Romain n’a pas été reconnu par son père : "Cela engendre chez moi une instabilité importante"

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Romain n'a pas été reconnu par son père lorsqu’il est né. Il a récemment essayé de le contacter après avoir fait une demande de reconnaissance de paternité, qu’il a obtenue. Au micro de "La Libre antenne", Romain se livre à Olivier Delacroix sur le manque de confiance qu’a engendré chez lui cet abandon. 
TÉMOIGNAGE

Romain est né de père inconnu, d'une relation extraconjugale. Il a grandi avec sa mère et sait très peu de choses sur son père qui ne l’a jamais reconnu. Il a aujourd'hui 40 ans et a obtenu une reconnaissance de paternité. Il a essayé de le contacter, en vain. Romain aimerait malgré tout le rencontrer. Au micro de "La Libre antenne", sur Europe 1, ce dernier se confie à Olivier Delacroix sur l’abandon de son père, qui a engendré chez lui un manque de confiance.

"Je suis né de père inconnu. J’ai été élevé par ma maman. Je ne connaissais pas mon papa, il ne m’a pas reconnu. Ma mère a su me dire qui était mon papa. Ma maman a vécu seule avec moi et avec des femmes. J’ai le souvenir d’avoir deux mamans et de voir ma maman avec une autre femme le matin au réveil dans son lit. Je voyais bien que les autres enfants dans mon entourage avaient une maman et un papa. Ce n’était pas la même époque, je suis né en 1980.

" Je n’ai pas confiance en l’être humain "

Ce qui m’a le plus gêné, c’est de vivre l’abandon de mon papa. Je n’ai pas confiance en l’être humain. Adolescent, j’ai vite pris la place de l’homme dans la maison. Je n’arrive pas à créer de relations amicales avec d’autres hommes. Ce n’est pas une souffrance, parce que je n’en ai jamais eu. C’est un manque de confiance envers les autres. J’aimerais beaucoup, mais je n’y arrive pas. J’ai peur d’être déçu.

C’est à partir de la vingtaine que le manque du papa a ressurgi. Enfant, je ne l’ai pas vécu. J’ai voulu entreprendre une recherche de paternité par voie judiciaire. Je pensais à mon avenir, me marier, avoir des enfants, et je voulais qu’une descendance soit établie. Cette recherche de paternité par voie judiciaire a été confirmée par une prise de sang, que lui et moi avons dû faire. Il a été reconnu comme mon père à 99,9%. J’ai pu, de façon officielle, être reconnu légalement. C’était important pour moi.

" Je ne lui en veux de rien "

On n’a jamais été en contact. J’ai essayé de le contacter. Je n’ai jamais eu la chance de le rencontrer. L’été dernier, je lui ai adressé un courrier. J’ai 40 ans et mon papa doit en avoir 80, il prend de l’âge. Je suis certain qu’il l’a reçu, parce que c’était un courrier suivi. Je l’ai aussi contacté sur les réseaux sociaux. Il ne m’a jamais répondu. Cela engendre chez moi une instabilité importante.

Je ne savais pas de quelle manière le contacter. J’ai réfléchi et j’ai trouvé que c’était la façon le plus douce. Je me mets à sa place. Je ne lui en veux de rien. J’aimerais juste établir un contact. Je ne veux pas m’immiscer dans sa vie. Je sais qu’il vit seul, donc j’étais sûr que c’était lui qui allait la lire. Je sais que quand il était avec ma maman, il était marié. C’était une relation extraconjugale. Je sais que j’ai deux demi-frères et une demi-sœur. Je connais son parcours professionnel. Je sais où il vit. Je sais très peu de choses. J’aimerais le découvrir.

Moi j’ai toujours été bousculé et j’aimerais ne plus l’être grâce à ce contact. Je n’ai pas d’amertume. Je suis quelqu’un d’extrêmement sensible. Le sachant vivant, j’aimerais profiter du temps qu’il nous reste. Le rencontrer, prendre le temps de le découvrir et qu’il me découvre également. C’est tellement incroyable d’être dans le même monde et de ne pas pouvoir communiquer. "

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin