Scarlette, 64 ans, pêcheuse depuis 36 ans : "C'est le métier le plus dangereux au monde"

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Fileyeuse, fille et mère de pêcheurs, Scarlette voit dans ce métier l'accomplissement d'une passion, qui comporte une part inhérente de risque, comme elle le raconte au micro d'Olivier Delacroix.
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Scarlette, 64 ans, habite Le Guilvinec, commune située à la pointe finistérienne, à l'ouest de la Bretagne. Depuis 36 ans, elle travaille dans le milieu de la pêche, secteur qui fait vivre ce port de 2.500 habitants environ. Au micro Europe 1 d'Olivier Delacroix, elle raconte sa vie de fileyeuse, son quotidien, ses peurs et sa passion.

"On doit pêcher du poisson si on veut gagner notre vie, donc on est obligés de partir en mer. Moi, je suis fileyeuse, je pose les filets aujourd'hui pour les relever demain. Mon métier, c'est la sole.

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Quand la météo n'est pas clémente, on ne va pas aller en mer. On va seulement attendre. En général, on va boire le café avec les collègues parce que si je ne suis pas en mer, les autres non plus. On se retrouve tous autour d'une table, à boire un café, à discuter de tout et de rien, à refaire le monde. Ça fait partie de la vie. Ensuite, on retourne à la maison. Si le temps s'éclaircit, qu'on voit ce qu'on appelle une fenêtre météo, on va en mer."

Son père était goémonier, métier qui consiste à récolter des algues.

"Le départ en mer, lorsqu'on n'avait pas tous les moyens de communication d'aujourd'hui, suscitait toujours de l'inquiétude parce que l'accident pouvait toujours arriver. Il peut toujours arriver, d'ailleurs. On a eu dernièrement des drames sur les ports du Guilvinec et de Saint-Guénolé [à dix kilomètres du Guilvinec, NDLR]. On a toujours eu cette inquiétude en nous, parce que ça fait partie de la vie des marins. C'est le métier le plus pénible et le plus dangereux au monde."

En parallèle de sa vie professionnelle, Scarlette a eu plusieurs enfants.

"Même si on dit qu'on va changer quelque chose, on ne change rien… La mer, qui est une passion pour moi, est quelque chose qu'on fait ou qu'on ne fait pas, mais on ne peut pas le faire à moitié. C'est une application quotidienne, à fond, à 100%. À côté, il y avait la vie de maman. La seule chose que j'ai faite (différemment), c'est qu'au lieu de partir à la journée comme avant, ou partir pour de longs mois, je suis restée à la maison et j'ai adapté mon travail à ma vie de mère de famille, pour avoir de la présence avec mes enfants.

Tous mes enfants sont marins pêcheurs ou patrons pêcheurs. Ils naviguent dans le monde entier. J'avais une fille qui partait en mer mais elle a maintenant un autre métier. Mes garçons, eux, sont toujours en mer. Ce n'est pas la mer qui nous fait peur, ce sont les autres dangers qu'on peut rencontrer sur ces mers aujourd'hui, comme les pirates. Ça nous fait plus peur que la mer elle-même. 

Vous savez, quand on est marin, on compose avec la mer. C'est plutôt elle qui nous apprivoise, on ne la domine jamais. Quand on va sur l'eau, c'est complètement différent d'un déplacement sur la terre, on ne peut pas comparer les choses."

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec