Que retenir du sommet de l’Eglise sur les victimes de prêtres pédophiles ?

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© AFP PHOTO / VATICAN MEDIA
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Durant plus de trois jours, 190 représentants catholiques se sont réunis au Vatican pour discuter d’une réponse aux scandales pédophiles qui ont frappé l’Eglise. Un sommet historique sur la forme, mais dont les mesures concrètes se font toujours attendre.
ON DÉCRYPTE

"On attend des actes", prévenait Olivier Sauvignac, victime d’un prêtre pédophile lorsqu’il avait 13 ans, jeudi matin sur Europe 1, à l’ouverture du sommet historique qui s’est tenu jusqu’à dimanche au Vatican. Durant plus de trois jours, 190 représentants catholiques (évêques, théologiens, religieux, victimes, intellectuels etc.) se sont réunis pour discuter de la réponse à apporter aux scandales pédophiles qui frappent l’Eglise.

Le pape François a clôturé ce sommet à l’issue de la messe dominicale par un discours fort, comparant les crimes pédophiles aux "sacrifices païens". Mais si ce rendez-vous très attendu a bien bousculé, sur la forme, les habitudes de l’Eglise, aucune mesure concrète n’a pour l'heure été prise. Au grand dam des victimes.

Un sommet inédit sur bien des plans…

"Une prise de conscience collective". Pour démarrer le sommet, le pape a voulu marquer les esprits d’emblée. À l’ouverture, cinq témoignages vidéos de victimes de prêtres pédophiles ont été diffusés jeudi dans la salle. Une initiative personnelle du pape François pour ébranler les évêques présents. "Les participants ont été bouleversés", a d’ailleurs raconté la conseillère principale du bureau de presse du Saint Siège, Romilda Ferrauto, au micro d'Europe 1.

Pendant trois jours, se sont enchaînés les rencontres, les débats, les témoignages de victimes. Et la plupart des évêques l’assurent : ils n’en sont pas ressortis indemnes. "Nous sentons que ce qui est en train de se passer est une prise de conscience collective", commentait, dimanche sur notre antenne, Georges Pontier, archevêque de Marseille. "Nous, évêques, voulons rendre des comptes", a également fait valoir Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg, dans une interview à La Croix. Le sommet a même donné lieu à des révélations, à l’instar de celle de la conférence épiscopale allemande, qui a reconnu samedi que des dossiers indiquant les noms de responsables d'abus sexuels au sein de l'Église avaient été détruits.

Samedi soir, c’est une liturgie tout à fait exceptionnelle, qualifiée de "pénitentielle", qui s’est tenue dans la salle royale du palais apostolique. Les évêques présents au sommet ont écouté, en silence, une victime chilienne raconter "l’humiliation la plus grande qu’un être humain puisse subir". Puis plusieurs évêques et cardinaux ont lu, tour à tour, des "lettres de pénitence", avec des questions du type : "Quelles entraves avons-nous mises sur leur chemin ? Les avons-nous écoutées ? Avons-nous essayé de les aider ?"

"Dans les abus, nous voyons la main du mal". Dans les discours, également, le pape et les cardinaux ont voulu marquer le coup. Rares ont été, sur ce sujet, les prises de parole d’une telle tonalité. "Cela me rappelle la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains - spécialement des enfants - en sacrifice dans les rites païens", a ainsi lancé le pape François dimanche. Le souverain pontife argentin a insisté, beaucoup, sur les dérives de certains membres du clergé, "devenant instrument de Satan", ajoutant : "dans les abus, nous voyons la main du mal qui n'épargne même pas l'innocence des enfants".

Un peu avant, l’archevêque australien Mark Coleridge, qui a prononcé l’homélie de la messe conclusive, avait déclaré : "En écoutant les survivants, nous avons entendu le Christ crier dans les ténèbres".

… Mais qui manque pour l'instant de mesures concrètes

"Le pape fait habilement diversion". Reste que les "actes" concrets, demandés par les victimes, tardent à venir. Aucune mesure n’a été annoncée durant le sommet pour éviter que les scandales ne se reproduisent. Au grand dam des victimes. "On n’est pas surpris, mais on est déçus", a commenté le Suisse Jean-Marie Fürbringer, présent comme beaucoup d'autres victimes sur la place Saint-Pierre, dimanche. "Honnêtement c'est un blabla pastoral, la faute du diable. Ils noient le poisson, ça permet de ne pas aborder directement les problèmes de l'Eglise", a-t-il assené. Pour l'Italien Francesco Zanardi, "le Vatican n'est plus crédible" et "l'Eglise continue à se sentir comme une victime" car "les victimes réclament des mesures".

"C'est très décevant", a aussi taclé le Britannique Peter Saunders, anciennement membre d'une commission anti-pédophilie du Vatican. "Le discours parle du diable, du mal. Il n'y a rien sur la tolérance zéro, l'exclusion définitive de violeurs d'enfants et des agresseurs sexuels employés par l'Eglise !", s'est-il insurgé. Et de souligner : "le pape fait habilement diversion en regardant ailleurs, nous savons tous que c'est un problème global".

Des promesses pour la suite. Pour répondre à ces attentes,le pape François a promis dimanche de "donner des directives uniformes pour l'Eglise" mais sans se soumettre à "la pression médiatique". Aux présidents de 114 conférences épiscopales, chefs des Eglises catholiques orientales et supérieurs de congrégations religieuses présents, le pape a réclamé "du concret". Plusieurs hauts responsables de l’Eglise n'ont par ailleurs cessé de répéter que des plans d'action, voire des changements législatifs, seront mis en chantier dès la fin du sommet. Un "vade-mecum" spécifiant les démarches à entreprendre si un cas d'agression sexuelle émerge est déjà en cours de rédaction pour les pays manquant d'experts. Le pape souhaite aussi la création d'équipes mobiles d'experts compétents pour aider certaines conférences épiscopales et diocèses "sans moyens et sans personnel formé", ont indiqué dimanche les organisateurs devant la presse.

"Nous nous assurerons que ceux qui ont abusé ne soient plus jamais en mesure d’offenser à nouveau. Nous demanderons des comptes à ceux qui ont dissimulé des abus. Nous renforcerons les processus de recrutement et de formation des responsables de l’Église…", a également promis l’archevêque australien Mark Coleridge, chargé de conclure le sommet. Les victimes attendent désormais le passage aux actes.