Procès du crash oublié de Phuket : "J’ai eu plus de 85 fractures, mais le plus dur a été de rentrer seul de Thaïlande"

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Douze ans après le crash d'un avion en Thaïlande, dans lequel neuf Français ont péri, le procès par contumace du dirigeant de la compagnie débute lundi en France. Europe 1 a pu interroger l'unique rescapé français du drame. 
DOCUMENT EUROPE 1

C'est le procès d'un crash oublié qui s’ouvre, celui de Phuket, en Thaïlande, en 2007. Un avion de la compagnie low cost One-Two-Go Airlines, qui effectuait la navette avec Bangkok, s'était écrasé à l'atterrissage, faisant 90 morts dont neuf Français. Seules 40 personnes avaient survécu.

L'enquête thaïlandaise a pointé du doigt la responsabilité des pilotes qui ont péri dans la catastrophe. Mais douze ans plus tard, le tribunal correctionnel de Paris s'apprête à juger à partir de lundi l'ancien président de la compagnie. Un procès par défaut, car cet homme ne sera pas sur le banc des prévenus.

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Un temps exécrable...

L’après-midi du 16 septembre 2007, un déluge s’abat sur Phuket, alors sous les effets de la mousson. La météo exécrable tétanise les pilotes du McDonnell Dougals qui multiplient les erreurs au moment de l’atterrissage, jusqu’à ce crash en bout de piste. "Le copilote a amorcé la descente. On se sentait ballotté, on sentait les décrochages de l’avion. On n’avait pas l’impression que quelqu’un était aux commandes", témoigne auprès d’Europe 1 Thibault Lamère, seul survivant parmi les dix Français qui se trouvaient à bord de l’appareil. "Quand il y a eu cette rafale qui nous a plaqué au sol, l’avion a cogné la piste. On s’est repris une accélération avant de se planter dans un talus à 80 ou 100 mètres."

" Je ne sentais plus mes jambes, j’avais l’impression d’être dans le vide "

"Quand je me suis réveillé, l’avion était en feu et les pompiers en train d’essayer de l’éteindre", poursuit-il. "J’ai eu plus de 85 fractures. Je ne sentais plus mes jambes, j’avais l’impression d’être dans le vide. Les fractures que l’on peut avoir, ça n’est que du corporel. Le plus dur a été de rentrer seul de Thaïlande", confie encore Thibault Lamère, qui a perdu sa petite amie dans la catastrophe.

... et des pilotes fatigués

L’enquête a révélé que les pilotes, fatigués, avaient cumulé beaucoup trop d’heures de vol et pas assez de repos à cause du système mis en place par le patron de la compagnie. "Le non-respect des horaires était totalement institutionnalisé. Cette compagnie été dirigée par une seule personne. Le président était donc au courant de tout et avait mis en place ce système frauduleux, avec des dépassements d’horaires systématiques et qui étaient rémunérés en espèce", rapporte auprès d’Europe 1 Gérard Bembaron, qui a perdu son frère dans l’accident et dirige l’association des familles de victimes.

Le banc des prévenus, vide

Le patron de la compagnie est renvoyé devant le tribunal pour "homicide et blessures involontaires par imprudence et négligence". Il sera toutefois jugé par défaut, en son absence, car ce proche de la famille royale thaïlandaise reste à l’abri dans son pays. Selon les enquêteurs, il n’a jamais répondu aux convocations de la justice française. "C’est dommage qu’il ne vienne pas. Savoir qu’il n’y aura personne en face de nous… c’est frustrant", déplore Thibault Lamère.