Trois initiatives pour lutter contre la précarité menstruelle et le tabou des règles

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Selon l'association Règles élémentaires, 1,7 millions de femmes sont concernées par la précarité menstruelle. 1:01
Selon l'association Règles élémentaires, 1,7 millions de femmes sont concernées par la précarité menstruelle. © Pixabay
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En 2020, le gouvernement français a décidé de lancer à titre expérimental la distribution de protections périodiques gratuites pour les femmes en situation de précarité. Dans "La France bouge" mercredi 26 février, trois femmes présentent leurs initiatives pour lutter contre ce problème et lever le tabou des règles.

En France, 1,7 million de femmes sont concernés par la précarité menstruelle. En 2020, le gouvernement lance à titre expérimental la distribution de protections périodiques pour des femmes en situation de précarité. Tara Heuzé, président et fondatrice de Règles Élémentaires, Gaële Le Noane, créatrice de la start-up Marguerite & Cie, et Ondine Beccaria, chef de projet chez Gina, nous présentent leurs initiatives pour lutter contre ce phénomène et permettre de lever le tabou des règles.

Règles Élémentaires : collecte et distribution gratuite de protections hygiéniques pour les femmes en situation de précarité

Tara Heuzé a eu l'idée de fonder Règles Élémentaires après un voyage en Angleterre où elle a participé à des collectes de produits hygiéniques. "Ça m'a vachement choquée et interpellée parce que je n'avais jamais pensé à ces femmes dans la rue qui devaient gérer leurs règles", se souvient-elle. En revenant en France, elle importe l'initiative et lance Règles Élémentaires en 2015 car elle constate que personne, pas même les professionnels de santé ne se sont posés la question. L'étudiante de l'époque lance alors ses premières collectes au moment du second examen de la loi sur l'abaissement de la TVA sur les produits d'hygiène intime et le fameux débat sur la "taxe tampon" qui a "vraiment mis en lumière le coût de ces protections", note-t-elle.

Tara Heuzé crée l'association en 2016 et reçoit désormais des colis de la France entière et de l'étranger. En France, en moyenne, les protections périodiques coûtent 18 euros par mois à chaque femme. En moyenne, une femme utilisera 10.000 protections périodiques au cours de sa vie. Un coût qui conduit parfois les plus précaires à s'en passer.

Règles Élémentaires a créé une plateforme citoyenne. "En quelques clics, n'importe qui peut aller sur notre site Internet et organiser sa propre collecte, qui va ensuite être référencée sur notre site Internet, et sur les réseaux sociaux", explique sa fondatrice. "Chacun va recevoir des visuels de communication personnalisés, des boîtes à dons. Vous mettez ce que vous pouvez donner", détaille-t-elle.

L'association accepte tout produit d'hygiène intime "y compris des protections réutilisables parce qu'au-delà de l'aspect environnemental et écologique, c'est un moyen de mettre fin à la dépendance aux dons pour les futures bénéficiaires de ces produits", estime Tara Heuzé. "On prend également tout ce qui est lingette et gel hydroalcoolique car c'est important d'avoir une bonne hygiène menstruelle et de se laver les mains avant d'utiliser ces produits."

L'association gère tout et dispose d'un réseau d'organisatrices et d'organisateurs de collectes partout en France, en Belgique aussi, et bientôt la Suisse, au Luxembourg et au Canada. "On a noué des partenariats redistributeurs. Le premier historiquement était le Samu social de Paris. Aujourd'hui ce sont la Croix Rouge et les Restos du Cœur. Et on va redispatcher selon leurs besoins parce qu'on ne voulait pas démultiplier les points de contacts pour les femmes dans le besoin", ajoute Tara Heuzé.

Marguerite & Cie : des distributeurs de protections hygiéniques bio et gratuites dans les établissements scolaires, les universités et les entreprises

Gaële Le Noane, la créatrice de la start-up Marguerite & Cie, a breveté un distributeur de protections hygiéniques gratuites et bio installé dans les établissements scolaires, les universités et les entreprises. Cette ancienne orthophoniste a eu l'idée en 2017 après les révélations des études sur la composition des tampons et des serviettes. "Ça m'a clairement révoltée. Je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose car il existe des tampons 100% bio. Donc j'ai d'abord lancé une box, qui était déjà solidaire", explique-t-elle.

