Qui est Éric de Moulins-Beaufort, le nouveau visage des évêques de France ?

Éric de Moulins-Beaufort
Éric de Moulins-Beaufort est engagé depuis plusieurs années dans la lutte contre la pédophilie au sein de l'Eglise. (photo d'archives) © JACQUES DEMARTHON / AFP
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Mathilde Belin, avec AFP
Engagé dans la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise, Mgr Éric de Moulins-Beaufort a été élu président de la Conférence des évêques de France mercredi.

C’est un nouveau visage, jeune et engagé, qui prend la tête des évêques de France. L'archevêque de Reims Éric de Moulins-Beaufort a été élu président de la Conférence des évêques de France (CEF) mercredi, pour un mandat de trois ans, a annoncé l’institution jeudi. Âgé de 57 ans, il succédera au 1er juillet à Mgr Georges Pontier, 75 ans, à la tête de la CEF depuis 2013, et devra conduire et reformer l'Eglise catholique de France en plein désarroi face aux affaires de pédocriminalité.

Un évêque jeune et intellectuel

Diplômé de Sciences-Po. Né en 1962 à Landau en Allemagne, Éric de Moulins-Beaufort est un évêque jeune, qui incarne une nouvelle génération de l’épiscopat. Cet intellectuel confirmé, qui dit avoir découvert sa vocation à l’âge de 11 ans, est à la fois enseignant et théologien. "EMB" est notamment diplômé de Science-Po Paris. Il a suivi le séminaire français de Rome (1990-1992), a été directeur au séminaire de Paris et enseignant, notamment à la Faculté de théologie Notre-Dame.

Ordonné prêtre en 1991, ce prélat a été marqué par la figure de l'ex-archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger, puis celle de Mgr André Vingt-Trois dont il a été le secrétaire particulier, de 2005 à 2008, après avoir été curé de la paroisse Saint-Paul-Saint-Louis. Depuis novembre dernier, il était archevêque de Reims, après avoir été dix ans évêque auxiliaire et vicaire général de l'archidiocèse de Paris.

Réseaux sociaux. Son entourage loue "un esprit brillant, fin, et une patience infinie", un "sens de l'écoute" et une grande capacité de travail, rapporte l’AFP. Cet homme de grande taille, qui court, nage et se déplace à vélo électrique, peut être "conventionnel, mais pas réactionnaire", selon des proches l’ayant côtoyé à Paris. Et pour preuve : présent sur Internet, Éric de Moulins-Beaufort n’hésite pas à utiliser son compte Facebook et le site du diocèse de Reims pour s'adresser aux fidèles. 

Partisan d'un dialogue inter-religieux, Éric de Moulins-Beaufort avait adressé un message de rassemblement lors de l’inauguration de la mosquée de Reims en mars 2018, souligne France 3 Grand-Est. Et face aux critiques que cette visite lui avait values, l’évêque avait répondu, là encore dans un post Facebook : "J’aimerais que les hommes catholiques inquiets de la présence de l’islam dans notre pays soient aussi assidus à la messe ou à l’adoration eucharistique que les hommes que j’ai vus à la mosquée un jeudi soir à l’heure de la prière." C’est désormais avec cette même liberté de ton et d’esprit que le nouveau président de la Conférence des évêques de France va pouvoir s’atteler aux défis que doit relever l’Eglise de France.  

Figure de lutte contre les abus sexuels dans l’Eglise

Pas question de "se dérober". L’élection de Mgr Éric de Moulins-Beaufort survient en effet dans un contexte de désarroi des catholiques, lié aux affaires de pédophilie dans l'Eglise. Et sur ce point précis, l'archevêque a déclaré jeudi matin qu’il n’était pas question de "se dérober", rapporte La Croix. "Nous sommes obligés de regarder en face le fait que trop de prêtres ont pu pendant des années faire du mal (...) sans être vus ou en étant vus sans être rendus inoffensifs", a-t-il déclaré face à une centaine d'évêques de France réunis à Lourdes.

Ayant "constaté des faits graves et inadmissibles commis par des prêtres" lors qu'il était évêque auxiliaire du diocèse de Paris, souligne Le Monde, Éric de Moulins-Beaufort s'est depuis impliqué ces dernières années dans la lutte contre la pédophilie. A Paris, Éric de Moulins-Beaufort a notamment été à l'initiative de la création en 2016 d'une commission pour prévenir les agressions sexuelles, puis a coordonné la lutte contre la pédophilie au sein du diocèse. Il a également mené, la même année, des auditions de personnes accusant le prêtre et "psychanalyste" Tony Anatrella d'agressions sexuelles.

"Aller jusqu’au bout du travail". Siégeant au conseil de rédaction de deux importantes revues, Communio et la Nouvelle revue théologique, Éric de Moulins-Beaufort a publié dans cette dernière en 2018 un article intitulé "Que nous est-il arrivé ? De la sidération à l’action devant les abus sexuels dans l’Eglise", dans lequel il suggère des pistes juridiques et pastorales pour les responsables ecclésiaux.  

"Nous vivions auparavant dans l'illusion. Nous en sommes sortis. Il faut maintenant (...) aller jusqu'au bout du travail", insistait-il encore sur ce sujet en octobre dernier, dans une interview au journal du diocèse de Paris. En prenant la présidence de la Conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort va désormais pouvoir joindre les actes à la parole.

 

Le président de la CEF n'est pas le chef de l'Église catholique en France, chaque évêque étant maître dans son diocèse sous l'autorité du pape. Mais il incarne la première confession de France auprès des autorités et de la population, et siège au conseil permanent de la CEF où des décisions sont prises collégialement par les évêques.