Tortures et séquestration suivie de mort : 5 à 30 ans de réclusion pour les cinq accusés

, modifié à
  • A
  • A
Le principal accusé, soupçonné d'être l'instigateur de sévices a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle. (Illustration)
Le principal accusé, soupçonné d'être l'instigateur de sévices a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle. (Illustration) © DAMIEN MEYER / AFP
Partagez sur :
Depuis le 13 mars, cinq personnes sont jugées à Amiens pour les tortures et la mort de Christophe Rambour, entre fin 2011 et début 2012.

Des peines de cinq à 30 ans de prison ont été prononcées mardi par la cour d'assises de la Somme contre cinq personnes accusées d'avoir entre 2011 et 2012 torturé ou séquestré Christophe Rambour, 25 ans, dont le corps sans vie avait ensuite été détruit.

Au domicile de ses amis à Villers-Faucon et Longueau, dans la Somme, Christophe Rambour avait subi entre septembre 2011 et janvier 2012 de nombreux sévices, dont des coups, des brûlures, des entailles, mais aussi des humiliations comme des excréments à manger. Il était mort en janvier dans des circonstances jamais éclaircies. Na Rin Bun, le principal accusé, 34 ans, avait avec son beau-frère Gilles Lefèvre détruit le corps.

La prière à Bouddha de Na Rin Bun avant de découper et incinérer le corps dans une cave pendant trois jours, sa puissante emprise sur le groupe, ainsi que le récit des multiples cruautés et humiliations infligées à un ami ont marqué les esprits au cours des deux semaines de procès.

Instigateur. Na Rin Bun a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle et sept ans de suivi socio-judiciaire. À l'énoncé du verdict, il n'a pas manifesté de réaction dans le box. L'avocate générale Anne-Laure Sandretto avait requis la perpétuité à son encontre. "Je suis venu la tête haute au procès, c'est comme ça que je suis", a-t-il déclaré mardi matin en guise d'ultimes paroles. "On a échappé à la perpétuité", a jugé Me Arnaud Ehora, l'un de ses avocats. "La différence de peines entre lui et les autres accusés tient surtout à des impressions d'audience: ils le pointent tous comme l'instigateur, il n'a pas reconnu les faits et s'est énervé à l'audience".

Mécanique collective de violences. La mécanique collective des violences a été exposée, permettant d'établir une hiérarchie des peines "cohérente" et "logique" au vu des implications de chacun, selon la plupart des autres avocats du dossier. Seule Me Nathalie Moreau ne comprenait pas que son client, le petit frère Na Vin Bun, ait écopé de 15 ans de prison comme l'avait requis l'avocate générale. "On n'a pas tenu compte de son peu d'implication dans les faits. Si on descend pour tout le monde (dans les peines par rapport aux réquisitions, ndlr), on doit le faire pour lui", a-t-elle regretté. "C'est quelqu'un qu'on a formaté au fil des ans" et qui a "une personnalité singulière".

Relation fusionnelle. La sœur Nari, qui entretient avec Na Rin une relation fusionnelle, a été elle condamnée à 21 ans de prison, alors que son ex-compagnon Gilles Lefèvre, pour lequel le ministère public avait requis 25 ans, a écopé de 18 ans. "Elle a un ascendant dans ses relations conjugales, elle porte la culotte", a tenté d'expliquer son conseil Me Paul-Henri Delarue. Me Stéphane Daquo, avocat de Gilles Lefèvre, a fait part de sa "grande satisfaction": "Sans ses aveux, il n'y a pas d'affaire. On a tenu compte de sa personnalité", plus effacée et encline aux remords, a-t-il jugé. Les débats avaient montré qu'il avait participé à plusieurs sévices, mais parfois avec dégoût.

"La faute du voisin". Coralie Sauval, compagne de Na Rin Bun, accusée de non-dénonciation de crime et séquestration suivie de mort, pas de tortures, a été condamnée à cinq ans de prison, voyant les réquisitions divisées par deux. La Cour n'a pas retenu les peines de sûreté demandées par le parquet. Les accusés pourront donc, potentiellement, sortir après avoir purgé la moitié de leur peine. Selon l'avocat de la famille de la victime, Me Guillaume Demarcq, les accusés "ont tous expliqué que ce n'était pas leur faute mais celle du voisin". Il déplorait donc: "tout ça n'a servi à rien, ils ne sauront jamais comment leur fils est mort".