Inquiète de voir cette précarité menstruelle, elle décide, pour toute box achetée, de donner une box à une association à Paris : l'ADSF (Agir pour le Développement de la Santé des Femmes), qui distribue des kits d'hygiène aux femmes SDF. "Cette box marchait bien mais je voulais aller plus loin", souligne-t-elle. Elle décide de créer des distributeurs de tampons 100% bio, zéro chlore, zéro parfum, zéro plastique car les tampons les plus utilisées sont faits à base de coton et de bois mais subissent des traitements chimiques au cours de la fabrication. Elle signe un contrat d'exclusivité avec l'Anglais Natracare, le leader des tampons bio, fabriqués à partir de coton et cellulose uniquement.

Pour créer ce distributeur, Gaële Le Noane explique être "passée par beaucoup de dessins, d'essais avec des prototypes en bois, en carton pour que ce soit le plus simple possible" et avoir "breveté le système de recharges qui se glissent dedans". "On ne manipule pas les produits. Le côté hygiénique est préservé", assure-t-elle. "Quand la recharge est vide, on l'enlève. C'est aussi du carton PEFC biodégradable. On en glisse une autre. C'est aussi simple pour le personnel que de recharger le rouleau de papier toilette dans les universités, les collèges et les lycées." "C'est le Nespresso des tampons et des serviettes", résume-t-elle.

Gaële Le Noane a commencé à installer ses distributeurs en septembre dernier et équipe actuellement "une trentaine d'établissements scolaires". "150.000 jeunes filles ou femmes y ont accès", précise-t-elle. Des structures qui louent ou achètent le distributeur équipé de 300 produits pour 55 euros. "On a aussi des entreprises comme la SNCF", ajoute-t-elle. Sa start-up reçoit "entre cinq et dix demandes par jour d'établissements scolaires ou d'établissements".

Gina : des kits pour lever le tabou des règles

Les co-fondatrices du groupe média My Little Paris ont eu envie de lever les tabous sur les règles après avoir constaté les réactions sur les réseaux sociaux de bon nombre de leurs cinq millions d'abonnés à leurs articles concernant les règles. Elles ont alors lancé un grand sondage afin de "mieux comprendre le rapport des femmes à leurs règles et à leurs corps. Parmi les réponses, plus d'une femme sur deux considérait encore que les règles étaient sales et que moins on en parlait, mieux c'était", relate Ondine Beccaria, chef de projet chez Gina, l'entreprise fondée par la suite dans le but de décomplexer les règles.

"Ça nous a fait prendre conscience du tabou qui existait autour des règles et autour du corps des femmes, des problèmes avec les protections classiques présentes sur le marché", souligne Ondine Beccaria. "Avec Gina, on a voulu prendre le contre-pied de ce tabou et apporter une réponse à la fois produits avec des protections hygiéniques en coton bio 100% certifié et une réponse pédagogique avec différents leviers", précise-t-elle.

Gina s'est dirigée vers des protections périodiques fabriquées en Espagne, et non blanchies au chlore. Et a également noué un partenariat avec Sephora chez qui Gina distribue des mini-packs d'urgence depuis septembre. "L'idée d'être chez Sephora, c'était vraiment de mettre les règles sur la table et de désinvibiliser le sujet des règles et de dire que la composition de nos crèmes pour la peau est aussi importante que celle de nos tampons et de nos serviettes qui vont être au contact de notre vagin tous les mois", appuie Ondine Beccaria.

Gina a également lancé un "kit premières règles" en septembre dernier. "On s'est rendu compte que le moment des premières règles est crucial et détermine la manière dont on va vivre nos règles ensuite, que ce soient les mots qu'on utilise pour définir nos règles ou les protections qu'on utilise." Dans ce kit, les jeunes filles peuvent trouver des protections et un livret de 40 pages "co-écrit avec une gynécologue dans lequel on explique anatomiquement ce qui se passe dans notre corps à ce moment-là" et "30 pages anti-tabou à déchirer pour les parents et les copains garçons pour aider les jeunes filles à vivre des règles sans tabou", détaille la chef de projet. Une idée similaire avait été lancé par Ma Louloute dans les infirmeries de certains établissements scolaires.

Gina a aussi organisé un mois de conférences dédiées aux premières règles. "On accueillait des jeunes filles et des papas. On avait un cours pour les jeunes filles donné par une gynécologue et un cours pour les papas pour les informer sur leur rôle à jouer pour que leurs filles vivent leurs règles sans tabou toute leur vie."

Gina et Règles Élémentaires se sont également associées : Gina a participé à plusieurs collectes en physique avec l'association et "reverse 1% de son chiffre d'affaires sous forme de dons à Règles Élémentaires".

Europe 1
Par Céline Brégand