Trente-six ans après le meurtre de leur mère par leur père, ils sont sollicités pour payer son Ehpad

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L'administration doit normalement solliciter les descendants des personnes âgées non solvables en cas de frais d'Ehpad. © PASCAL LACHENAUD / AFP
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Plusieurs décennies après l'assassinat de leur mère par leur père, les enfants Le Goff ont vu ce dernier resurgir dans leur vie, le département du Maine-et-Loire les ayant sollicités pour prendre en charge ses frais d'Ehpad.

Ils avaient réussi à enfouir le souvenir de leur géniteur dans les tréfonds de leurs mémoires. En février dernier, les trois enfants Le Goff ont été sollicités par l'administration pour prendre en charge ses frais d'Ehpad. Ils étaient sans nouvelle de lui depuis qu'il avait assassiné leur mère. 

"Le 05 décembre 1982, une fois de plus, notre père est rentré à la maison et nous a chassés", racontent ces enfants, devenus adultes, dans une pétition qu'ils ont lancée pour demander à l'Etat de mieux protéger les personnes dans leur cas. "Ce jour-là, notre mère a décidé qu’il était temps de s’en aller définitivement, et par conséquent, de ne pas rentrer à la maison. Le 11 décembre 1982, notre père a assassiné notre mère sous nos yeux : 2 coups de fusil 22 Long Rifle dont le canon avait été scié."

Libéré au bout de huit ans. Les trois enfants ont alors été séparés, et placés chez différents membres de la famille, tandis que leur père écopait de quatorze ans de prison. Il n'en purgera que huit avant d'être finalement libéré. 

Le meurtrier n'a jamais cherché à renouer avec ses enfants, qui ont tenté d'oublier jusqu'à son existence. Le courrier du département du Maine-et-Loire leur annonçant qu'ils faisaient l'objet d'une enquête alimentaire pour déterminer s'ils avaient les moyens financiers de prendre en charge leur père, placé en Ehpad, les a bouleversés. 

"Hors de question que je verse un centime". La démarche de l'administration s'appuyait sur l'article 205 du Code civil, qui prévoit que les enfants majeurs aident leurs parents "dans le besoin". "Nous avons refusé de remplir le dossier et je les ai appelés pour leur dire qu'il était hors de question que je verse un centime à quelqu'un qui ne s'était jamais occupé de moi et qui m'avait privée de ma mère", a confié François Le Goff au Figaro. Les enfants ont ensuite envoyé au département une coupure de presse relatant le procès de leur père. 

Ils ont finalement obtenu gain de cause, les pouvoirs publics les ayant libérés de leur obligation alimentaire, en vertu de l'article 207 du Code civil, qui autorise à exonérer les enfants si le parent a "manqué gravement à ses obligations". 

Mais ils ne veulent pas en rester là, préférant que leur histoire serve d'exemple, et permette d'éviter ce genre de situations à l'avenir. A travers leur pétition, associée à un groupe Facebook, ils demandent à l'Etat de légiférer afin que les parents maltraitants soient automatiquement privés de leurs droits parentaux. Ils suggèrent en outre la création d'un fichier consultable par l'administration, de manière à ce que celle-ci ne sollicite plus leurs enfants devenus adultes.