spécialisée dans les violences faites aux femmes a dit son sentiment d'"urgence" alors qu'un grenelle doit être lancé mardi. 
INTERVIEW

"J'aimerais qu'on se rende compte de l'urgence dans laquelle nous sommes." Tel est le message d'Isabelle Steyer, avocate au Barreau de Paris et spécialisée dans les violences faites aux femmes, invitée de Wendy Bouchard, dimanche sur Europe 1. Alors qu'un Grenelle sur le sujet doit être lancé à Matignon, mardi, elle estime que "nous avons un traitement judiciaire des violences faites aux femmes qui n'est pas à la hauteur d'un état démocratique" en France. Et d'espérer : "La prise de parole des associations, des victimes et des familles de victimes de féminicides amèneront peut-être le gouvernement à prendre le pouls de cette situation." 

"Agir de façon coordonnée de façon à éviter un passage à l'acte"

"Venir parler des violences conjugales c'est faire prendre conscience à la société entière que tout le monde peut agir et réagir, parce que les femmes parlent mais ne sont pas écoutées", appuie Isabelle Steyer. Elle cite l'exemple du numéro dédié, le 3919 : "il faut qu'il soit connu, mais aussi et surtout que les services de police, de gendarmerie et de protection judiciaire puissent agir de façon coordonnée et de façon à éviter un passage à l'acte."

Dans le viseur de l'avocate : les ordonnances de protection, censées éloigner les femmes portant plainte pour violences de leur conjoint. "Il s'agit d'une situation de femme en danger évident, qui va rencontrer un juge aux affaires familiales de permanence - encore faut-il qu'il y en ait un tous les jours, ce qui est loin d'être le cas dans tous les tribunaux", déplore-t-elle. "Elle va solliciter une audience qui va être contradictoire, l'agresseur va être convoqué, alors qu'ils habitent encore sous le même toit !" 

"Ces femmes-là sont tuées à ce moment-là"

"On a dans certains tribunaux, comme à Bobigny une hypersensibilisation, donc une réponse en huit jours", affirme Isabelle Steyer. "Mais dans d'autres tribunaux, on a des réponses en plusieurs semaines. Ces femmes-là sont tuées à ce moment-là et nous le savons", martèle-t-elle, réclamant "une ordonnance de protection en temps réel".  

"Il y a un déni général et une présomption d'innocence qui va primer sur le principe de la protection des femmes et des enfants", conclut l'avocate. "On sacrifie ces femmes sur l'autel de la présomption d'innocence. On a une justice misogyne et biaisée, qui va laisser les femmes se débrouiller, faire du 'système D'."