Pourquoi le Parlement européen veut-il abandonner le changement d'heure ?

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Pour les députés européens, le changement d'heure tel qu'on le connaît, n'a pas plus lieu d'être.
Pour les députés européens, le changement d'heure tel qu'on le connaît, n'a pas plus lieu d'être. © JEFF PACHOUD / AFP
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Par 384 voix pour (153 voix contre), les parlementaires ont demandé jeudi à la Commission européenne de "lancer une évaluation complète" du système actuel et, si nécessaire, de "présenter une proposition pour la réviser".

Le passage à l'heure d'été va-t-il être bientôt abandonné ? C'est ce que souhaite le Parlement européen. Jeudi les députés de l'Union européenne ont adopté une résolution allant en ce sens. Ils demandent que la Commission européenne lance une "évaluation" détaillée du système de changement d'heure avec pour objectif à terme d'en finir avec cette pratique. "C'est une avancée importante", s'est réjouie jeudi Eléonore Gabarain, la présidente de l'Association contre l'heure d'été, contactée par Europe 1.

  • Car le système est jugé "obsolète"

Pour Eléonore Gabarain, comme pour les députés européens, le changement d'heure tel qu'on le connaît, instauré en France en 1976, n'a pas plus lieu d'être. "Le système est devenu obsolète", souligne la députée écologiste Karima Delli, porteuse de la résolution. Car à l'origine, le passage à l'heure d'été avait été conçu pour permettre des économies d'énergie en profitant des périodes de jour plus longues l'été. Les habitants et les villes devaient ainsi utiliser moins de lumière électrique le soir.

Or, selon un rapport réalisé en 2017 par le Parlement européen, combinant les résultats de plusieurs études scientifiques, les économies sont minimes. En Europe, elles sont de l'ordre de 0,5% à 2,5% selon les pays.  Dans une étude publiée en 2010, l'Agence de la maîtrise de l'énergie et de l'environnement (Ademe) estimait déjà que le gain sur l'éclairage était de l'ordre de 440 GWh, soit l'équivalent de la consommation en éclairage d'environ 800.000 ménages.  Ce qui n'est pas considérable.

Mais surtout, parce que les équipements évoluent -  les villes et les foyers utilisent davantage de lampes basse consommation ou des leds -  le gain d'énergie se réduit. Ainsi selon les prévisions de l'Ademe, le gain sera de 340GWh seulement en 2030.

  • Car le changement d'heure aurait des effets négatifs sur la santé...

Les députés européens mettent également en avant les "effets négatifs sur la santé des êtres humains". "Plus le temps passe, plus les preuves à charge s’accumulent", souligne même Karima Delli. En 2016, des chercheurs de l’université de Turku, en Finlande ont ainsi constaté qu’au cours des deux jours qui suivent le passage à l’heure d’été, le taux global d’accidents vasculaires cérébraux était  8 % plus élevé.

En 2015, la Commission européenne avait également reconnu "des problèmes possibles de santé" en raison du changement de biorythme avec pour conséquences possibles des troubles du sommeil et de l'humeur. En 2014, une étude menée par l'American College of Cardiology précisait aussi que le risque de faire une crise cardiaque le lundi suivant le changement d'heure était 25 % plus élevé que les autres lundis de l'année.

 

  • … et sur la sécurité routière

Autre argument mis en avant par les députés opposés au changement d'heure : la sécurité routière. "Aujourd’hui, les études démontrant un accroissement des accidents de la route lors du changement d’heure doivent être prises au sérieux", enjoint Karima Delli.  Selon une étude américaine citée dans le rapport 2017 de la Commission européenne, les accidents de la route mortels augmenteraient de 6,5% lors du passage à l'heure d'été. Cela s'explique par un manque de sommeil des conducteurs et un "effet jet lag". Toutefois, selon ce même rapport, d'autres études proposent des résultats différents et sont beaucoup plus mesurées sur l'impact réel du changement d'heure sur l'augmentation de ce type d'accidents.

  • Mais ce n'est pas encore fait !

La résolution votée par 384 voix pour (153 voix contre) contraint la Commission européenne à lancer une évaluation du système actuel et à présenter "si nécessaire" une proposition pour la réviser. Mais cela ne veut pas dire qu'elle décidera d'un tel abandon. Plusieurs pays du nord de l'Europe - Lituanie, Finlande, Pologne et Suède - réclament l'abandon de ce système, d'autres ne se sont pas exprimés ouvertement sur la question. En mars 2015, la ministre de l'Écologie de l'époque, Ségolène Royal avait annoncé vouloir vérifier l'intérêt du changement d'heure en commandant une étude d'impact. Mais les résultats de la dite étude n'ont jamais été communiqués.

Des voix s'élèvent également contre l'abandon du changement d'heure : "En l'absence d'étude d'impact poussée, la volonté de plusieurs députés européens de faire abolir la directive 'Fuseaux horaires' est ridicule", a ainsi déclaré le député européen de droite (PPE) Renaud Muselier. "L'Europe doit intervenir moins et mieux et surtout à bon escient", a-t-il prôné.

Jusqu'ici la Commission européenne ne s'est pas vraiment montrée enthousiaste à l'idée de se lancer dans une révision du système. "Mais il est évident que si on laisse les États membres libres de décider d'appliquer ou non des changements d'heures, cela sera problématique pour le marché intérieur", a reconnu la commissaire européenne slovène Violeta Bulc devant les députés. Depuis 2001, tous les pays de l'Union européenne changent d'heure à la même date et au même horaire de façon à faciliter les communications et les transports.

Europe 1
Par Clémence Olivier