Un essai positif et libérateur : les lectrices d'Alice Coffin défendent "Le génie lesbien"

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Alice Coffin JOEL SAGET / AFP 2:19
Alice Coffin a sorti un premier livre dans lequel elle explique ne plus lire, regarder ou écouter les oeuvres réalisées par des hommes. © JOEL SAGET / AFP
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Le premier ouvrage d'Alice Coffin, "Le génie lesbien", n'a pas laissé longtemps l'opinion publique indifférente. L'une de ses positions radicales, notamment, fait débat : ne plus lire, regarder ou écouter d’œuvres créées par des hommes. Ses lectrices défendent un texte très loin des caricatures faites par ses détracteurs.
TÉMOIGNAGE

C'est un livre qui fait beaucoup de bruit ces derniers temps : celui d'Alice Coffin, intitulé Le génie lesbien. La militante féministe, élue écologiste au Conseil de Paris, propose d'"éliminer les hommes de nos esprits, de nos images et de nos représentations". Elle explique ne plus lire leurs livres, ne plus écouter leur musique, ne plus regarder leurs films. Bref, c'est radical. La ministre Marlène Schiappa, qui se revendique féministe, dénonce même des propos dangereux et inquiétants. Mais celles et ceux qui ont lu ce livre, et pas seulement quelques extraits, ont du mal à comprendre la violence qu'il suscite.

Alice Coffin ne force personne

"Je suis en train de lire Le génie lesbien d'Alice Coffin : c'est brillant, inspirant, et extrêmement nuancé et argumenté, contrairement aux critiques qu'on peut lire de gens qui ne l'ont visiblement pas lu. #JeSoutiensAliceCoffin", écrit ainsi une internaute sur Twitter.

Des femmes interrogées par Europe 1 soulignent aussi avant tout le côté positif, salvateur, libérateur de ce livre. Bien sûr qu'Alice Coffin provoque par les mots, les phrases qu'elle écrit. Vouloir se passer du regard des hommes, sur soi-même, sur le monde culturel, c'est une révolution en soi, disent-elles.

Mais Alice Coffin ne force personne, c'est une démarche personnelle, explique Clémentine Gallot, autrice féministe, pour qui la colère suscitée par le livre démontre exactement le propos d'Alice Coffin. "Il y a un mépris pour ce qu’elle écrit et on a l’impression que le fait qu'une femme puisse se passer des hommes est impossible à entendre et à dire. Il y a vraiment un paradoxe : si on s’en fiche d’Alice Coffin, pourquoi donner autant d’importance à ce qu’elle écrit ? Les hommes sont encore vraiment agrippés à leurs privilèges, je pense que c’est pour cela qu'il y a une réaction très virulente", analyse l'autrice.

"Faire l'effort de chercher des autrices"

"Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films", déclare Alice Coffin qui ajoute, et c'est important : "Commençons ainsi. Plus tard, ils pourront revenir." Se consacrer à la lecture d’œuvres de femmes, c'est aussi la démarche de Lauriane Nicole, créatrice d'un media de culture lesbienne. "Au collège ou au lycée, la plus grande part des œuvres que j’ai étudiées, ce sont des romans d’hommes : Zola, Baudelaire, Flaubert… C’est super ! Personne ne dit qu’il faut les brûler, et encore moins Alice Coffin ! Mais peut-être que si on faisait l’effort d'aller chercher des autrices du 16e, 17e ou même du 21e siècle, cela pourrait changer des choses."

"La vraie violence", dit encore Lauriane Nicole, "c'est l'invisibilité des femmes depuis la nuit des temps". Comme elle, sur les réseaux sociaux, des centaines d'internautes manifestent leur soutien à Alice Coffin, en postant des photos de livres écrits uniquement par des femmes.

 

Europe 1
Par Pauline Jacot, édité par Séverine Mermilliod