Son fils adoptif a des idées suicidaires : "Je m’inquiète pour l’adulte qu’il va devenir"

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Il y a 10 ans Olga et son mari ont adopté leur fils alors qu’il avait cinq ans et demi. Depuis le décès brutal de son mari il y a quatre ans, le fils d’Olga, aujourd’hui âgé de 16 ans, exprime des idées suicidaires et fugue. Sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Olga confie son inquiétude à Sabine Marin.
TÉMOIGNAGE

Olga et son mari ont adopté leur fils quand il avait cinq ans et demi. Il y a quatre ans, le mari d’Olga est brutalement décédé. Sa mort a été difficile à vivre pour Olga et son fils. Aujourd’hui, ce dernier est âgé de 16 ans. Il exprime des idées suicidaires et fugue beaucoup. Au micro de Sabine Marin, sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Olga confie être très inquiète pour son fils, mais explique être suivie, elle aussi, pour pouvoir accompagner au mieux son fils.

"Mon mari et moi avons adopté notre fils il y a dix ans en Chine. Nous étions ravis et heureux. Il avait cinq ans et demi. C’était un grand. Son arrivée s’est bien passée. Il s’est adapté très vite à tout. Il y a quatre ans, mon mari est décédé brutalement. Ça a été très compliqué, à la fois pour mon fils et pour moi. Depuis deux ans, mon fils ne va vraiment pas bien. Il l’a exprimé de différentes façons. 

Depuis un an, c’est sous forme de fugues et de conflits perpétuels avec l’adulte, que ce soit moi ou ses enseignants. Il exprime un profond désespoir, un mal-être qui l’enferme. Cette année, à Noël, il a exprimé des idées suicidaires très claires. Je suis très inquiète pour mon fils. J’ai le sentiment que je n’arrive plus à lui donner l’espoir et le goût de vivre. J’ai l’impression que je n’arrive plus à lui tendre la main de la bonne façon ou qu’il ne la veut plus, je ne sais pas.

" Ça me fragilise aussi de voir que je suis impuissante "

Il vient de fêter ses 16 ans. Il est suivi par une intervenante de la maison des adolescents là où nous vivons. Je leur ai aussi demandé de l’aide récemment pour moi, parce que j’ai besoin d’être soutenue dans ma démarche de maman pour l’accompagner au mieux. Être seule et affronter toutes ses angoisses et ses fugues, ce n’est pas évident du tout. Ça me fragilise aussi de voir que je suis impuissante. Ce sentiment d’impuissance, j’ai dû l’affronter avec ce qu’il se passait avec mon mari. Le revivre, c’est compliqué et ça me remet dans une position que je n’apprécie pas. 

Ça ne correspond pas à mon caractère. Je suis plutôt pugnace. Je tiens, j’affronte. Je vais de l’avant. C’est plutôt ça ma mentalité : ne jamais rien lâcher. Je n’aime pas que les choses m’échappent. Le cordon se coupe. Je lui laisse toute sa part d’autonomie, son monde et ses amis. Je l’accepte tout à fait. Je suis enseignante, donc je sais combien les adolescents se détachent et que c’est parfois un éloignement qui passe par des phases et qui peut être brutal. 

Je m’inquiète parfois pour l’adulte qu’il peut devenir. Je le vois tellement mal dans ses baskets aujourd’hui, je sais que ça va lui prendre du temps. C’est difficile de devoir rester à côté de lui, tout en restant à ma place, en étant bienveillante et enveloppante. Le juste équilibre pour lui est difficile à doser.

J’ai donc rencontré un éducateur de la maison des adolescents parce que je leur ai expliqué que j’étais inquiète par rapport aux fugues. J’ai du mal à gérer le moment de la fugue. Pour moi, c’est très inquiétant de ne pas savoir où il est, s’il va rentrer et ce qu’il lui arrive.

La dernière a été très difficile à vivre, parce qu’il avait laissé des notes faisant clairement référence à un geste fatal. C’est ça qui a été très compliqué pour moi à gérer. L’éducateur me dit que ce sentiment d’impuissance est normal, que je n’ai pas à culpabiliser et que ce sont des moments difficiles à traverser. J’ai aussi l’avantage d’avoir une vision positive parce que je sais qu’il va se débrouiller."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin