Parcoursup : quel bilan après les premiers résultats ?

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© Lionel BONAVENTURE / AFP
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La nouvelle plateforme d’accès à l’enseignement a livré son premier verdict mardi. Avec quelques ratés et beaucoup de déçus, mis en avant par les adversaires du système. Le gouvernement, lui, se veut rassurant.

Verre à moitié vide ou à moitié plein. Au lendemain de la première vague de réponses aux voeux des lycéens sur Parcoursup, il y a ceux qui estiment que l’expérience est un échec, et ceux qui jugent au contraire que les premiers résultats sont encourageants. Dans le premier camp se trouvent les adversaires de ce nouveau système qui, disent-ils, introduit la notion de sélection aux portes des universités, mais aussi pas mal de postulants déçus par les résultats. En face, se trouvent les défenseurs de Parcoursup, le gouvernement en tête, qui  appellent à la patience et s’emploient à rassurer les déçus. Europe 1 dresse le premier bilan à J+1.

Les chiffres : près de la moitié des lycéens ont eu au moins un oui

Parcoursup, c’est d’abord 810.000 lycéens - ou étudiants en réorientation - qui ont formulé des vœux pour l’année prochaine. Sans surprise, l’afflux de connexions de ces centaines de milliers de jeunes a entraîné une surcharge sur Parcoursup mardi en fin d’après-midi. D’où quelques bugs qui, au final, n’ont pas duré. Mardi matin, tous étaient fixés. Selon le ministre de l’Enseignement supérieur, 436.000 lycéens avaient reçu au moins un "oui " à leurs souhaits formulés sur Parcoursup. C’est beaucoup et peu à la fois.

Car cela signifie qu’environ 350.000 d’entre eux doivent se contenter de refus ou de vœux "en attente". Pour 29.000 candidats, toutes les réponses ont même été négatives. Ce qui signifie qu’ils n’avaient postulé qu'à des filières sélectives (prépas, BTS, DUT, double-licences...). Car pour les licences générales, les réponses ne peuvent être que  "oui", "en attente" ou "oui si", si l'université considère que le candidat ne possède pas les connaissances et compétences requises. Le candidat peut alors être accepté s’il s’engage à suivre un parcours d’accompagnement.

Pourquoi la comparaison avec APB ne tient pas (encore)

Les pourfendeurs de Parcoursup rappellent à l’envi que sur le prédécesseur APB (Admission post-bac), lui-même très controversé en son temps, seuls 140.000 candidats n’avaient eu aucune proposition lors de la première vague de réponse. C’est oublier que la comparaison est légèrement abusive. Car là où APB livrait ses réponses en trois fois, Parcoursup est lui évolutif. Cela signifie que dans les dix jours à venir, les réponses peuvent encore changer.

Concrètement, les lycéens qui acceptent l’une des réponses positives qui leur a été apportée libèrent de la place sur tous les autres vœux qu’ils avaient formulés. Selon Frédérique Vidal, 66.000 places ont ainsi libérées dès le premier soir. La ministre de l’Enseignement supérieur estime que 350.000 places seront ainsi redistribuées dans la dizaine de jours à venir. Cette évolution s’est déjà traduite dans les chiffres. Le nombre de candidats qui avaient reçu au moins une réponse positive est ainsi passé de 419.000 mardi soir à 436.000 lundi matin. Et si comparaison avec APB il doit y avoir, ce sera donc dans une dizaine de jours, quand la première vague de réponses sera clôturée.

Le mystère des "algorithmes locaux" adoptés par chaque université

Lundi, le gouvernement a joué la transparence en publiant les détails de l'algorithme au cœur de Parcoursup, histoire de lever des inquiétudes sur l'opacité du nouveau système d'orientation. Mais ces inquiétudes n’ont été levées qu’en partie. Car les "algorithmes locaux" adoptés par chaque université pour faire leurs choix restent eux confidentiels. C’est un choix gouvernemental, qui a abondé dans ce sens lors du vote de la loi relative à la protection des données personnelles, à la mi-mai. L’exécutif entend ainsi protéger le secret des délibérations afin de ne pas fragiliser le rôle des équipes pédagogiques.

Impossible donc de savoir quels critères chaque établissement a retenu pour choisir ses étudiants. Cela peut donc parfaitement être sur des bases géographiques, sur les lycées dont proviennent les candidats, sur des notes minimums. Bref, tout ce qui peut alimenter le soupçon d’une sélection à l’université, principal reproche formulé par les détracteurs de Parcoursup.

Camp contre camp

Sans surprise, les critiques ont plu sur Parcoursup dès la divulgation des premiers résultats. De la part des principaux concernés d’abord. Nombre de lycéens se sont plaints sur Twitter de n’avoir pas obtenu ce qu’ils voulaient. Certains ont même posté des captures d’écran qui montraient que leur position dans une liste d’attente était supérieure au nombre total de candidats placés sur liste d’attente. "Des nombreux jeunes ont découvert le stress d'une liste d'attente interminable et l'incertitude de trouver une inscription qui correspond à son choix d'orientation pour la rentrée", dénoncent dans un communiqué les syndicats lycéen UNL et étudiant Unef, et la fédération de parents d'élèves (FCPE), tous opposés à la réforme.

Mais la polémique est aussi devenue politique. "Pour l'instant on apprend que 400.000 lycéens qui passent le bac apprennent, avant même de l'avoir passé, qu'ils ne savent pas s'ils poursuivront leurs études après leur bac. Le gouvernement dit ‘Circulez, y a rien à voir, tout se passera bien’", a ainsi lancé Benoît Hamon mercredi matin sur France 2. L’ancien candidat socialiste à la présidentielle a aussi appelé les futurs bacheliers à demander des comptes au gouvernement.

Au gouvernement justement, on défend bien évidemment le dispositif. "C’est un système qui est dynamique. Donc c’est pas un système qui est comparable (avec APB), parce que ce n’est pas un système où la décision est prise par une machine, mas in fine par le lycée alors qu’il reçoit ses propositions et qu’il dit ce qu’il préfère", a assuré Frédérique Vidal depuis le lycée Buffon, à Paris, mercredi matin. "La question du ‘en attente’, c’est quelque chose qu’il faut expliquer parce que c’est nouveau", a-t-elle tout de même admis. La ministre veut croire que nombre de situations se règleront dans les prochains jours. A défaut, la polémique risque d’enfler.