Sylvie habite en pleine nature, dans une maison montée sur remorque : elle nous raconte

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Cela fait un an et demi que Sylvie vit dans une tiny house, une petite maison montée sur une remorque. Avant cela elle a vécu dans un camion aménagé, puis a dormi dans un hamac dans la nature pendant huit mois. Au micro de "La Libre antenne" sur Europe 1, Sylvie fait le récit de sa vie d’aventures au contact de la nature.
TÉMOIGNAGE

Après une rupture amoureuse, Sylvie a décidé de mener une vie d’aventures. Elle a quitté sa maison de 200 m2 pour vivre une vie nomade dans un camion aménagé de 6 m2. Sylvie a ensuite vécu pendant huit mois dans la nature en dormant dans un hamac. Cela ne l’a pas empêchée de pratiquer tous les jours son métier d’ostéopathe. Aujourd’hui, Sylvie vit dans une tiny house, une petite maison montée sur une remorque. Sylvie raconte, sur "La Libre antenne", son mode de vie au cœur de la nature.

"J'habite en Alsace. Il y a quelques années, je vivais une vie normale. J’étais ostéopathe, je le suis toujours. J'avais appris que quand on a un bon travail, une belle maison et un compagnon, la vie est magnifique. En réalité la vie était chouette, mais pas extraordinaire non plus. Quand je me suis séparée de mon compagnon, en plein hiver, je ne savais pas où aller. À ce moment-là, il n'y avait pas grand-chose à louer dans ma vallée. Le hasard a fait que ma vie a basculé du côté de l'aventure. 

J'ai des amis qui vendaient leur camion aménagé et j'ai décidé de l'acheter, me disant que c'était un moyen d'habiter quelque part en attendant de trouver un appartement. C'était aussi un moyen de ne pas sombrer dans la déprime après ma rupture. Ça m'attirait. J'ai commencé à vivre dans ce camion en plein hiver alsacien, sous la neige. J'ai dû me défaire d'une énorme partie de mes affaires. Je suis passée de 200 m2 à 6 m2. Me séparer d'autant d'affaires n’a pas été évident. Je croyais que ça serait facile, mais j'étais beaucoup plus attachée aux choses que je ne l'aurais cru. 

" J'ai habité dehors "

Une fois que c'était fait, j'ai découvert un mode de vie avec pas grand-chose. J'ai habité dehors. Je rentrais au camion pour dormir. Je changeais d'endroit une fois par semaine. J'ai découvert les forêts et les montagnes d'une toute autre manière. J'ai passé un an et demi en camion, jusqu'au moment où les normes ont changé sur les camions aménagés en France. J'ai dû le revendre. Je n’avais aucune envie de retourner dans un appartement ou une maison. Ça m'aurait profondément déprimée. J'ai réfléchi à comment je pouvais poursuivre l'aventure tout en continuant mon métier. 

J'ai acheté un hamac. Je me suis débarrassée des quelques affaires que j'avais encore et j'ai décidé de vivre dehors pendant un temps. J'ai passé huit mois dans mon hamac, en allant au travail tous les jours. J’ai mené une double vie. Je me suis retrouvée dans toutes sortes d'endroits, au contact des animaux sauvages. J’étais réveillée la nuit par la pleine lune. J’allais me promener dans des paysages incroyables quand je ne pouvais pas dormir. La nuit, tout change dans la nature. C'est extraordinaire quand on se balade dehors. La lumière se couche sur les choses d'une manière très spéciale.

" J'ai eu quelques frayeurs qui m'ont permis de réaliser que ça aurait pu mal tourner "

Rationnellement, ma peur, c'était d'être découverte par des humains malveillants. Pour moi, c'étaient eux qui étaient le plus susceptible de me blesser. C’est le premier prédateur. Donc je me cachais, j'allais loin des chemins. Je faisais attention à ce que personne ne me voit y aller. C'était dangereux dans la mesure où j'aurais pu me blesser et personne ne savait où j'étais. J’ai eu des frayeurs en entendant des pas discrets qui se rapprochaient. C'étaient des chevreuils. J'étais sur leur territoire et ils étaient curieux. 

Il faut être prudent. Je me suis rendu compte que quand je suis seule dans la montagne, je n'ai pas peur. Mais quand vient l'été, il y a beaucoup d'autres gens qui font ça et je me sentais vulnérable. J'ai eu quelques frayeurs qui m'ont permis de réaliser que ça aurait pu mal tourner. Mais j'ai eu de la chance. J'ai été cambriolée une fois quand je n'étais pas là. Ça a été assez choquant pour moi, parce que ce camion, c'était toute ma vie. Je me suis bien rendu compte qu’il y avait des gens malfaisants. 

" Cette petite maison, j'en suis amoureuse "

Quand j'ai dû arrêter de vivre dehors, parce qu’il commençait à faire trop froid, j'ai découvert l'existence des tiny houses. Je suis instantanément tombée amoureuse de ces petits habitats sur roues. 'Tiny house', ça veut dire 'petite maison' en anglais. C'est une vraie maison. On a tout le confort à l'intérieur. Aujourd'hui, j'habite dans une tiny house qui est fabriquée pour moi. Au-dessus du lit, le toit peut s'ouvrir en entier. Donc, je peux dormir à la belle étoile. C'est une maison qui est tellement petite qu'il faut réfléchir attentivement à ce dont on a vraiment besoin. Chaque maison ressemble à la vie de son propriétaire. 

Une tiny house, c'est une façon de vivre. Elles peuvent se déplacer quand on veut. Dans les faits, ce n'est pas un habitat très facile à déplacer. Elle est un peu lourde. La mienne est complètement fixe. J'ai obtenu le droit de la laisser sur un terrain. Cette petite maison, j'en suis amoureuse. Je n'ai pas de raison de bouger, mais j'adore cette idée. Pour moi, c'est extraordinaire. J’y vis depuis un an et demi maintenant. Si dans dix ans, je veux bouger, j'emmènerai ma maison parce que je ne peux plus m'en passer.

Il y a des possibilités de vivre autrement, sans transiger sur son confort. Je n’ai jamais vécu aussi confortablement, mais je n'ai jamais vécu avec si peu. Ce que j'ai, c'est ce qui me convient vraiment. Pour construire, il faut sortir des schémas préétablis et se demander ce qu'on veut vraiment. Il faut l'expérimenter. Je croyais que plus on a une grande maison, mieux on vit. J'ai vécu à deux dans 200 m2. Je pensais que c'était du confort. En réalité, c'était une maison qui me demandait beaucoup de ménage. 

C’était une maison froide et sombre le soir parce qu’avec mon compagnon, on ne pouvait pas en habiter tous les recoins. C'était devenu sinistre. En étant dedans, je ne pouvais pas me plaindre parce que tout le monde ne peut pas s'autoriser ça. J'ai eu besoin de le vivre pour comprendre que ce n’était pas ce qu'il me fallait. J’ai aussi eu la chance de ne pas aller vers la sobriété contrainte et forcée. J'y suis allée par choix. J'avais vraiment la possibilité de vivre autrement."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin