Une vaccination au compte-gouttes : pourquoi la campagne française démarre si lentement

, modifié à
  • A
  • A
vaccin 1:59
En France, les premières injections se sont déroulées dimanche, dans deux structures spécialisées dans l'accueil des personnes âgées dépendantes ou malades. © PHILIPPE DESMAZES / POOL / AFP
Partagez sur :
La logistique de la campagne de vaccination est complexe à mettre en place, en raison notamment des conditions de conservation du vaccin Pfizer-BioNTech. Mais la timidité avec laquelle débutent les premières injections en France s'explique surtout par la volonté de ne pas braquer une opinion déjà méfiante à l'égard des vaccins.
DÉCRYPTAGE

Une quarantaine de personnes ont été vaccinées en France contre le Covid-19 dimanche, et une dizaine d'autres doivent recevoir l'injection ce lundi. De son côté, le Royaume-Uni en est déjà à 800.000 injections, et les Etats-Unis à plus de deux millions. La lenteur de la campagne française interroge. Plusieurs élus, à l'instar des maires de Nancy, Mathieu Klein, et de Nice, Christian Estrosi ont publiquement pris la parole pour demander une accélération du calendrier, au moins dans leurs régions, très touchées par l'épidémie.

La logistique reste la même pour tous les pays d'Europe qui ont commencé leur campagne de vaccination ce week-end. Il est compliqué de garder les doses du vaccin Pfizer-BioNTech à - 80 degrés dans des supers congélateurs, avant de faire la liaison avec les Ehpad où elles devront être injectées rapidement pour conserver toute leur efficacité. Pour autant, la France est bien équipée, et le circuit d'acheminement a même été testé la semaine dernière à blanc. En vérité, l'une des explications pour ce démarrage prudent est à chercher du côté du consentement.

"Il ne s'agit pas de braquer la population contre le vaccin"

En effet, la France est le seul pays à recueillir de manière aussi stricte, par écrit ou par oral, le consentement des résidents d'Ehpad avant la vaccination. Ces démarches prennent du temps, surtout quand les résidents sont placés sous tutelle. Pour Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d'immunologie à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil, cette prudence est nécessaire dans un pays où la défiance vaccinale est aussi forte. "Il ne s'agit pas de braquer la population contre un vaccin que l'on estime essentiel. Il est important pour la communauté scientifique, et sans doute également pour le gouvernement, que les choses se fassent dans les meilleures conditions possibles et que l'on n'ait pas l'impression que l'on vaccine les gens contre leur volonté", explique-t-il à Europe 1.

Une spécificité française

Un chiffre donne la mesure de l'isolement français par rapport à l'acceptation vaccinale : au Royaume-Uni, 90% des jeunes filles sont vaccinées contre le virus responsable du cancer du col de l'utérus, tandis qu'elles sont moins de 20% en France. Selon une enquête réalisée par BVA pour Le Journal du Dimanche, seuls 44% des Français envisagent de se faire vacciner contre le Covid-19. 

Il ne faudra donc pas s'étonner des chiffres très faibles de la vaccination en France dans les prochaines semaines, en recul par rapport à certains de nos voisins. "Pour bien réussir cette campagne, il est urgent de ne pas se presser", nous confie un autre spécialiste des vaccins.

Europe 1
Par Victor Dhollande, édité par Romain David