Soupçons de clientélisme en Seine-Saint-Denis : "Jean-Christophe Lagarde tient un double discours"

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Jean-Christophe Lagarde a déclaré vouloir poursuivre la journaliste auteure de l'enquête. 1:39
Jean-Christophe Lagarde a déclaré vouloir poursuivre la journaliste auteure de l'enquête. © Ludovic Marin / AFP
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Mercredi sort Le maire et les barbares, une enquête de la journaliste Eve Szeftel dans laquelle elle dénonce l'alliance de Jean-Christophe Lagarde avec les caïds de Bobigny. Un pacte à visée électoraliste, comme elle l'explique au micro d'Europe 1 dans Le grand journal du soir.
INTERVIEW

Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI et député de la Seine-Saint-Denis depuis 2002 a-t-il pactisé avec "la voyoucratie et le caïdat local" ? C'est ce qu'affirme Eve Szeftel, journaliste à l’AFP basée au bureau de Bobigny entre 2014 et 2018, et auteure de Le maire et les barbares, quand la République pactise avec le crime, qui sort mercredi aux éditions Albin Michel. Au micro de François Clauss, dans Le grand journal du soir, elle explique les mécanismes de ce système qu'elle a analysé pendant plusieurs années.

Un pacte avec le numéro deux du gang des barbares ?

Dans son enquête, Eve Szeftel raconte comment le député UDI a cherché à s'installer durablement à Bobigny. "Tout commence en 2014. Jean-Christophe Lagarde sait que pour élargir sa base électorale, il a besoin de faire basculer cette ville, bastion communiste et symbole de la banlieue rouge. Et pour cela il va s'appuyer sur la voyoucratie", explique-t-elle. Ce faisant, il devient, "en quelque sorte, le parrain, l'architecte de ce système".

Selon elle, ce genre de pactes "avec la voyoucratie et avec le caïdat local, c'est quelque chose de malheureusement assez courant. La particularité de Bobigny, par rapport à d'autres villes, c'est ce que ça va passer par un pacte qui renvoie à l'une des pires affaires criminelles de ces dernières années, l'assassinat d'Ilan Halimi en 2006".

La stratégie qu'analyse la journaliste de l'AFP "va s'appuyer sur des intimes de Jean-Christophe Soumbou, numéro deux du gang des barbares" : d'abord son assistant parlementaire, "le meilleur ami de Jean-Christophe Soumbou", mais aussi "la femme de Jean-Christophe Soumbou, qui pose au centre de l'affiche de campagne et qui a été récompensée par un poste de contractuelle en mairie après la victoire. Elle porte toujours le voile, en violation de l'obligation de neutralité dans la fonction publique". 

"À Bobigny, les caïds et les islamistes sont au pouvoir"

Autre acteur majeur du système d'après Eve Szeftel, "le parti des Indigènes de la République, en particulier à travers un cabinet de conseil, qui va jouer un rôle avant et après la prise de pouvoir". "Un des associés de ce cabinet va faire basculer la campagne en tournant une vidéo accusant les communistes d'être islamophobes. Jean-Christophe Lagarde va d'ailleurs faire un tabac en meeting en reprenant à son compte l’argumentaire décolonial assimilant les communistes à des colons", dit encore Eve Szeftel. La colistière du candidat UDI, aujourd'hui deuxième adjointe, "portait le voile" rappelle la journaliste. "Il faut employer les grands moyens pour faire tomber cette ville", analyse la journaliste.

Entre 2010 et 2014, "400.000 euros de sa réserve parlementaire vont être attribués à des associations tenues par des caïds locaux". À Bobigny, "les caïds et les islamistes, qui parfois marchent ensemble, sont au pouvoir, parce que c'est là qu'il y a l'argent. La politique municipale a été très favorable aux revendications communautaires, comme l'ouverture d'une salle de sport islamique avec horaires réservés aux femmes, subventionnée par la mairie, une école hors contrat inaugurée par la mairie", détaille la journaliste. Jean-Christophe Lagarde tient, selon elle, "un double discours entre les médias et ce qui se passe sur le terrain, par électoralisme il essaye de jouer sur tous les tableaux".

Jean-Christophe Lagarde a déclaré vouloir poursuivre la journaliste, l'accusant de manipulation, à un mois des municipales. Pour elle, "c'est un moyen d'intimidation par voie légale dont les hommes politiques usent et abusent contre les journalistes". Et de conclure : "Moi, je me contente dans une enquête de pointer du doigt ses contradictions."

Europe 1
Par Guilhem Dedoyard